Libérés de prison à Rabat, des supporters racontent (enfin) la vérité sur l’origine de la tension Maroc / Sénégal à la CAN


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Supporters Maroc et Sénégal
Supporters Maroc et Sénégal

À leur retour au Sénégal après plusieurs mois de détention au Maroc, des supporters arrêtés lors de la finale de la CAN 2025 livrent une version des faits qui bouscule le récit officiel. Incompréhensions sur fond de barrière linguistique, gestion sécuritaire contestée et décisions judiciaires jugées excessives, leurs témoignages jettent une nouvelle lumière sur les tensions ayant opposé Sénégalais et Marocains.

A Dakar,

Trois mois après leur arrestation lors de la finale de la CAN 2025, Ibrahima Diop, Aziz Wade et Abdoulaye Diagne ont retrouvé la liberté et regagné le Sénégal. Leur détention à Rabat, au Maroc, s’inscrit dans un contexte de fortes tensions ayant marqué la rencontre entre le Sénégal et le Maroc. Si leur libération est un soulagement pour leurs familles, elle ravive aussi les critiques sur la gestion des incidents par les autorités marocaines et la Confédération africaine de football (CAF).

Certains mouvements interprétés comme une tentative d’envahissement

Derrière ces libérations, quinze autres supporters sénégalais restent incarcérés, condamnés à des peines plus lourdes. Une situation qui alimente un sentiment d’injustice au sein de l’opinion publique sénégalaise. Les témoignages des trois hommes, recueillis après leur retour, font ressortir une série de dysfonctionnements : incompréhensions linguistiques, usage disproportionné de la force et décisions judiciaires jugées sévères. Cette affaire devient un véritable enjeu diplomatique et médiatique entre deux grandes nations du football africain.

Selon Abdoulaye Diagne, les événements ont basculé à partir d’un malentendu entre supporters et forces de l’ordre. Il évoque une barrière linguistique importante entre policiers marocains et supporters sénégalais. Ce qui, dit-il, a rendu toute communication difficile dans un contexte déjà tendu. Ce déficit d’échange aurait contribué à amplifier la situation, les autorités interprétant à tort certains mouvements comme une tentative d’envahissement du terrain.

Une tension latente transformée en affrontement ouvert

Le récit fait également état d’un élément déclencheur précis : une altercation impliquant un agent de sécurité. L’usage d’une chaise par un stadier contre un supporter aurait provoqué une réaction immédiate, transformant une tension latente en affrontement ouvert. Pour Aziz Wade, le moment de l’arrestation reste le souvenir qui l’a le plus marqué. Il décrit une expérience brutale, loin de ce qu’il considère comme des interpellations classiques liées à des débordements sportifs.

L’annonce de leur placement en détention a été vécue comme un choc. Notamment en raison de l’impossibilité de contacter leurs proches. Alors même que le Sénégal venait de remporter la finale. L’incertitude sur leur sort a accentué l’angoisse des détenus. Certains espéraient une libération rapide, mais d’autres, comme Ibrahima Diop, pressentaient une issue judiciaire plus lourde. Cette anticipation s’est confirmée avec leur déferrement devant les autorités judiciaires marocaines.

La CAF pointée du doigt pour son silence

Au-delà des faits, Ibrahima Diop insiste sur l’impact psychologique de cette détention. Il évoque la peur, le doute, mais aussi une profonde réflexion. Notamment sur les liens historiques et spirituels entre le Sénégal et le Maroc. En tant que fidèle tidjane, il s’interroge sur les conséquences de cette crise sur les relations religieuses entre les deux pays, historiquement marquées par une forte proximité. Dans cette affaire, la Confédération africaine de football est largement critiquée pour son manque de réactivité.

Alors que les incidents ont eu des conséquences graves, tant sur le plan sportif que humain, l’instance est restée discrète, laissant les autorités nationales gérer seules la crise. Ce positionnement alimente les critiques sur une gouvernance jugée défaillante et peu protectrice des acteurs du football africain. De nombreux Sénégalais estiment que la CAF aurait dû jouer un rôle de médiation pour apaiser les tensions et garantir un traitement équitable des supporters. Pour eux, son silence contraste avec l’ampleur de la polémique et renforce l’idée d’un manque de leadership.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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