Lili Boniche : la « feuille virevoltante » a été emportée

Les medias n’ont appris que ce mercredi la disparition dans la discrétion de Lili Boniche, le 6 mars dernier, à Paris. Le monde avait redécouvert au début des années 1990 ce chanteur populaire né dans la Casbah d’Alger, en 1921, et qui avait cessé de se produire au plus haut de sa gloire dans les années 1950.

Nous devions être nombreux ce jeudi à siffloter un air de Ana el owerka, l’une des plus belles chanson de Lili Boniche ou, pour les plus nostalgiques, son hymne à la capitale algérienne, Alger Alger. Ce matin, la plupart des radios françaises avaient clôturé leurs journaux avec des extraits des œuvres du chanteur. Mauvais signe, pour un artiste plus guère diffusé et qui était entré dans sa 87e année. Ce n’est en fait que ce mercredi que l’AFP a appris par son entourage familial que Elie Boniche, dit Lili, s’était éteint le 6 mars dernier, à Paris, une ville qu’il aimait « un peu plus » que les autres « mais pas autant qu’Alger ». Sa deuxième femme, Josette, l’a suivi quelques jours plus tard.

Lili, le come-back

L’enfant de la Casbah d’Alger, né en 1921 dans une famille d’origine kabyle et espagnole, avait connu ses heures de gloire dans les années 1940 en mélangeant musique arabo-andalouse, paso doble, tango, cha-cha, mambo, variété égyptienne, juive… le plus souvent en écrivant en « francarabe ». Mais il n’était plus monté sur scène depuis les années 1950. La faute à une femme comtesse de son état que l’on disait jalouse et qui lui avait demandé de renoncer à sa carrière.

Lui qui détestait entendre dire qu’il jouait de la musique « judéo-arabe » – « Je joue de la musique arabe, un point c’est tout » – a été relancé en 1992 par les producteurs de la collection… « Trésors de la chanson judéo-arabe » ! Du coup, il était bien heureux de voir ses plus célèbres titres réunis sur un même CD, comme ils ne l’avaient encore jamais été. Une compilation revisitée de ses standards, « Alger Alger », avait suivi en 1998, ainsi qu’un inattendu « Boniche Dub », un an plus tard, tous deux produits par Bill Laswell, un amoureux new-yorkais de la fusion entre les « musiques du monde ».

Il n’est pas retourné en Algérie

Lili Boniche, qui avait toujours continué à jouer et chanter, lors de mariages ou de fêtes entre amis, lorsqu’il était entrepreneur dans la restauration ou dans la vente de matériel de bureau, s’était alors vu offrir l’occasion inespérée d’une tournée internationale : Paris, les Etats-Unis, le Japon, il regrettera juste de n’être pas retourné en Algérie, depuis 1962, et de n’avoir pas chanté en Israël.

En 2000, pour immortaliser sa tournée, il avait sorti un live à l’Elysée Montmartre (Lili Live), un quartier qu’il connaissait depuis les années 1940 pour y avoir été la star du Soleil d’Algérie, un cabaret du Faubourg Montmartre où un jeune député du nom de François Mitterrand, futur ardent défenseur de l’Algérie française, était devenu l’un de ses plus grands fans. Il bouclera la boucle en 2003 avec des « Œuvres récentes » enregistrées avec le talentueux chanteur français Mathieu Chédid. Lui qui avait dû très jeune aller à Oran pour apprendre la musique et le luth, auprès d’un maître du haouzi, Saoud l’Oranais, regrettait de ne pas avoir pu « transmettre » sa musique… qui elle est toujours là.

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