
L’opposition malienne en exil poursuit sa recomposition face au pouvoir militaire installé à Bamako. Ismaël Sacko, président du Parti social-démocrate africain, a annoncé son ralliement à la Coalition des Forces Républicaines, lancée en décembre dernier. Cette plateforme politique se structure autour de l’imam Mahmoud Dicko, figure centrale de la contestation aujourd’hui établie en Algérie.
Ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique de structuration d’un front commun contre la junte de transition.
Un front commun contre la junte de transition
Depuis son exil en France, Ismaël Sacko justifie cette alliance par l’urgence de la situation nationale. Dans une déclaration ferme, l’homme politique dresse un constat sévère : dégradation de la sécurité, paralysie économique, fermeture des écoles et centres de santé, et crise énergétique persistante. Pour le président du PSDA, dont le parti avait été dissous par les autorités maliennes dès 2023, la CFR représente désormais « l’alternative crédible » pour mettre fin à ce qu’il qualifie d’échec du régime militaire.
L’objectif affiché par cette coalition est sans équivoque : obtenir le départ de la junte et amorcer un retour à l’ordre constitutionnel. En rejoignant Mahmoud Dicko, Ismaël Sacko entend coaliser les forces du changement pour « extirper le peuple de la souffrance ». La CFR prône une stratégie de résistance pacifique et de désobéissance civile pour contraindre les autorités de transition, au pouvoir depuis plus de cinq ans sans élections, à céder la place.
La quête d’une réconciliation par le dialogue global
Au-delà de la contestation politique, la CFR se distingue par une approche radicale du règlement du conflit malien. La coalition défend la nécessité d’un dialogue inclusif, non seulement avec les groupes rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA), mais aussi avec les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim). Cette volonté de « faire taire les armes » par la négociation est au cœur du projet soutenu par Ismaël Sacko, qui voit en l’imam Dicko un médiateur capable de parler à tous les acteurs, y compris les plus radicaux.
Ce ralliement soulève toutefois des interrogations sur la nature du projet de société porté par la coalition. Interrogé sur l’influence religieuse de l’imam Dicko, Ismaël Sacko se veut rassurant. Il affirme que l’imam ne cherche pas à imposer une vision théocratique et rappelle son propre attachement au caractère laïc de l’État malien. Pour l’opposant, l’imam joue un rôle de « référent moral » et de facilitateur, mais la souveraineté finale appartiendra au peuple malien par la voie des urnes.
Le silence lourd de Bamako face aux exilés
Malgré l’officialisation de ces ralliements et les critiques virulentes de la CFR, le pouvoir de transition à Bamako observe pour l’instant un silence de marbre. Ni le lancement de la coalition le 5 décembre dernier, ni les prises de parole de Mahmoud Dicko n’ont suscité de réaction officielle de la part du gouvernement dirigé par le colonel Assimi Goïta.
Cette absence de réaction n’entame pas la détermination des opposants en exil. Ismaël Sacko a conclu son annonce par un appel à toutes les organisations et personnalités indépendantes à rejoindre la dynamique de la CFR. La coalition espère que ces ralliements « au compte-goutte » finiront par créer une masse critique capable d’influencer le cours des événements au Mali.




