Maroc : SOS salles de cinéma en danger

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Au Maroc, les salles de cinéma ferment une à une. Un phénomène important qui menace l’identité culturelle du pays. Depuis 2007, l’association « Saves cinemas in Morocco » menée par l’acteur franco-marocain Tarik Mounim lance un appel à la population et aux pouvoirs publics pour garantir la préservation de ces lieux.

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Depuis 2007, l’acteur Tarik Mounim lutte avec d’autres amoureux du 7ème art (cinéastes, distributeurs, techniciens,…) pour la survie des salles de cinéma au Maroc. Son association « Save cinema in Marocco » a pour but d’alerter la population et les autorités sur les fermetures et les destructions de ces lieux. Abandonnés, rasés, remplacés par des supermarchés, les salles de cinémas disparaissent peu à peu. La raison principale? Les exploitants subissent de plein fouet le phénomène de piratage de films, très répandu au Maroc. Devant l’étendu de ce fléau, Tarik Mounim est parti en croisade contre la disparition de ces sites qui pourrait mettre en péril l’industrie du cinéma marocain. Interview.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous créé cette association ?

Tarik Mounim :
Je suis Franco-marocain. Je réside entre la France et la Maroc. J’ai remarqué que, dans mon quartier à Casablanca, beaucoup de salles de cinéma avaient été fermées ou détruites. A la place, on a construit des immeubles, des grandes surfaces. Face à cette situation culturelle désastreuse, il y a eu un collectif d’artistes, dont je fais partie, qui s’est engagé contre ces fermetures. On a beaucoup parlé de ce problème et on a réfléchi sur la stratégie à adopter. C’est alors qu’on a choisi le festival du cinéma de Marrakech en 2007 pour faire passer notre message à l’échelle internationale. C’est à partir de cet événement qu’on a décidé de prendre comme slogan : « Save cinemas in Marocco ».

Afrik.com : Quel est son but ?

Tarik Mounim :
On souhaite que le gouvernement réagisse. D’un point de vue professionnel, il faut changer les choses. Les films ont peu de moyens de diffusion. Les entrées dans les salles sont les seules garanties de générer de l’argent. Il faut sensibiliser les jeunes pour qu’ils ne se tournent plus vers les DVD piratés mais regagnent le chemin des salles de cinéma.

Afrik.com : Qu’attendez-vous du gouvernement marocain ?

Tarik Mounim :
Dans le cas rêvé, assurer et garantir la survie des salles de cinéma. Il faut que le gouvernement prenne en compte notre appel. Le ministère de l’urbanisme doit valoriser le patrimoine architectural et culturel. Il faut aider à la réhabilitation des salles de cinéma au lieu de les détruire, donner de l’argent pour la rénovation par exemple.

Afrik.com : Le piratage est l’une des causes de ces fermetures ?

Tarik Mounim :
Oui, mais il y a plusieurs acteurs. Dans les années 90, les gens avaient la parabole et fréquentaient moins les salles mais ça fonctionnait quand même ! Maintenant ça ne marche plus. Les jeunes utilisent le piratage. Pour sortir de cette spirale, on a demandé au gouvernement de baisser le prix des places, il y a eu des propositions de lois mais aucune n’a été appliquée. Les pouvoirs publics ne réagissent pas.

Afrik.com : On a parlé de la création de multiplexes pour remplacer les salles de cinéma. Qu’en pensez-vous ?

Tarik Mounim :
Certains pensent qu’on pourra sauver les salles marocaines avec la création de ces multiplexes, mais c’est une mauvaise stratégie. Investir dans ce genre de structures est impossible. Il n’y a pas de terrains dans les villes sauf dans les zones d’activités. Et puis l’entrée est chère : 50 dirhams donc peu de personnes peuvent y aller. Il y a aussi les transports à payer, car les multiplexes se trouvent en périphérie des villes.

Afrik.com : Malgré cette situation, l’industrie du cinéma marocain a l’air de prospérer…

Tarik Mounim :
Oui et non. Au Maroc, beaucoup de films sont réalisés mais peu sont de qualité. Il n’y a pas de moyens pour les décors, le scénario… Ces fermetures sont le symbole de la crise que subit le cinéma marocain. Il faut savoir que deux tiers des distributeurs ont déjà mis la clé sous la porte.

Afrik.com : Avez-vous eu à subir, en tant qu’acteur, cette crise ?

Tarik Mounim :
Bien sûr. J’ai eu des problèmes d’honoraires. Les conditions sont loin d’être parfaites quand on tourne au Maroc. Souvent on prend des acteurs qui ne sont pas des professionnels… C’est un problème car beaucoup de techniciens ne veulent plus travailler au Maroc. L’avance sur recettes ne suffit pas, les conditions sont difficiles, il n’y a aucune garantie… Du coup, ils préfèrent les pays étrangers. Certains d’entre eux, cinéastes, acteurs vivent par exemple en France. C’est pour ça qu’il faut réagir et vite.

Pour en savoir plus :

 Le site de Save cinemas in Marocco