Me Ouédrago : Nous savons la vérité. Nous voulons la justice au Burkina.

L’avocat, responsable du Collectif contre l’impunité, dénonce la protection dont jouit le frère du président Compaoré, malgré son implication dans une affaire de meurtre.

Me Ouédrago et le principal animateur du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP). Ce juriste de formation, ancien Président de la Cour d’appel de Ouagadougou, est aussi une personnalité essentielle du Collectif contre l’impunité : une plate-forme qui réunit partis d’opposition, syndicats et associations de défense des droits de l’Homme. Réactions à chaud, suite au cambriolage au Palais de justice de Ouagadougou, la capitale. Le dossier de l’ancien chauffeur de François Compaoré, frère du président, assassiné par des éléments de la Garde présidentielle a été fouillé.

afrik : Quelles réflexions vous inspire ce « cambriolage » ?

Me Ouédrago : Ce n’est qu’un incident parmi tant d’autres au Burkina. Tous témoignent de la dégradation du système judiciaire de notre pays. Il est urgent de le réformer. Mais cela est bien difficile dans un pays où le pouvoir considère la police et l’armée comme des biens personnels. La bourse du travail est toujours occupée.

afrik : Qu’entendez-vous par réforme ?

Me Ouédrago : Il faut que des règles minimales soient respectées. Comment se fait-il qu’un dossier aussi brûlant que le « dossier David » (du nom de l’ancien chauffeur de François Compaoré -Ndlr) ne soit pas gardé ? Comment expliquer qu’on puisse pénétrer le Palais de justice, de nuit, sans être inquiété ? Le procureur général lui-même a déclaré qu’on pénètre au Palais de Justice comme dans un bar. Si on peut consulter clandestinement un dossier essentiel au Palais, il est tout aussi possible d’y déposer une bombe ou d’y enlever un magistrat. « Ils » paniquent. « Ils » convoquent la presse. Mais que les magistrats du Palais assument leur part de responsabilité.

afrik : Question de moyens ou de volonté ?

Me Ouédrago : De volonté bien sûr. Ce n’est pas en donnant une voiture avec chauffeur à un juge laxiste et combinard qui fera avancer les choses. Au fond le dossier David, tout le monde le connaît ici, tant les éléments de preuve sont accablants. Seulement dans cette histoire, les magistrats ne se sont attaqué qu’aux lampistes et François Compaoré court toujours.

afrik : Où en est-on de l’instruction du dossier de Norbert Zongo, journaliste indépendant qui a révélé cette affaire et a été assassiné ?

Me Ouédrago : L’instruction Zongo piétine. Le juge d’instruction a nombre d’éléments en sa possession, mais il ne bouge pas. La rumeur lui prête un fort penchant pour le jeu de réussite disponible sur son PC. Il dit que ce n’est pas facile. La principale pièce manquante à ces deux dossiers, c’est le courage.