Maghreb : l’avenir morose des salles de cinéma

L’avenir du cinéma au Maghreb est en péril. Entre fermetures en cascade et piratage massif, les salles de cinéma sont devenues de réels déserts.

Au Maghreb, les habitants boudent leurs salles de cinéma. Le piratage est devenu un secteur d’activité à part entière et les cinémas, désertés, ferment les uns après les autres. Après tout, pourquoi aller au cinéma lorsque l’on peut se procurer le DVD d’un film sorti la veille dans les salles ? Ce fléau est devenu une réelle économie et les pouvoirs publics peinent à sévir. Le sujet a pourtant été au coeur du dernier festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), au Burkina Faso, qui a eu lieu du 26 février au 5 mars 2011.

Le piratage, un accès simplifié

Grâce à Internet et au numérique, la duplication est devenue très facile et il est techniquement difficile de mettre fin au piratage. Les autorités ont le sentiment qu’il serait préférable de s’adapter à ce marché, difficile à combattre, plutôt que de le freiner. Au Maroc par exemple, le secteur du piratage réalise chaque année un chiffre d’affaires de 250 millions de dirhams (22 millions d’euro), échappant au contrôle fiscal – et donc à tout impôt. L’ex-directeur des Journées cinématographique de Carthage, Ferid Boughedir a déclaré, lors du FESPACO 2011, que « pas moins de 70 000 vidéoclubs fonctionnent en Tunisie, pour l’essentiel avec des DVD piratés », lit-on sur l’Express.fr.

Une taxe sur les DVD vierges servant au piratage serait à l’étude dans certains pays comme la Tunisie ou le Maroc. Cela permettrait de « contribuer à petite échelle au financement légal du cinéma local », estime M. Boughedir. Comme en France, la possibilité de contraindre les télévisions à verser une quote-part de leurs recettes publicitaires à un fonds de développement du cinéma, qui financerait la production de films et téléfilms, serait également en projet. Pourtant ces décisions seraient problèmatique pour les salles de cinéma qui tiennent encore debout.

Le numérique et les multiplexes…

Une alliance entre nouvelles constructions et rénovation des anciennes salles de cinéma serait un atout majeur dans la conquête du public. De plus, le passage au numérique permettrait une simultanéité avec le reste du monde et donc de lutter contre le piratage. Mais cette opération a un coût. Equiper en numérique une salle de cinéma revient en moyenne à 89 000 euro. Et en l’absence de véritable politique culturelle publique, ce sont les investisseurs privés qu’il faut convaincre.

En 2002, alors que les petites salles fermaient tour à tour leurs portes, Jean-Pierre Lemoine, un investisseur fou amoureux du cinéma, s’affairait à la construction du plus grand complexe cinématographique à Casablanca, au Maroc : le Mégarama. 14 salles et une capacité totale de 3650 places. Cependant, ces multiplexes font de l’ombre aux petites salles qui tiennent encore debout. De plus, Mégarama détient le monopole de la distribution, le groupe diffuse les films en priorité dans son réseau. Il empêche donc les petites salles d’accéder avant lui aux films récents.

Tour d’horizon

Au Maroc, des bijoux d’architectures sont abandonnés. C’est malheureusement toute une histoire qui disparaît. Pourtant, le pays ne compte que 68 écrans et 44 salles pour 31 millions d’habitants. En Tunisie, on recense une quinzaine de salles pour 10 millions d’habitants et une vingtaine en Algérie pour 35 millions d’habitants.

En Afrique subsaharienne, les salles encore en vie ont été ouvertes avant les indépendances. Les Etats africains ont continué à assurer la distribution des films ainsi que leur bon fonctionnement pendant une ou deux décennies. Mais beaucoup de salles de cinéma n’ont pas survécu à la crise de la dette africaine de la fin des années 1980. Le réajustement des dettes par le FMI a contraint les gouvernements africains de se détacher des activités non bénéficiaires causant ainsi la privatisation des salles. Alors que l’Afrique du Sud bénéficie encore de véritables infrastructures, la plupart des pays subsahariens ne disposent presque plus de salles de cinéma, voire même n’en ont plus aucune. Pour exemple, le Tchad possède un seul cinéma, inauguré en janvier 2011, pour 11 millions d’habitants.

Dans une Afrique où les salles de cinéma sont une denrée rare, une révolution culturelle serait vraisemblablement la bienvenue.

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