Le Maroc, les gosses de riches et la justice

Le procureur général de la Cour d’appel de Marrakech, Ahmed Boudalia, a décidé de donner une leçon à ses enfants. Auteurs d’une agression sur un chauffeur de taxi marrakchi, les deux fils de M. Boudalia sont poursuivis par la justice sur ordre de leur père. Une première dans le royaume chérifien.

Jusqu’à aujourd’hui, le camouflage des mauvaises actions des enfants turbulents de la haute bourgeoisie était chose courante au Maroc. Mais coup de théâtre en ce mois de juin du côté de Marrakech : le procureur général de la Cour d’appel vient d’en décider autrement et, qui plus est, avec ses propres enfants. Au départ, il ne s’agissait que d’une simple querelle au sujet d’une priorité de passage dans un rond-point de la ville ocre. Les jeunes hommes, âgés de 22 et 28 ans, ont trouvé juste de tabasser un chauffeur de taxi à l’aide d’un bâton puis d’injurier un agent de la sûreté nationale qui avait « osé » demander leur permis de conduire.

Au Maroc, quand on est « fils ou fille » de l’élite financière, politique et administrative, l’on a souvent tendance à se croire au-dessus des lois. Mais cette fois-ci, le père des deux mis en cause n’a pas jugé bon de les laisser profiter de leur statut privilégié… Averti par les policiers, M. Boudalia, « un procureur intègre » selon le quotidien Libération.ma, a ordonné leur mise en examen, et ce alors qu’ils avaient déjà été relaxés par la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) et qu’ils bénéficiaient du retrait de la plainte du chauffeur de taxi.

Le début de la fin des passe-droits ?

Le Maroc s’est lancé depuis le mois de mars dans un énorme chantier de réformes politiques et sociales. Le Mouvement du 20 février a clairement exprimé sa colère face aux abus de pouvoir et aux privilèges éhontés. Un ras-le-bol que semble avoir entendu le roi Mohamed VI dont les projets de réforme, quoique considérés comme trop timides par une partie de ses sujets, sont significatifs. La réaction de M. Boudelia semble coller à l’air du temps. Cependant, l’usage des passe-droits, bien ancré dans la société marocaine, ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Il y a quelques mois seulement, en février 2011, c’est avec stupéfaction que nous avons assisté à une scène choc lors d’un déplacement à Casablanca. Un policier fait signe à une jeune femme au volant d’une luxueuse voiture de s’arrêter pour avoir grillé un feu rouge. Alors que l’agent de sûreté s’apprête à dresser un procès-verbal, celle-ci décide d’appeler une personne suffisamment haut placée pour lui permettre de s’en aller sans contravention. Et juste avant de partir, libre comme l’air, elle juge utile de coller une claque au policier qui avait voulu faire son travail…