Mali : la destruction de Tombouctou, « la cité des 333 Saints », continue

Le saccage du patrimoine culturel de Tombouctou se poursuit ce lundi. Le groupe islamiste Ançar Dine, après avoir démoli sept des seize mausolées de la ville au cours du week-end, vient de détruire la porte d’entrée de la mosquée Sidi Yeyia, datant du XVe siècle. Ces dégradations interviennent après que le Comité pour le patrimoine mondial de l’Unesco a décidé d’inscrire « la cité des 333 Saints » sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Les destructions de mausolées à la pioche, à la houe et au burin entreprises ce week-end à Tombouctou par les islamistes d’Ançar Dine rappellent étrangement celles des bouddhas de Bamyan par les talibans afghans. La dynamite en moins. Les islamistes auraient également volé et revendu des livres et manuscrits anciens. Ces actes de vandalisme laissent craindre une radicalisation plus importante des islamistes dans le Nord-Mali.

Après une courte pause, ce lundi, sans doute provoquée par des désaccords internes face au tollé international suite aux saccages, les islamistes se sont attaqués à la porte de la mosquée Sidi Yeyia. Cette porte située au sud de la ville était fermée depuis des décennies. Selon les habitants de la ville, son ouverture éventuelle porterait malheur. Les islamistes veulent ainsi faire table rase des vestiges culturels et des croyances jugées illicites et déviantes, selon la charia qu’ils prônent.

Colère et émotion

C’est avec consternation et parfois même les larmes aux yeux que les populations de Tombouctou assistent avec impuissance à la destruction des mausolées des Saints de la « perle du désert ». L’ensemble des Maliens est sous le choc. « C’est incompréhensible ce qui vient de se passer à Tombouctou. Je condamne fermement cet acte qui est contraire aux principes de tolérance de l’islam pratiqué dans notre pays », dénonce Aliou Koné, enseignant dans un lycée de Bamako. Ibrahima Diallo, chauffeur de minibus, souhaite une intervention de la communauté internationale pour libérer les régions du Nord-Mali. « La profanation des tombes a Tombouctou doit amener les autorités maliennes à se mobiliser, à agir afin de chasser les extrémistes », renchérit son ami Moussa Kanté.

Pour les fondamentalistes religieux, la vénération de ces Saints n’est pas conforme à la charia. Cependant, la démolition de ces monuments historiques est aussi une mesure de représailles après la décision de l’Unesco de classer cette ville mythique au patrimoine mondial en péril le jeudi 28 juin dernier, à Saint-Pétersbourg. Le gouvernement malien dénonce des « crimes de guerres » et annonce sa volonté de poursuivre les auteurs de ces actes. Le conseil des ministres a déjà approuvé le principe de la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) et un groupe de travail est à pied d’œuvre à cet effet.

La CPI au secours de »la cité des 333 saints »

Fatou Bensouda, procureure de la CPI, a déclaré ce dimanche à Dakar, au Sénégal, que la destruction de biens religieux à Tombouctou pouvait être considérée comme des « crimes de guerres » passibles de poursuites. Cette déclaration laisse présager un durcissement de ton entre les islamistes et la communauté internationale, indignée dans son ensemble.

Dans « la cité des 333 Saints », Ançar Dine s’est attaquée à de précieux vestiges de l’Histoire africaine et mondiale. Depuis 1988, Tombouctou est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. En 2007, la ville était également bien placée pour obtenir le titre de « merveille du monde moderne ». La « perle du désert », jadis grand centre d’enseignement islamique, en plus de ses mausolées et mosquées, conserve un véritable trésor : un ensemble de près de cent mille manuscrits est encore détenu par les grandes familles de la ville.

L’Unesco parle de « nouvelle tragique » s’agissant de la démolition des tombeaux de plusieurs Saints à Tombouctou dont les seize cimetières et mausolées étaient des composantes essentielles au système religieux. Selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers.

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