Mali : condamnation de Youssouf Sissoko pour offense à un chef d’État étranger


Lecture 3 min.
Liberté de la presse
Liberté de la presse

La condamnation du journaliste Youssouf Sissoko à deux ans de prison ferme provoque une onde de choc dans le paysage médiatique malien. Poursuivi pour « offense à un chef d’État étranger » après un article lié à l’Alliance des États du Sahel, le directeur de publication de L’Alternance voit son verdict dénoncé par plusieurs organisations professionnelles. Des voix s’élèvent pour alerter sur un recul de la liberté de la presse dans le pays.

Le paysage médiatique malien est sous le choc après un verdict tombé ce lundi 23 mars 2026. Youssouf Sissoko, figure respectée de la presse nationale et Directeur de publication du journal L’Alternance, a été condamné par le Tribunal du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité à deux ans de prison ferme. Cette sentence, assortie d’une amende d’un million de francs CFA, marque un tournant brutal dans les relations entre le pouvoir de transition et les professionnels de l’information.

Un article sur l’AES au cœur du litige

L’origine de cette affaire remonte au mois de janvier dernier, suite à une attaque contre l’aéroport de Niamey revendiquée par l’État islamique au Sahel. Youssouf Sissoko avait alors publié un article questionnant les accusations du président nigérien, Abdourahamane Tiani, qui mettait en cause la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire.

Dans un contexte où le Mali et le Niger sont étroitement liés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), la justice malienne a jugé ces écrits comme une « atteinte au crédit de l’État » et une « offense à un chef d’État étranger ». Malgré une défense axée sur le devoir d’informer et l’intérêt général, le journaliste, incarcéré depuis le 5 février, a vu la rigueur de la loi s’abattre sur lui.

L’indignation de la corporation médiatique

Dès l’annonce du délibéré, les réactions de rejet ne se sont pas fait attendre. L’Association des Éditeurs de Presse Privée (ASSEP) a exprimé une « profonde indignation », qualifiant ce verdict de recul sans précédent pour la liberté d’expression au Mali. Pour l’organisation, cette décision judiciaire fragilise un secteur déjà éprouvé par des contraintes sécuritaires et économiques majeures.

Les professionnels du secteur craignent que de telles sanctions ne deviennent la norme, transformant la critique journalistique en délit pénal systématique et menaçant, à terme, l’existence même d’une presse indépendante sur le territoire malien.

Un signal inquiétant pour l’État de droit

Au-delà des frontières maliennes, des organisations internationales comme Reporters sans frontières (RSF) dénoncent une mesure de représailles visant à faire taire les voix dissonantes au sein de l’espace AES. Dans les rédactions de Bamako, la tristesse se mêle à l’inquiétude. Certains journalistes voient dans cette condamnation la preuve d’une justice désormais inféodée au pouvoir militaire, s’éloignant des valeurs démocratiques fondamentales.

Alors que l’entourage de Youssouf Sissoko prépare un appel, l’ASSEP appelle l’ensemble des acteurs de la presse à rester « debout, solidaires et mobilisés » pour défendre les acquis de la liberté d’informer, pilier indispensable de l’équilibre national.

Sidoine
Sidoine observe, écoute et raconte l’Afrique telle qu’elle se vit au quotidien. Sur Afrik.com, il mêle récits, portraits et analyses pour donner chair aux événements et aux débats qui animent le continent
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News