Maroc Telecom : Vivendi au pied du mur ?

La lenteur de la vente des 53% des parts de Vivendi dans Maroc Telecom agace. Au point où les acheteurs potentiels, hormis l’opérateur émirati Etisalat, se sont retirés des négociations. Analyse.

Qu’en est-il de la vente des 53% des parts de Vivendi dans Maroc Telecom ? Face au retrait des acheteurs potentiels, suite à la lenteur du processus de vente, Vivendi se retrouve désormais avec un seul acheteur : Etisalat, rapporte Wall Street journal. Pour éviter un tête-à-tête avec l’opérateur émirati, Vivendi pousserait Orange à s’insinuer dans les négociations afin de faire monter les enchères, d’après le quotidien économique américain.

Contacté par Afrik.com, le directeur des relations presse et des nouveaux médias, Jean-Louis Erneux, affirme que toutes ces informations ne sont que « spéculations ». « J’ai lu l’information, il me semble qu’elle provient de Wall Street, ça spécule mais nous ne faisons aucun commentaire », déclare-t-il. Pourquoi tant de mystère ?

Orange et Maroc Telecom, le mariage impossible ?

A l’heure actuelle, Orange peut acheter les parts de Vivendi mais n’est certainement pas prêt à débourser 4,6 milliards d’euros. Pourtant en 2001, France Telecom, englouti de dettes, a laissé échapper Maroc Telecom au profit de Vivendi. Le PDG d’Orange, Stéphane Richard, a indiqué au Figaro, en mars dernier, pourquoi Orange n’est pas encore entré dans les négociations : « Orange présente toutes les garanties politiques, techniques et financières pour reprendre cet actif sensible. Mais, étant déjà présents au Maroc, nous avons une idée assez précise de la valeur de Maroc Telecom. Nous ne grimperons pas à une échelle de perroquet. Alors que la pression sur le secteur est énorme, je dois tout d’abord préserver la solidité financière d’Orange ».

Même le qatari, Ooredoo (ex-Qtel) a jeté l’éponge. Pourtant, l’opérateur présentait un intérêt vif à Maroc Telecom. Mais dans un précédent dossier consacré à Vivendi, nous expliquions que la revente des parts de Vivendi à Ooredoo n’était pas possible, malgré les importantes propositions financières du groupe qatari en raison de la supposée implication du Qatar dans le financement des cellules djihadistes au Sahel. Vue de la France, le rachat des 53% de Maroc Telecom par Ooredoo peut être néfaste dans la lutte contre le terrorisme, surtout à l’heure où l’Hexagone a, semble-t-il, un besoin de « pister les djihadistes ».

En effet, Maroc Telecom détient plusieurs filiales en Afrique de l’Ouest : Mauritel en Mauritanie, Onatel au Burkina Faso, Sotelma au Mali et Gabon Télécom au Gabon. Au Mali, Vivendi est donc à la tête du deuxième opérateur téléphonique, derrière Orange qui détient 60% des parts de marché. En février dernier, Charlie Hebdo affirmait que « les services d’Etat français se servent de Maroc Telecom pour pister les djihadistes » au Mali, ce qu’avait démenti Vivendi « avec la plus grande fermeté » lors d’un entretien téléphonique avec Afrik.com.

Etisalat, prochain principal actionnaire de Maroc Telecom ?

La deuxième raison qui aurait poussé Vivendi à mettre de côté le groupe qatari est d’ordre « royale ». Le roi du Maroc, Mohammed VI, ne veut tout simplement pas du Qatar chez Maroc Telecom. Un blocus royal qui arrangeait donc la France. Avec ses 30% de parts dans Maroc Telecom, Vivendi est dans l’obligation de consulter et d’obtenir le feu vert du palais pour le choix de l’acheteur.

Résultat des courses, Vivendi se retrouve avec un seul acheteur faute d’avoir retardé, sous l’impulsion de François Hollande, toujours selon Charlie Hebdo, les ventes. La tendance s’inverse donc et le pouvoir de négociation est désormais en faveur d’Etisalat. D’après Solange Maulini, responsable actionnaires chez Vivendi, l’unique raison pour laquelle Vivendi a retardé ses ventes s’inscrit dans un cadre de réflexion : « Nous sommes toujours en réflexion, dans une revue stratégique depuis juin (2012) », avait-elle affirmé à Afrik.com en février 2013.

Au final, le projet de revendre à un prix abracadabrant les 53% de Vivendi restera un projet utopiste. Si Vivendi ne trouve aucun autre acheteur, le géant français n’aura pas d’autre choix que de se plier aux exigences d’Etissalat.