Libye : l’OTAN impuissante ?

Les combats se poursuivent, ce mercredi, en Libye. Ils sont particulièrement violents à Brega, dans l’est. Les rebelles libyens critiquent sévèrement l’OTAN. Ils accusent l’Alliance atlantique de ne pas les aider. La situation à Misrata est préoccupante et le chef militaire des insurgés, Abdel Fattah Younis, appelle l’organisation internationale à agir rapidement dans cette région.

La situation, ce mercredi, continue de se dégrader côté rebelle, près de la ville de Brega, où les combats entre insurgés et forces loyalistes ont repris dans la matinée. Et les forces armées de Kadhafi auraient reçu ce matin de nouvelles munitions et ont pu poursuivre leur progression sur la route côtière.

Après dix-sept jours de bombardements, la situation en Libye devient pour le moins confuse. Le général Abdel Fattah Younis, chef militaire des rebelles, s’indigne du comportement de la coalition. Il l’accuse de bombarder à tort et à travers et de délaisser la population de Misrata qui, selon lui, est décimée un peu plus chaque jour.

« L’OTAN a un mandat très clair »

« La presse internationale doit soutenir avec force le peuple de Misrata et alerter l’OTAN qui croit nous rendre service en bombardant ici et là, alors qu’elle laisse les habitants de Misrata mourir tous les jours », a déclaré mardi le général Abdel Fattah Younis, lors d’une conférence de presse dans leur fief de Benghazi. « Si l’OTAN attend encore une semaine de plus, ce sera la fin de Misrata. Nous ne trouverons plus personne là-bas », a ajouté cet ancien ministre de l’intérieur de Kadhafi, qui s’est rallié à la rébellion en février.

Située à 214 km à l’est de la capitale, Misrata est la troisième ville du pays et le bastion du régime Kadhafi. Selon le chef des insurgés, les habitants de Misrata sont menacés d’extermination. « L’eau y est coupée, il n’y a plus d’électricité ou de produits alimentaires, il n’y a plus de lait pour enfants depuis quarante jours, alors que les forces de Kadhafi bombardent quotidiennement maisons, mosquées et hôpitaux à l’artillerie lourde (…). Les habitants boivent l’eau des égouts », a-t-il précisé. Selon lui, l’OTAN ne met pas tout en œuvre pour parvenir à briser le blocus de la ville.

« La situation à Misrata ne peut pas durer », a déclaré, ce mercredi, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, sur France Info, ajoutant qu’il allait saisir le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen. « L’OTAN a un mandat très clair des Nations unies et on va tout faire pour protéger les civils de Misrata », a clamé de son côté la porte-parole adjointe de l’OTAN, Carmen Romero, avant d’ajouter que Misrata est bien la « priorité numéro un ».

Quand Obama rappelle ses avions de combats, Kadhafi lui écrit…

L’armée américaine a retiré, lundi, ses avions de combat en Libye. Désormais elle ne fournira que des avions destinés à effectuer des ravitaillements et des missions de surveillance. L’intervention militaire en Libye a coûté 550 millions de dollars au Département de la Défense des États-Unis, ont annoncé le 29 mars les autorités américaines. Suite à ce retrait, Mouammar Kadhafi aurait envoyé, mercredi, un mot à Barack Obama. « Le frère leader de la révolution a envoyé mercredi un message au président américain, suite au retrait des Etats-Unis de la coalition agressive colonialiste croisée contre la Libye », a indiqué l’agence officielle libyenne Jana, sans donner de détails sur le contenu du dit message. Néanmoins, les Etats-Unis réfléchissent à de nouvelles stratégie quant à la reconnaissance du Conseil national de transition (CNT), représentant la rébellion et devant être présenté comme interlocuteur légitime. Une idée déjà adoptée par la France, l’Italie et le Qatar.

Des mercenaires biélorusses au service de Kadhafi

Des centaines de mercenaires biélorusses aideraient le régime de Mouammar Kadhafi à faire face aux frappes de l’OTAN, écrit mercredi le quotidien populaire russe Komsomolskaïa Pravda. Ces combattants, qui pour la plupart sont d’anciens membres de la 334e unité des forces d’élite biélorusses, auraient conclu des contrats individuels et seraient payés par le régime libyen.

Parmi eux, il y aurait des hommes chargés de l’exploitation et de l’entretien des équipements militaires, des conseillers et instructeurs, ainsi que des représentants du renseignement militaire. D’ailleurs, une partie du matériel militaire libyen est de conception russe et soviétique. Ces mercenaires en connaissent bien l’utilisation, certains d’entre eux ayant participés à la guerre en Afghanistan. L’un de ces mercenaires, contacté au téléphone par le journal, a raconté que son salaire s’élevait à 3 000 dollars par mois et a confirmé qu’il y avait plusieurs centaines de militaires biélorusses en Libye.

La tension est montée d’un cran en Libye. Les insurgés demandent à ce que la coalition cesse de bombarder aveuglément et agisse de manière concrète, d’une part pour faire tomber Kadhafi, et d’autre part pour aider la population de Misrata. Ils se demandent encore comment et quand, après deux mois de révolte, Kadhafi quittera le pouvoir.