Coups de force et coups tordus

Empêtrée dans des affaires criminelles qui touchent son entourage proche, la présidence du Burkina multiplie les maladresses. Et se heurte à une hostilité croissante de la rue.

Un gentleman cambrioleur a visité, mardi dernier le palais de justice de Ouagadougou. Il a  » fouillé  » le dossier judiciaire mettant en cause le frère du président Compaoré, dans une affaire criminelle qui fait vaciller le pouvoir sur ses bases et dégénère en une vague de contestation populaire. Bien embêté, le Procureur général du pays, M Abdoulaye Barry, a expliqué  » que la personne cherchait quelque chose de précis et d’important « , sans préciser si des documents avaient été volés.

Le  » dossier David « , regroupe les éléments d’enquête concernant la mort de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère cadet du président, en janvier 1998. David Ouédraogo avait été accusé d’avoir volé à son employeur la somme de 20 millions de francs CFA (200 000 FF). Une indélicatesse qui lui a coûté la vie après que des éléments de la garde présidentielle l’aient torturé à mort dans une caserne. L’affaire Ouédraogo avait été révélée par le directeur de publication du journal l’Indépendant, Norbert Zongo, dont le corps a été retrouvé carbonisé dans sa voiture en décembre 1998. Nombre d’observateurs font le lien entre ses deux affaires.

Pour M. Ouedrago, responsable du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP)  » la Cour de justice est un véritable hangar où les dossiers les plus sensibles ne sont pas protégés. Ce qui rend urgent une réforme de notre appareil judiciaire « , a-t-il déclaré à Afrik.com.

Pression de la rue

Et l’un des principaux animateurs du collectif de  » Lutte contre l’impunité « , responsable d’un mouvement de grève générale qui a paralysé le pays, début avril d’ajouter :  » La vérité, tout un chacun la connaît ici. Sinon comment expliquer l’énorme taux de participation aux mouvements de débrayage auxquels nous avons appelé. Le juge d’instruction possède tous les éléments de preuve, qu’il fasse son travail, maintenant. En jugeant et condamnant tous les responsables de ce crime. En premier lieu François Compaoré ». François Compaoré avait été inculpé de  » meurtre et recel de cadavres  » par la justice civile. Mais en mars 1999, la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Ouagadougou se déclarant  » incompétente  » a renvoyé le dossier à la justice militaire.

Sous la pression de la rue, le juge d’instruction Armand Ouédraogo a affirmé que de faux procès verbaux avaient été établis par la gendarmerie et refusé de transmettre le dossier au commissaire du gouvernement (équivalent du procureur dans la hiérarchie militaire) qui souhaite boucler l’affaire.

L’instruction sur l’assassinat de Norbert Zongo, elle aussi, reste au point mort.