Malamine Koné : « Pour le moment, mon action au Mali et en Afrique est d’ordre humanitaire »

Au Mali, le mois d’octobre est celui de la solidarité envers les personnes défavorisées. Malamine Koné, créateur de la marque Airness et parrain national de l’édition de cette année, y a passé dix jours à ce titre, à la fin du mois dernier. Pendant ce séjour, il a fait des dons et apporté son soutien à plusieurs structures sociales du Mali. Le président directeur de l’équipementier sportif, qui se dit très attaché à ce pays qui l’a vu naître, compte y investir pour créer de l’emploi. Pour l’heure, ses actions sont humanitaires.

La 14e édition du mois de la solidarité au Mali, s’est achevée le 31 octobre. Selon le ministre du Développement social, de la solidarité et des Personnes âgées de ce pays, la contribution de la société civile, pendant cette période destinée à soutenir les personnes défavorisées, à atteint environ 600 millions de Franc CFA (plus de 923 000 euros), soit 100 millions de plus que l’année dernière. Pour la première fois, cette année, l’opération a été lancé au sein de la diaspora malienne, à Paris. Une caisse de solidarité a été ouverte à cette occasion. Malamine Koné, le PDG de l’équipementier sportif, fait le bilan de cette édition dont il était le parrain national et parle de ses ambitions politiques.

Afrik.com : Vous avez été choisi, cette année, comme parrain du mois de la solidarité au Mali. A ce titre vous y avez effectué un séjour de dix jours, fin octobre, pour faire de multiples dont à des structures sociales. Quel bilan faites-vous de cette 14e édition du mois de la solidarité ?

Malamine Koné :
Le bilan est plutôt positif. Il y a eu une forte mobilisation des Maliens. Cela prouve qu’ils se sentent concernés par la solidarité et qu’ils ont compris que c’est un élément essentiel pour le développement du pays. Et pour moi, c’était une fierté d’être le parrain de ce mois. C’était l’occasion d’aller expliquer aux Maliens que la solidarité, ce n’est pas forcément le riche qui vient donner au pauvre. On a chacun quelque chose à apporter à l’autre. Le pauvre peut aussi, par son expérience ou un don de sang par exemple, venir en aide à d’autres personnes. Le pauvre a autant à apporter au riche, que le riche au pauvre. La solidarité c’est la clé qui permettra au continent africain d’ouvrir, comme je le dis souvent, la porte des opportunités, c’est elle qui nous permettra d’être plus forts face à nos nombreuses difficultés. C’était donc pour moi une fierté d’avoir été le parrain national de ce mois. Parce que c’est le mois où on dit un seul homme ne peut pas, mais tous ensemble on sera plus fort. Je pense que c’est la seule voie pour le continent de s’en sortir.

Afrik.com : Vous avez lancé, c’était une première, le mois de la solidarité au sein de la diaspora à Paris. Qu’est ce que cela a donné ?

Malamine Koné :
J’ai demandé l’implication de la diaspora parce que le mois de la solidarité du Mali concerne tous les Maliens : la diaspora comme ceux qui vivent au Mali. J’ai souhaité que le coup d’envoi soit donné au foyer Bara [Montreuil, Ndrl] pour plusieurs raisons. La première était de rendre hommage à nos parents et nos grands parents qui ont fait des voyages périlleux à la quête du mieux être. C’est grâce à eux que nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui. Ensuite, la diaspora est un élément incontournable dans le développement du Mali et du continent dans son ensemble, et elle est déjà naturellement solidaire. Il y a également eu une forte mobilisation de ce côté-là. Ils sont même prêts à renouveler l’expérience l’année prochaine. Je leur ai proposé d’organiser une caisse de solidarité nationale.

Afrik.com : On a vu Malamine Koné, au Mali, faire des dons de plusieurs tonnes de nourriture, articles scolaires aux personnes défavorisées. C’est forcément bon pour l’image. Mais combien cela vous a couté ?

Malamine Koné :
La solidarité n’a pas de prix. Je n’ai pas pris ma calculatrice pour estimer combien cela m’a coûté. J’ai voulu faire passer un message : montrer aux Maliens que la réussite ou la richesse c’est quelque chose qui doit se partager. C’est important. Le sens du partage ne se résume pas à la distribution de l’argent ou de denrées alimentaires. Le partage, c’est aussi celui des idées, des projets, etc…

Afrik.com : Vous avez dit sur la chaîne malienne de télévision ORTM : « je n’ai pas d’ambition politique parce que, aujourd’hui, je n’ai rien à proposer aux Maliens. Le jour où j’aurai des projets, je viendrai devant le peuple Malien et je lui dirai voila ce que je vous propose ». Est-ce qu’on peut imaginer un Malamine Koné, ministre, Premier ministre du Mali dans les années à venir ?

Malamine Koné :
Certainement pas ministre.

Afrik.com : Président de la République alors ?

Malamine Koné :
On ne sait pas de quoi sera fait demain. Pour le moment en tout cas, c’est clair je n’ai pas d’ambition politique. Je ne sais pas ce que la politique veut dire. Est-ce que c’est promettre des choses ? Est-ce que c’est promettre pour faire plaisir aux gens. Moi je sais je suis un homme d’action. J’aime tenir mes engagements, j’aime être franc avec les gens. On m’a dit que ce sont des valeurs qui ne sont pas compatibles avec la politique. On m’a dit qu’en politique il faut arrondir les angles, ce que je ne sais pas faire. Aujourd’hui, je n’ai pas d’ambition politique au Mali parce que je ne connais pas très bien le Mali et les Maliens. Je suis en train d’apprendre à les connaître. C’est la première fois que je suis allé aussi loin dans le Mali, que je découvre d’autres régions. J’ai également vu des problèmes au Mali. Beaucoup d’efforts ont été faits mais il reste encore beaucoup de chose à faire. Le gouvernement seul, n’y arrivera pas. C’est avec l’aide notamment de la diaspora qu’on pourra reconstruire le pays. Avoir des ambitions politiques, c’est avoir des projets, ou avoir des solutions à ces problèmes. Aujourd’hui, honnêtement, je ne n’ai pas la solution à ces problèmes, je suis en train de les découvrir. Le jour où j’aurai une solution à ces problèmes, j’irai voir les Maliens et je leur dirai : Oui, je suis prêt. Et ce jour là, j’aurai des ambitions pour être quelqu’un au Mali. Mais pas politique. Aujourd’hui, je suis encore jeune, je réfléchis, je découvre, j’analyse, j’observe, j’essaie de comprendre. Le jour où j’aurai compris, j’irai clairement expliquer au peuple et peut être que je serai un jour élu et ensuite jugé sur des résultats.

Afrik.com : Quels sont vos rapports avec le pouvoir en place au Mali ?

Malamine Koné :
J’ai de très bons rapports avec ATT [Amadou Toumani Touré, Président Malien, Ndrl]. C’est un homme extraordinaire, il sait écouter, donner leur chance aux autres. C’est aussi un homme d’action. Il a fait du Mali un exemple de démocratie en Afrique. Il a compris que les femmes étaient utiles et qu’elles étaient le nouveau visage du continent africain. Il a compris qu’il fallait s’appuyer sur elles et les impliquer dans le développement. Sur quinze ministres il y en a sept qui sont des femmes Je trouve cela intéressant. Ça veut dire que c’est quelqu’un qui a l’esprit d’ouverture. Il arrive à la fin de son dernier mandat et je pense qu’il fait beaucoup pour le Mali et le continent africain parce qu’il a prouvé qu’on pouvait travailler efficacement ensemble dans la paix.

Afrik.com : Quels types d’investissements réalisez-vous au Mali et en Afrique en général ?

Malamine Koné :
Pour le moment, ce que je fais au Mali et en Afrique en général, est d’ordre humanitaire. Mais je suis en train de mettre en place une cellule de réflexion sur l’économie. Parce que c’est là le sujet. Il ne suffit pas juste d’aller donner des denrées alimentaires. Il faut réfléchir très sérieusement sur la création d’emplois au Mali et en Afrique. Parce que c’est de cela qu’il s’agit. Nous avons pensé à plusieurs formules : Est ce qu’il fallait financer des projets? Cela exister déjà. Il y a beaucoup d’institutions de micro finances. Mais est-ce que cela suffit ? Est-ce que donner de l’argent peut être une solution ? Parfois l’Africain a tendance à croire que son problème sera réglé s’il reçoit de l’argent. J’entends souvent les gens dire qu’il n’y a rien à faire en Afrique. C’est justement parce qu’il n’y a rien à faire que tout est possible en Afrique. C’est aussi aux gouvernements de nous donner des possibilités de réaliser des projets en Afrique. Des projets qui permettront de donner un coup d’accélérateur à nos économies car elles en ont besoin.

Afrik.com : Est-ce qu’on peut imaginer, à terme, une usine Airness au Mali ou ailleurs en Afrique ?

Malamine Koné :
Je crois qu’aujourd’hui, c’est la meilleure chose qui pourrait arriver notamment au Mali parce que c’est le premier producteur de coton en Afrique. Mais ce serait compliqué. Il y aura beaucoup de chose à mettre en place, et une forte collaboration du gouvernement. Je ne pense pas qu’on soit encore prêt pour cela. L’énergie coûte encore beaucoup trop chère. Mais c’est une idée que j’ai en tête et que j’espère pouvoir réaliser un jour. On dit souvent qu’Airness est la marque du continent africain, mon rêve c’est qu’un jour les T-shirt Airness soient fabriqués en Afrique. Ça peut être ailleurs que la Mali. Le Burkina Faso, par exemple, produit aussi beaucoup de coton. Il faut qu’on arrive à se doter du savoir faire nécessaire nous permettant de délocaliser des usines vers l’Afrique.

Lire aussi :

 Malamine Koné soutient les exclus du Mali

 Sékou Diakité : « la société civile doit s’approprier le mois de la solidarité »

 Malamine Koné : « Pour réussir il faut d’abord avoir envie de réussir »