Littérature : le Maroc à l’honneur

La 12e édition du Maghreb des Livres (Hôtel de Ville de Paris, 25-26 février) met la littérature marocaine à l’honneur. Une vingtaine d’écrivains et d’éditeurs vont faire le voyage pour assister à la manifestation. Afrik, partenaire de l’événement, en profite pour faire un point sur l’écriture marocaine contemporaine.

Des écrivains marocains, on connaît, en France, quelques noms. Celui de Mohamed Choukri, mort en 2003 et auteur (arabophone) du célèbre livre Le Pain nu, censuré au Maroc jusqu’en 2000, ou Driss Chraïbi, un des grands auteurs de langue française. Aujourd’hui, le plus connu est sans doute Tahar Ben Jelloun, natif de Fès vivant à Paris, qui s’est fait connaître en 1985 avec L’enfant de sable et a obtenu le Prix Goncourt en 1987 pour La nuit sacrée. On peut encore citer Fouad Laroui, qui vit à Amsterdam, écrit en français et a donné à l’humour ses lettres de noblesse, notamment dans Méfiez-vous des parachutistes (1999), portrait comique de la société marocaine.

Qu’en est-il du reste de la production littéraire ? Pour Abdelhaq Anoun, chercheur et enseignant à la faculté des Lettres de l’Université Chouaïb Doukkali d’El Jadida, la littérature marocaine actuelle connaît une vraie « effervescence ». « Le lecteur est embarrassé devant la multitude et la diversité de notre littérature, notamment de langue française. Cette dernière est devenue le lieu où s’exacerbent toutes les tendances, tous les modèles reçus, toutes les habitudes », explique-t-il. Et de citer Mahi Binebine, Abdellah Taia, Mohamed Nedali, Abdelfattah Kilito, Youssef Amine Elalamy, Abdelhak Serhane… Des écrivains qui font partie du vent de renouveau qui souffle sur la production littéraire chérifienne de langue française depuis une quinzaine d’années.

Plumes féminines

Au Maroc, on publie aujourd’hui en arabe comme en français et le chercheur note que « la ‘bi-langue’ chez l’écrivain marocain, qui a été douloureuse dans le passé, semble devenir source de richesse à l’ère de l’interculturel ». Les écrivains s’inspirent de l’actualité politique et économique : la pauvreté, le drame de l’incarcération ou l’émigration clandestine comme dans Cannibales de Mahi Binebine (1999). Et « de plus en plus de femmes prennent la plume pour s’exprimer, pour raconter, pour nous faire voir le Maroc autrement », note Abdelhaq Anoun. Parmi elles : Leïla Abouzeïd, Yasmine Chami-Kettani, Leïla Houari, Fatima Mernissi, Bahaa Trabelsi ou encore Rachida Yacoubi.

Mais, « dans un pays où 48% de la population est analphabète, il faut un énorme courage pour opter pour l’écriture. On ne peut pas vivre de sa plume au Maroc. Le livre ne se vend pas. C’est un problème de pouvoir d’achat, de tradition littéraire et éditoriale mais surtout de culture de lecture », regrette l’enseignant. Marie-Louise Belarbi qui est à la tête de la librairie Carrefour des Livres à Casablanca depuis 22 ans, et de Tarik Editions, une maison créée en 2000, analyse : « C’est vrai qu’il y a un foisonnement : de plus en plus de gens écrivent. Nous avons organisé un concours de nouvelles avec l’hebdomadaire TelQuel et nous avons reçu des textes de tout le pays, dont beaucoup de très grande qualité. Mais, côté éditorial, on observe une baisse très nette des tirages et des ventes. Une dizaine de maisons d’édition surnage. Nous, qui sortons une dizaine de livres par an, misons sur les coéditions avec la France. Pour la librairie, au début, ça a très bien marché. On a réussi à faire venir les Marocains. Mais nous devons faire face à de gros problèmes de distribution. » Un peu d’espoir tout de même ? Certainement car, comme le dit Marie-Louise, « ceux qui restent sont déterminés » ! « Je suis contente que le ministère de la Culture marocain participe financièrement pour la première fois au Maghreb des Livres. C’est une manifestation importante pour nous car elle permet de faire connaître nos livres en France. »

Lire aussi :

 Coup de soleil sur le Maghreb

 Ces écrivains français d’origine maghrébine