Sawiris : les nouveaux pharaons d’Egypte

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La famille Sawiris, dans les pas d’Osni le père, a fait fortune dans le bâtiment puis s’est développée dans le tourisme, la téléphonie et possède des participations dans de nombreuses entreprises. Une dynastie, avec le père et ses trois fils, qui domine l’économie égyptienne et africaine.

« Réputation, honnêteté, travail, bonne éducation parentale et bonne formation», voici la devise de Naguib Sawiris, 57 ans, homme d’affaires égyptien. Pedigree : patron du groupe Orascom Telecom, 4ème fortune africaine au classement Forbes 2010 (374ème au rang mondial), 3,1 milliards de dollars. Naguib n’est pas ce qu’on pourrait appeler un « self-made man » mais en moins de 10 ans, ce fils d’aristocrate copte a réussi à faire de son entreprise de téléphonie mobile le plus grand prestataire d’Afrique et du Moyen-Orient, avec plus de 50 millions d’abonnés dans le monde. Pourtant, sa prospérité n’est pas aussi insolente que celle son jeune frère Nassef, 50 ans, benjamin de cette fratrie de trois garçons. Patron d’Orascom Construction Industries (OCI Group), il vaut bien plus que son pesant d’or : près de 6 milliards de dollars, première fortune d’Afrique selon Forbes. Ce n’est pas fini. Il y a aussi Samih, 54 printemps, patron d’Orascom Hotels and Development et bien parti pour décrocher sa place au soleil au hit parades des fortunes dorée d’Afrique. Et enfin Osni Sawiris : le père. Du haut des ses 82 ans, ce patriarche peut se targuer d’être la pierre angulaire ce vaste conglomérats d’entreprises aux ramifications mondiales qui porte son nom. Quatrième fortune du contient, il a fondé, en 1950, Orascom Construction Industries (OCI Group), le groupe qui a mis cette famille sur les rails de la réussite. Aujourd’hui, l’entreprise familiale truste les marchés des télécommunications, de la construction, du développement et du tourisme, avec plus de 20 000 employés. Ce fils d’avocats et propriétaire terriens de la Haute Egypte à la réputation d’un entrepreneur tenace, qui n’abandonne jamais. La légende dit qu’il est reparti deux fois de zéro. Au début des années 1960, à l’époque où le leader panarabiste Gamal Abdel Nasser nationalisait l’économie à tour de bras, puis en 1969, lorsque le colonel Kadhafi s’est emparé du pouvoir en Libye, où Onsi s’était réfugié. Il est finalement rentré au bercail en 1972 à la faveur du grand virage libérale amorcé par Anwar Sadat.

Bons baisers de Pyong Yong

Dans le monde des affaires, à chacun sa spécialité. Celle de Naguib Sawiris, le goût pour l’aventure. Prendre racine là où les autres n’osent pas mettre les pieds. Lorgner vers des régions dites à risque, et qui présentent l’avantage d’être des marchés en friche. Il place ainsi ses billes au Zimbabwe, au Pakistan, en Namibie, au Burundi et même dans la Corée du Nord de Kim Jong-il, en quasi-rupture de ban avec le reste du monde. Le magnat des télécommunications suit aussi de très près ce qui se passe sur le pourtour méditerranéen – où les filiales d’Orascom Télécom ont connu tout au long des années 2000 un large succès, en Algérie et en Tunisie notamment. Au point qu’il s’est offert, pour la bagatelle de 12,1 milliards d’euros, la compagnie de télécoms italienne Wind ainsi que Tim Hellas en Grèce, en 2007.

«Je ne quitterai jamais le marché des télécoms. Nous ne sommes pas à vendre» : C’est par cette assertion sans appel que Naguib Sawiris repoussait naguère les spéculateurs en tous genres et les journalistes trop curieux. Mais en affaire, il faut toujours dire fontaine je ne boirai jamais de ton eau, quitte à se désavouer après. Parce qu’à l’arrivée, ce sont les contraintes des marchés et des finances mondiales qui décident. C’est ainsi qu’en octobre 2010, Naguib Sawiris cède ses actifs télécoms au géant russe Vimpelcom, et aux prix d’âpres négociations (principalement en raison d’une brouille avec le gouvernement algérien au sujet de sa filiale Djezzy), pour un montant qui donne le tournis : 6,6 milliards de dollars. Quand il n’est pas dans l’avion en route pour la signature d’un contrat ou un nouveau round de négociations, Naguib Sawiris suit avec un œil inquiet les fluctuations de la Bourse sur l’écran de son bureau, depuis le 26e étage de ces tours de verre qui dominent le Nil.

Samih au pays de Helvètes

Samih, en revanche, est davantage porté sur le tourisme. Le patron d’Orascom Hotels and Development est installé depuis 2007 en Suisse où il compte créer un gigantesque complexe de luxe pour sports d’hiver, probablement le plus gros jamais imaginé en pays helvète : 1500 logements, golf de 18 trous, centre sportif avec piscine, piste de bob, remontées mécaniques, plusieurs commerces et restaurants… Certes la Suisse n’est pas le Zimbabwe ni la Corée du Nord, mais Samih, tout comme son grand frère, aime prendre des risques. Il a décidé de poser ses bagages près de l’austère village d’Andermatt, dans le canton d’Uri, le coin le moins apprécié des tours-opérateurs, et ce à la grande stupéfaction des habitants de la région. C’est que l’homme d’affaire a une grosse ambition : que les JO de 2022 se tiennent en Suisse centrale, et il a d’ores déjà demandé une étude de faisabilité du projet, se plaint-on dans la presse locale. L’homme sent la fortune lui sourire d’autant que le village présente l’attrait encore ignoré à tort de se nicher au cœur du massif du Saint-Gothard, le château d’eau de l’Europe, où convergent les deux fleuves les plus puissants du vieux continent, le Rhône et le Rhin, et plus de 40 lacs de montagne, des eaux glacées et poissonneuses à profusion. Pour Samih, autant de possibilités de prospérer dans la branche du green business dont la vogue n’est qu’à ses premiers balbutiements.

Nassef, le cadet de la fratrie, est lui sans doute moins raffiné mais il est bien plus solide. Car c’est lui qui a repris la branche originelle du groupe créé par leur père, la construction, la plus riche de la famille. Cet entrepreneur a rarement fait parler de lui, sauf en 2007 lorsqu’il a vendu son activité cimentière au français Lafarge, leader mondial du secteur, pour 8,8 milliards d’euros. Une transaction qui lui permet aujourd’hui de régner sur le trône du milliardaire d’Afrique. « Réputation, honnêteté, travail, bonne éducation parentale et bonne formation », un cocktail gagnant.

les500.jpgArticle publié dans Africa24 Magazine : Les 500 qui font l’économie du continent