Maroc : A quand la libération de Mouad Belghouat ?

Le rappeur marocain Mouad Belghouat est arrêté depuis le 9 septembre 2011 pour avoir « agressé » et « frappé » un militant royaliste dans la rue. L’entourage du rappeur dément fermement ces accusations et dénoncent une tentative d’intimidation à l’encontre d’un rappeur un peu trop dérangeant.

Deux mois déjà se sont écoulés et le rappeur Mouad Belghouat, alias Lhaqedéço, âgé de 24 ans, est toujours derrière les barreaux. Arrêté le 9 septembre 2011, Mouad Belghouat est accusé d’avoir « agressé » et « frappé » un militant royaliste. Des témoins démentent cette version. Selon eux, ce sont les textes du rappeur, jugés critiques à l’égard du régime, qui l’ont amené en prison. Celui-ci exprime ouvertement son refus de se soumettre au roi. Dans une chanson intitulée « le révolté », Mouad affirme que les Marocains ne sont « pas des sujets », qu’ils ne veulent pas « d’un roi sacré et d’un gouvernement qui vole ».

Pour la journaliste franco-marocaine, Zineb el Rhazoui, co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (MALI), le régime a monté de toutes pièces ces accusations. Selon elle, le palais a régulièrement recours à des arrestations arbitraires et intimidations en tout genre pour réprimer le mouvement de contestation. Réfugiée en Belgique, pour cause de menaces de mort, la jeune activiste explique dans une interview accordée à Arte, que le procédé a été le même que celui établi à l’encontre du marocain Zakaria Moumni, champion du monde de light-contact en 1999. Accusé d’avoir escroqué deux Marocains en leur soutirant à chacun 1200 euro, en échange d’un contrat de travail en Europe, le boxeur est détenu au Maroc depuis septembre 2010. Le champion de boxe soutient que le vrai motif derrière ces poursuites est dû à ses efforts incessants, qu’il a rendus publics, pour persuader le Palais à lui octroyer le droit d’obtenir un poste de fonctionnaire. Un décret royal attribue des avantages aux athlètes marocains ayant gagné des compétitions internationales.

Un crime impardonnable

Lhaqed a la volonté de défendre son droit à ne pas être considéré comme un « sujet ». L’ayant exprimé à haute voix, cette action devient un crime aux yeux du gouvernement marocain. L’entourage du rappeur soupçonne le militant royaliste qui a porté plainte d’être un « baltaji », un civil recruté par les services marocains pour contrer les protestations. En échange de quelques dirhams, ces combattants du roi sont appelés pour défendre le trône.

Mais beaucoup s’interrogent. « Comment une bagarre de rue, sans blessures graves, justifie-t-elle deux mois de détention provisoire ? », questionne RFI. Pour l’heure, toutes les demandes de remises en liberté provisoire en attente d’un procès ont été rejetées par le parquet, et ce, bien que Mouad ait fourni des témoins à décharge et que son casier judiciaire soit vierge.

A l’heure où les peuples arabes se soulèvent, le Maroc tente d’amener davantage de démocratie sur son territoire. Toutefois, il est évident que la loi n’est pas la même pour tous. Lorsque l’on est un proche du palais ou que l’on soit « fils » ou « fille » de… Tout devient différent ! En septembre 2008, un certain Hassan Yacoubi, un oncle du roi, a tiré à bout portant sur un policier de la circulation, Tarik Mohib, pour avoir fait son travail. Le policier voulait verbaliser cet oncle pour avoir brûlé un feu rouge. Il y a aussi l’affaire de Khenifra, où une des tantes du roi, Hafsa Amahzoun, a défiguré une avocate, Fatima Sabiri. Le ministre de la communication, Khalid Naciri, n’échappe pas à la règle. Son fils s’était permis d’attaquer à coup de couteau, en face du parlement à Rabat, un automobiliste. Pourtant aucun de ces trois individus n’ont eu à s’inquiéter de la justice. Dans la logique, tous les Marocains sont égaux devant la loi. Logiquement…

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