
L’ex-première dame bissau-guinéenne, Dinisia Reis Embalo, a été mise en examen au Portugal après la saisie de près de cinq millions d’euros en liquide lors d’une escale à Lisbonne. Cette affaire judiciaire fragilise un peu plus le clan de l’ancien président Umaro Sissoco Embalo, déjà affaibli par le coup d’État militaire survenu à Bissau.
Le ciel s’assombrit pour le clan d’Umaro Sissoco Embalo. Quelques semaines seulement après avoir été chassé du pouvoir par un coup d’État militaire à Bissau, l’entourage du président déchu se retrouve au cœur d’une tempête judiciaire en Europe. La police judiciaire portugaise a officiellement annoncé, ce mardi 16 décembre 2025, la mise en examen de Dinisia Reis Embalo, l’épouse de l’ancien chef d’État. Cette décision fait suite à une opération de contrôle musclée sur le tarmac de l’aéroport militaire de Lisbonne, révélant les dessous d’un voyage qui devait initialement mener les passagers vers Dubaï.
Un jet privé et cinq millions d’euros en liquide
Tout a basculé le week-end dernier lors de l’atterrissage d’un jet privé en provenance de Bissau. Alors que le vol avait été déclaré comme étant de nature militaire auprès des autorités aéronautiques, une dénonciation anonyme a poussé les enquêteurs portugais à passer l’appareil au peigne fin. À l’intérieur, les policiers ont découvert une somme vertigineuse : près de cinq millions d’euros en espèces. Tito Fernandes, chef de protocole du président renversé et passager du vol, a été immédiatement interpellé. Soupçonné de contrebande et de blanchiment de capitaux, il a depuis été remis en liberté, mais l’argent a été saisi par la justice portugaise.
Si Tito Fernandes était la cible initiale de l’opération, la présence de Dinisia Reis Embalo à bord du même appareil a rapidement attiré l’attention des magistrats. Le lien entre l’ex-première dame et la cargaison de billets semble avoir été jugé suffisant pour justifier sa mise en examen. Selon le porte-parole de la police judiciaire, cette procédure est directement liée à l’enquête pour blanchiment visant l’entourage de l’ancien pouvoir bissau-guinéen. Ce coup de filet intervient alors que l’itinéraire réel du vol soulève de nombreuses interrogations, les informations fournies aux autorités ne correspondant pas à la destination finale prévue par les passagers.
Un signal fort pour la société civile de Bissau
En Guinée-Bissau, l’annonce de cette mise en examen a provoqué une onde de choc, particulièrement au sein de la société civile qui dénonçait depuis longtemps une dérive mafieuse de l’État. Des organisations comme le Frente Popular, par la voix de son coordonnateur Armando Lona, saluent une victoire contre l’impunité.
Pour ces activistes, cette affaire portugaise confirme les soupçons de corruption qui pesaient sur le régime d’Umaro Sissoco Embalo, aujourd’hui en exil entre Dakar, Brazzaville et le Maroc. Cette procédure judiciaire s’ajoute à l’isolement diplomatique croissant du pays, récemment suspendu de toutes les activités de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP).
Le retour à l’ordre constitutionnel en point d’interrogation
Pendant que la justice portugaise avance sur le volet financier, la situation politique à Bissau demeure extrêmement précaire. Le coup d’État de fin novembre, survenu en plein processus électoral, a plongé le pays dans une nouvelle zone de turbulences. Le Portugal, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Paulo Rangel, maintient une pression constante pour exiger un retour rapide à la légalité. L’issue de l’enquête visant Dinisia Reis Embalo pourrait bien peser lourd dans les futures négociations politiques, en jetant une lumière crue sur les circuits financiers de l’ancienne présidence.




