Maroc, Mohammed VI s’accroche à son Sahara et ignore royalement l’Algérie

Mohammed VI, roi du Maroc
Le roi du Maroc, Mohammed VI

Le roi Mohammed VI, dans son discours à la nation à l’occasion du 46ème anniversaire de la Marche verte, ce samedi soir, a insisté que «pour le Maroc, son Sahara n’est pas à négocier». Attendu sur la question de la tension avec l’Algérie, le roi a préféré ignorer le voisin.

Son discours de ce samedi 6 novembre était très attendu, du fait notamment des graves accusations dont le Maroc fait l’objet de la part de l’Algérie, mais le Mohammed VI s’est concentré sur son Sahara. Alors que son armée est accusée d’avoir été l’artisan de la mort de trois camionneurs algériens, le souverain n’a pas abordé le sujet, qui a pourtant envenimé les relations du royaume avec l’Algérie voisine, au point de faire intervenir l’ONU, qui a diligenté une enquête et appelé les deux pays à la retenue et au dialogue.

Dans son discours, le roi a commencé par orienter que «notre Cause nationale s’inscrit désormais dans une dynamique positive imparable. De fait, la Marocanité du Sahara est une vérité aussi pérenne qu’immuable ; elle ne souffre, de ce fait, aucune contestation d’abord, parce que la légitimité de notre Cause est validée par les annales de l’Histoire, ensuite parce que tel est le vœu profond et le souhait ardent de la population sahraouie enfin parce qu’une reconnaissance internationale d’envergure vient l’entériner».

«Avec l’aide et la bénédiction de Dieu, nous avons progressé ces derniers mois, avec calme et sérénité, dans l’action engagée pour défendre notre Sahara. A ce propos, il nous faut saluer Nos Forces Armées Royales qui, le 13 novembre 2020, ont restauré la libre circulation des personnes et des marchandises au point de passage Guerguerat, reliant les deux pays frères, le Maroc et la Mauritanie. Cette action pacifique ferme a mis un terme aux provocations et aux agressions dont le Maroc avait déjà signalé à la communauté internationale la gravité pour la sécurité et pour la stabilité de la région», a poursuivi le roi du Maroc.

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Selon le souverain, «de manière aussi constructive, Nous apprécions de voir croître et s’amplifier le soutien concret dont jouit notre Cause juste. A cet égard, la décision souveraine des Etats-Unis d’Amérique de reconnaître la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara constitue un sujet de fierté pour Nous. Elle est le corollaire naturel de l’appui constant des administrations américaines antérieures et l’illustration de leur apport constructif au processus de règlement de la question du Sahara. Cette orientation affermit le caractère irréversible du processus politique en marche : il est voué à mettre en place une solution définitive fondée sur l’Initiative d’autonomie, sous souveraineté marocaine».

«Par ailleurs, la décision de plus de vingt-quatre pays d’ouvrir un consulat à Laâyoune ou à Dakhla confirme le large soutien dont bénéficie la position marocaine, surtout au sein de l’environnement arabo-africain de notre pays. C’est assurément la meilleure réponse juridique et diplomatique à ceux qui prétendent que la reconnaissance de la Marocanité du Sahara n’a pas de visibilité franche et concrète sur le terrain. Aujourd’hui, nous sommes tout à fait fondés à attendre de nos partenaires qu’ils formulent des positions autrement plus audacieuses et plus nettes au sujet de l’intégrité territoriale du Royaume. De telles positions contribueront à renforcer le processus politique en cours, à appuyer les efforts déployés pour parvenir à une solution définitive réalisable», estime le roi.

Et Mohammed VI d’asséner : «pour le Maroc, son Sahara n’est pas à négocier. Aujourd’hui comme dans le passé, la Marocanité du Sahara ne sera jamais à l’ordre du jour d’une quelconque tractation. En fait, si nous engageons des négociations, c’est essentiellement pour parvenir à un règlement pacifique de ce conflit régional artificiel. Sur cette base, Nous réaffirmons l’attachement du Maroc au processus politique conduit par l’ONU. Nous réitérons également notre engagement en faveur de la recherche d’une solution pacifique, pour le maintien du cessez-le-feu et de la poursuite de la coordination et de la coopération avec la Minurso, dans la stricte limite des attributions qui lui sont assignées».

«A cet égard, Nous renouvelons à Son Excellence le Secrétaire général des Nations unies, Monsieur António Guterres et à son envoyé personnel, notre soutien total pour les efforts qu’il déploie afin que soit relancé le processus politique dans les plus prompts délais. A ce propos, Nous insistons sur la nécessité de se conformer aux paramètres définis par les résolutions successives du Conseil de sécurité depuis 2007 et qui ont été consacrés dans les rencontres tenues à Genève, sous l’égide des Nations Unies… Les développements positifs de l’affaire du Sahara confortent également la dynamique de développement soutenue dans nos provinces du Sud», a poursuivi Mohammed VI.

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«En effet, celles-ci connaissent un essor général, illustré par le développement des infrastructures et la réalisation de projets économiques et sociaux. Grâce à ces projets, les régions du Sahara sont devenues, désormais, un espace ouvert aux opportunités de développement et une plateforme propice à l’investissement national et étranger. Dieu soit loué, nous avons dans la région des partenaires internationaux de bonne foi qui, en toute clarté et en toute transparence, investissent aux côtés du secteur privé national et contribuent ainsi au bien-être de la population. A cet égard, Nous tenons à exprimer Notre considération aux pays et aux groupements qui sont liés au Maroc par des conventions et des partenariats et pour qui nos provinces du Sud constituent une partie intégrante du territoire national», salue le roi du Maroc.

Toutefois, le roi se montre ferme : «en revanche, à ceux qui affichent des positions floues ou ambivalentes, Nous déclarons que le Maroc n’engagera avec eux aucune démarche d’ordre économique ou commercial qui exclurait le Sahara marocain. Par ailleurs, Nous considérons que les conseils élus démocratiquement, librement et de manière responsable dans les provinces et régions du Sahara sont les véritables représentants légitimes de la population locale. Notre souhait est que ces conseils soient une force motrice pour mettre en œuvre la régionalisation avancée, compte tenu de sa vocation à offrir de réelles perspectives de développement et à favoriser une véritable participation politique».

«Clé de voûte de l’unité nationale du Royaume, la question du Sahara est la Cause qui rassemble tous les Marocains. Par conséquent, il appartient à chacun, selon sa position et son statut, de rester mobilisé et vigilant en vue de défendre l’unité nationale et l’intégrité territoriale du pays, de consolider les réalisations accomplies dans nos provinces du Sud, en matière politique et en termes de développement. C’est le meilleur gage de fidélité au serment éternel de la Marche Verte, à la mémoire immaculée de son artisan, Notre Vénéré Père, feu Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu ait Son âme, ainsi qu’aux valeureux martyrs de la Patrie. C’est également l’occasion pour Nous d’adresser aux cinq peuples du Maghreb, Nos vœux les plus sincères d’unité et de stabilité, de progrès et de prospérité», prie le souverain.

«Pour conclure, Nous rendons un vibrant hommage et exprimons Notre considération aux Forces Armées Royales, à la Gendarmerie Royale, à la Sûreté nationale, aux Forces auxiliaires, à l’Administration territoriale et à la Protection Civile, toutes composantes confondues, pour leur mobilisation constante, sous Notre commandement, à défendre l’unité nationale et à préserver la sécurité et la stabilité du pays», a dit Mohammed VI, ignorant le conflit qui mine les relations entre le Maroc et l’Algérie. Alger ayant imputé la mort de trois routiers algériens à l’armée marocaine, promettant que «leur assassinat ne restera pas impuni».

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