Coup de soleil sur le Maghreb

A l’occasion du 12e salon du Maghreb des Livres (25-26 février à Paris), dont Afrik est partenaire, coup de projecteur sur l’association qui organise la manifestation, Coup de Soleil. Depuis 20 ans, celle-ci construit des ponts entre la France et le Maghreb.

L’association Coup de Soleil organise le 12e Maghreb des Livres, les 25 et 26 février prochains, à l’Hôtel de Ville de Paris. L’occasion de découvrir une association qui porte bien son nom puisqu’elle « lutte contre l’obscurantisme et l’ignorance », selon les mots de son président, et qu’elle met régulièrement en lumière la culture des pays du Maghreb. Rencontre avec son président, Georges Morin, né à Constantine en 1942. D’abord instituteur en Algérie, Georges Morin part à 24 ans faire des études à Grenoble, où il effectue une carrière universitaire à Science Po. Il est aujourd’hui maire adjoint chargé de la culture et du patrimoine de Gières, petite ville près de Grenoble. Militant de la coopération internationale, il est aussi vice-président de Cités unies France et s’occupe de la coopération avec l’Algérie. Un pays qu’il n’a « jamais quitté » même si ses parents sont partis de Constantine en 1979.

Afrik : Pourquoi avez-vous créé l’association Coup de Soleil ?

Georges Morin :
Nous avons créé l’association avec quelques amis en 1985, en réaction à la montée du racisme anti-maghrébin en France. Lorsque nous nous sommes réunis, nous étions une bande de copains juifs, arabes et pieds-noirs, une vraie « tchoutchouka » maghrébine ! En plus de lutter contre le racisme au quotidien ou en militant dans un parti politique, nous voulions apporter notre pierre. Le fait de montrer aux gens qu’on était tous réunis malgré nos différents parcours, origines et confessions, avait déjà une vertu pédagogique. On est une association originale car on rassemble tout le monde et tout le monde s’y sent bien. On est loin des cases communautaires, chez nous, c’est le mélange le plus complet.

Afrik : Quel est le but de l’association ?

Georges Morin :
Le 4 février 1991, en pleine guerre du Golfe, trois de nos plus prestigieux parrains, Bedos, Boujenah et Smaïn, sont montés sur la scène de l’Olympia, pour une soirée spéciale Coup de Soleil. Ça a été l’illustration de notre première orientation : multiplier les occasions de convivialité. Notre deuxième orientation, c’est de donner la plus belle image possible du Maghreb en France. Car beaucoup de réactions racistes viennent de l’ignorance. On souhaite rappeler la dette de sang qu’a la France, avec les soldats maghrébins morts dans les guerres européennes, et la dette de la sueur, avec la main d’œuvre qui a participé aux 30 Glorieuses. On met aussi l’accent sur ce qui se passe dans le Maghreb, sans être angélique. On évoque les choses positives comme négatives. Enfin, on souhaite montrer ce que tous les gens originaires du Maghreb apportent aujourd’hui à la France, à tous les niveaux – culturel, économique ou social. Nous organisons une activité chaque mois, cela va de la promotion de films et de spectacles à des conférences. Nous avons quatre sections en province qui font de même. Trois associations sœurs à Casablanca, Constantine et Tunis défendent les mêmes valeurs de rapprochement, de fraternité et d’ouverture.

Afrik : Vous luttez donc à votre manière pour l’intégration ?

Georges Morin :
Je pense que l’intégration a réussi et réussit, même si elle laisse encore trop de gens sur le bord de la route. Au fur et à mesure que les jeunes d’origine maghrébine sont plus instruits, les discriminations dont ils sont victimes leur deviennent de plus en plus insupportables. Pendant la crise des banlieues, on a dit que l’intégration ne marchait pas. Moi, je dis le contraire. C’est justement parce qu’ils sont de plus en plus sûrs d’être Français que ces jeunes ont réagi. Pour moi, cette révolte n’a pas été un cri de haine mais une revendication de citoyenneté.

Afrik : Quand avez-vous lancé le Maghreb des Livres ?

Georges Morin :
Depuis la création de l’association, nous organisions souvent des rencontres littéraires. En 1994, la production littéraire du Maghreb est devenue tellement importante qu’avec Marie-Louise Belarbi, libraire et éditrice au Maroc, et l’écrivain algérien Rachid Mimouni, nous avons eu l’idée du salon. Nous avons eu l’appui du Centre national du livre et y avons organisé la première édition. Ce coup d’essai a rassemblé beaucoup de monde, c’était très encourageant. Ensuite, de 1995 à 2000, l’événement a eu lieu dans les mairies du 11e et 20e arrondissements. En 2001, Bertrand Delanöe, membre de l’association depuis son origine, nous a invités à l’Hôtel de Ville. Nous avons organisé la 8e édition, un mois après les attentats du 11 septembre. La Préfecture de police a demandé l’annulation du salon mais le maire a tenu bon et la manifestation a eu un succès monstre ! Avec notre présence à l’Hôtel de Ville, nous avons multiplié par trois nos activités et, de 3 200 visiteurs en 2000, nous sommes passés à 6 300 en 2001. Un chiffre qui est resté constant depuis puisqu’en 2005, nous avons accueilli 6 200 personnes. Le public est complètement mélangé au niveau des origines et du profil social, il y a des intellectuels, des familles et de plus en plus de provinciaux. On est très contents !

Afrik : Cette année, c’est la 12e édition…

Georges Morin :
Oui ! Chaque année l’un des trois pays maghrébins est à l’honneur, le week-end prochain, ce sera le Maroc. Il y aura en tout 234 auteurs présents. Nous recevons des aides de la Mairie de Paris et des subventions du ministère des Affaires étrangères, pour payer les billets d’avion des écrivains qui viennent du Maghreb, du ministère de la Culture, du ministère de la Cohésion sociale, du Fasild (Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations, ndlr) et du Conseil des ambassadeurs arabes en France. Cette année, le ministère marocain de la Culture a pris en charge 13 auteurs et éditeurs. Et puis nous avons des soutiens prestigieux comme Le Monde, RFI, Télérama

12e Maghreb des Livres

samedi 25 février de 12 à 20h et dimanche 26 février de 10 à 18h

Hôtel de Ville de Paris – 3, rue Lobau – métro Hôtel de Ville