Mohammed Harbi, figure majeure de l’historiographie algérienne, s’éteint à 92 ans


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Mohammed Harbi
Mohammed Harbi

L’historien et moudjahid Mohammed Harbi est décédé le 1er janvier 2026 à Paris, à l’âge de 92 ans, des suites d’une infection pulmonaire contre laquelle il luttait depuis plusieurs jours. Avec sa disparition, l’Algérie perd l’un des plus grands spécialistes de la révolution algérienne et une conscience intellectuelle d’exception.

Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, près de Skikda, Mohammed Harbi s’était engagé dès l’âge de 15 ans dans le combat anticolonial, rejoignant d’abord le PPA-MTLD avant de devenir cadre de la Fédération de France du FLN. Acteur direct de la lutte de libération nationale, il participa aux premières négociations des accords d’Évian et occupa des fonctions diplomatiques au sein du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Après l’indépendance, il devint conseiller du président Ahmed Ben Bella et dirigea l’hebdomadaire Révolution africaine. Le coup d’État de 1965 marqua un tournant dans sa vie : opposé à la dérive autoritaire du régime de  Boumediene, il fut arrêté, emprisonné puis assigné à résidence. En 1973, il parvint à s’évader et s’exila en France, où il entama une seconde carrière comme historien à l’université Paris-VIII.

Une vie debout par Mohammed Harbi
Une vie debout par Mohammed Harbi

Son œuvre historiographique, d’une rigueur exemplaire, a profondément renouvelé la connaissance du mouvement nationaliste algérien. Aux origines du FLN (1975), Le FLN : mirage et réalité (1980), La Guerre d’Algérie (coécrit avec Benjamin Stora) et ses mémoires Une vie debout (2001) demeurent des références incontournables. Son dernier ouvrage, la traduction en tamazight de ses mémoires (Tudert deg iseɣ, 2024), témoignait de son attachement à la transmission et à la pluralité culturelle.

Hommage présidentiel

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a exprimé sa « profonde tristesse » à l’annonce du décès. La patrie news Dans son message de condoléances, le chef de l’État a déclaré : «Avec sa disparition, l’Algérie perd un homme remarquable qui a rejoint très tôt la lutte politique contre le colonialisme, puis les rangs de la Révolution de libération comme moudjahid et cadre du Gouvernement provisoire de la République algérienne, avant de se consacrer, après l’indépendance, à l’écriture et à la recherche, enrichissant la bibliothèque mondiale de plusieurs ouvrages précieux sur l’histoire du mouvement national et de la Glorieuse révolution de libération » précise le communiqué de la Présidence algérienne.

Les hommages ont afflué de toutes parts. L’historien Benjamin Stora a exprimé sa tristesse, tandis que le journaliste Edwy Plenel a salué une « haute et belle figure de la révolution algérienne ». Le premier secrétaire du FFS, Youcef Aouchiche, a souligné une coïncidence lourde de sens : Mohammed Harbi s’est éteint le 1er janvier, date même de l’enterrement de son compagnon de lutte Hocine Aït Ahmed, dix ans plus tôt.

Jusqu’à ses derniers instants, Mohammed Harbi était resté fidèle à ses convictions. « Œuvrons tous ensemble pour construire une nation de citoyens et vivre en paix avec nos voisins » avait-il déclaré dans l’un de ses derniers messages. Une exhortation qui résume une vie entière consacrée à la vérité historique et à l’émancipation.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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