Lutter contre le piratage des films : un défi pour le Maroc

La contrefaçon fait des émules au Maroc. Les films piratés se vendent à 10 Dirhams (1 euro environ) à tous les coins de rues. A Casablanca, Rabat, Tanger, le marché de l’informel semble dicter sa loi au grand dam des producteurs et exploitants de salles qui voient leurs commerces disparaitre. Malgré le soutien de l’Etat, le piratage demeure un fléau dans le Royaume chérifien.

Dans le souk Derb Ghallef, à Casablanca, les DVD piratés s’étalent dans les échoppes. Dans cet antre de l’informel se croisent les nouveautés et les films d’antan. Ici environ 2000 vendeurs sont au service de la contrefaçon. Le Marocain en quête de bonnes promotions peut déambuler tranquillement dans les ruelles étroites, sans être embêté par les contrôles de police. Au royaume du piratage, le client est roi.

Un réseau international

Au Maroc, les salles de projection sont remplacées par des lecteurs DVD et par les sites de vidéos en streaming, où l’on peut en direct et gratuitement visionner un film. « Ces activités sont très développées, c’est un véritable fléau. Mais le gouvernement marocain ne fait rien pour que cela change. Pourtant, il sont censés avoir les moyens législatifs », explique, sous couvert de l’anonymat, un producteur français. Cependant, début février, un accord visant à renforcer la lutte contre le piratage a été signé entre le ministère de la communication et le centre cinématographique marocain (CCM). Ce document s’inscrit dans le programme de lutte contre le piratage mené depuis quelques années déjà par le CCM. Par le biais de son service juridique, qui se constitue partie civile dans les procès intentés aux contrevenants, en 2009, près de 800 000 CD piratés (chansons, clips, films,…) ont été saisis et près de 80 personnes ont été poursuivies, explique Mohamed Bakrim, le chargé de communication du CCM. Pour mener à bien son opération, le Centre travaille en concertation « avec les services du ministère de la Justice, de l’Intérieur, le bureau marocain des droits d’auteur et le représentant d’une association de producteurs », poursuit-il.

Unis contre le piratage

Malgré ces appuis, il est difficile d’endiguer le fléau du piratage. « Les moyens dont disposent les trafiquants son énormes puisqu’ils relèvent d’un réseau international qui irriguent les marchés du Sud de produits illicites », confie Mohamed Bakrim. En attendant les producteurs et les réalisateurs font grise mine. Nabil Ayouch, célèbre réalisateur marocain, a décidé devant l’ampleur du phénomène de créer en 2008 une association marocaine de lutte contre le piratage (AMLP). Il s’agit de mettre en place une stratégie globale incluant la sensibilisation de l’opinion publique, la reconversion des pirates et la mise en place de nouveaux circuits de distribution. « Il ne faut pas fonder tout sur la répression. L’Etat doit œuvrer à nos côtés pour faire bouger les choses. Un effort a été fait, mais ce n’est pas suffisant, leurs actions sont encore trop timides », conclut Nabil Ayouch.