Meeting payant du COJEP : Charles Blé Goudé s’inspire-t-il du modèle PASTEF ?


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Charles Blé Goudé
Charles Blé Goudé

À la veille du grand rassemblement du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP), prévu le 30 août à Yamoussoukro, Charles Blé Goudé frappe un coup politique inédit en Côte d’Ivoire : organiser un meeting payant. Un exemple qui n’est pas sans rappeler celui du PASTEF d’Ousmane Sonko au Sénégal.

À l’occasion de la célébration du 10e anniversaire de son parti, le COJEP, Charles Blé Goudé organise un meeting géant à Yamoussoukro, le 30 août 2025. Trois jours avant l’événement, un décompte établissait que plus de 10 000 billets avaient déjà trouvé preneur, confirmant l’adhésion des militants à une initiative inédite qui rompt avec les pratiques traditionnelles des partis ivoiriens. Cette démarche interpelle et rappelle, à certains égards, la stratégie du PASTEF d’Ousmane Sonko au Sénégal, qui avait bâti sa force sur l’autofinancement et l’implication directe de ses militants à quelques semaines de la Présidentielle de mars 2024.

Une innovation dans la scène politique ivoirienne

Le meeting anniversaire du COJEP, qui marque les dix ans du parti, ne se limite pas à une simple célébration. En invitant ses partisans à acheter leurs places, Blé Goudé veut introduire une nouvelle culture militante : faire comprendre que chacun doit contribuer matériellement à l’essor du parti. « Chacun doit apporter sa pierre à l’édifice », répète l’ancien leader de la jeunesse patriotique, convaincu que cette contribution volontaire renforcera l’engagement et la fidélité de ses troupes.

Même si les contextes sont quelque peu différents, cette logique n’est pas sans rappeler le modèle du PASTEF au Sénégal, qui, avant la Présidentielle et les législatives de 2024, avait transformé ses militants en acteurs financiers et logistiques de la campagne. Les cotisations et l’autofinancement avaient permis au parti d’Ousmane Sonko de s’émanciper tant soit peu des circuits traditionnels de financement, renforçant ainsi son image de mouvement citoyen et indépendant.

De la même manière, Charles Blé Goudé cherche à démontrer que son parti peut vivre et croître grâce à la mobilisation de sa base, et non uniquement par le soutien de bailleurs ou d’alliances électorales.

Quoi qu’il en soit, l’initiative de Blé Goudé marque peut-être le début d’un nouveau rapport entre militants et partis en Afrique de l’Ouest : passer d’une logique de dépendance aux élites et aux financements opaques à une dynamique de participation active et consciente.
Si le COJEP réussit son pari, il rejoindra la courte liste des partis ouest-africains qui tentent de faire de la politique non seulement une affaire de discours, mais aussi une affaire d’appropriation citoyenne.

Un test grandeur nature avant la Présidentielle

Le rendez-vous de Yamoussoukro aura aussi une forte portée politique. Au-delà du bilan des dix ans du COJEP, les discussions porteront sur les stratégies d’enracinement du parti, sa préparation aux législatives, mais surtout sur sa position pour la Présidentielle d’octobre 2025. On sait déjà que Charles Blé Goudé est très proche de l’ex-lieutenant de Laurent Gbagbo, Ahoua Don Mello. Il y a quelques semaines, à l’issue d’une rencontre entre les deux hommes, Blé Goudé s’était engagé aux côtés de l’ancien cadre du PPA-CI pour la collecte des parrainages du candidat déclaré à l’élection présidentielle. « Nous partageons la même vision de gauche et la même aspiration à voir revenir notre courant politique au pouvoir », avait déclaré le président du COJEP. Avant d’ajouter : « Nous allons affiner notre projet pour redonner espoir aux Ivoiriens et aborder les vrais défis de la société ».

Lundi dernier, le directeur de cabinet de Ahoua Don Mello, Kouamé Kouakou, avait déposé sa candidature, accompagné de Charles Blé Goudé dont le choix pour le scrutin du 25 octobre 2025 semble ne souffrir d’aucun ambiguïté. La forte mobilisation attendue à Yamoussoukro, ce samedi, servira sans doute de test grandeur nature avant les prochaines joutes électorales.

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Par Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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