Marine Le Pen déclenche la colère au Sénégal

Marine Le Pen au Sénégal
Marine Le Pen au Sénégal, le 17 janvier 2023

La venue de Marine Le Pen au Sénégal ne fait pas l’unanimité. Il fallait s’y attendre compte tenu de la posture de l’élue sur des questions relatives à l’immigration et aux droits de l’Homme. L’ancienne Première ministre du Sénégal, Aminata Touré, est d’avis que Marine Le Pen « n’aurait jamais dû être autorisée à fouler le sol sénégalais ».

Leader du Rassemblement National, parti de l’extrême droite en France, Marine Le Pen, est au Sénégal pour trois jours. Sauf qu’elle n’est pas la bienvenue au pays de la Téranga. « Que vient faire au Sénégal Marine Le Pen qui incarne en France le racisme et la xénophobie, depuis des décennies ? ». C’est la question que se pose Aminata Touré. Dans une lettre ouverte, l’ancienne Première ministre reconnaît que « le Sénégal s’honore d’être un pays d’accueil et de brassage, de tolérance et d’ouverture ». Et de rappeler que « de nombreux étrangers, de toutes origines, ont choisi d’en faire leur lieu de vie et d’épanouissement. Cela est très bien ainsi ».

« Inacceptable que Marine Le Pen ait été autorisée à fouler le sol sénégalais »

« Depuis des temps immémoriaux, cette tradition d’hospitalité est ancrée dans notre culture – ou plutôt dans nos cultures, car nous comptons 22 langues codifiées au Sénégal. Les brassages culturels et ethniques y sont la norme. C’est ce « vivre ensemble » qui contribue largement à notre volonté atavique de dialogue et qui est, in fine, un des gages de notre stabilité », poursuit-elle. Toutefois, précise la députée non inscrite, « le Sénégal est aussi un pays de fierté et de refus. De refus de l’indignité. De refus de l’aplatissement ». Et de justifier : « c’est pourquoi il est inacceptable que Marine Le Pen, dirigeante de 2011 à 2021 du Front national, parti raciste et xénophobe français, ait été autorisée à fouler le sol sénégalais ».

Mimi Touré rappelle que « depuis des décennies, nos centaines de milliers de compatriotes africains vivant en France subissent les attaques racistes verbales – et même physiques – du Front national, lequel a d’abord été dirigé par son père, Jean-Marie Le Pen. Je me souviens encore, quand j’étais étudiante en France, de la violence raciste et de la terreur que faisait régner sur les campus français le GUD (Groupe Union Défense), organisation estudiantine d’extrême droite violente et directement liée au Front national. À l’annonce de la présence de ses membres sur le campus, nous, étudiants africains et arabes, nous terrions dans nos chambres pour ne pas être victimes de leurs expéditions punitives sans fondement ».

« Le Rassemblement national continue à faire du racisme »

Aminata Touré va plus loin, rappelant que « le mouvement « Touche pas à mon pote », initié par l’association SOS Racisme, en 1985, avait constitué une riposte massive de la jeunesse de l’époque, dans toute sa diversité, à ces militants d’extrême droite. Des anciens dirigeants du GUD, Frédéric Chatillon et Axel Loustau, sont toujours actifs aux côtés de Marine Le Pen et figuraient même dans son équipe de campagne lors de l’élection présidentielle française de 2022. Le 3 novembre dernier, Grégoire de Fournas, député du Rassemblement national, injuriait par ailleurs le député Carlos Martens Bilongo en pleine séance à l’Assemblée nationale en déclarant « Qu’il retourne en Afrique ! ».

Pour l’ancienne PM, « le Front national, bien que rebaptisé Rassemblement national, continue à faire du racisme, de la xénophobie et de la haine de l’autre son principal fonds de commerce politique ». Non sans se demander « pourquoi les autorités sénégalaises ont-elles donc autorisé le séjour de Marine Le Pen au Sénégal ? ». Aminata Touré est d’avis qu’elles ont « manqué l’opportunité de symboliquement lui signifier notre dégoût collectif du discours raciste et haineux que son parti tient depuis des décennies en France à l’endroit des Africains, à tel point que le racisme, pourtant puni par le code pénal français, est aujourd’hui banalisé voire intégré dans cette France pourtant si souvent surnommée « patrie des droits de l’Homme ».

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