Fécondité au Maghreb : l’Algérie résiste, le Maroc décroche, la Tunisie accuse le coup


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L'indice de fécondité au Maghreb
L'indice de fécondité au Maghreb

Longtemps synonyme de familles nombreuses, le Maghreb traverse une transformation démographique profonde. En Tunisie, au Maroc et en Algérie, l’indice de fécondité recule à des rythmes très différents. La Tunisie est déjà entrée dans la fécondité basse, le Maroc vient de passer sous le seuil de renouvellement des générations. L’Algérie, elle, tient encore un cap singulier dans la région.

Le Maghreb vit une révolution silencieuse. En quelques décennies, la fécondité des femmes en Tunisie, au Maroc et en Algérie a basculé de familles nombreuses de 7 à 8 enfants par femme dans les années 1970, selon l’INED, à des niveaux proches ou inférieurs à ceux observés en Europe du Sud. La région est aujourd’hui entrée dans une nouvelle phase, celle d’une fécondité durablement basse. Avec l’Algérie en exception notable.

La Tunisie poinnière de la baisse de fécondité au Maghreb

La Tunisie est le pays le plus avancé dans cette transition. L’Institut national de la statistique tunisien indique que l’indice synthétique de fécondité est tombé à 1,6 enfant par femme en 2023, contre 2,4 en 2015. L’INED estime même qu’il pourrait avoisiner 1,53 en 2024 si les tendances récentes se confirment. Derrière ces chiffres se trouvent le report de l’âge du mariage, la prolongation des études, l’instabilité économique des jeunes ménages et les difficultés d’insertion professionnelle, particulièrement marquées chez les diplômées.

Le Maroc passe sous le seuil de renouvellement

Le tournant marocain est tout aussi spectaculaire. Le recensement de 2024, publié par le Haut-Commissariat au Plan, fait état d’un indice de 1,97 enfant par femme — désormais sous le seuil de renouvellement des générations, généralement fixé à 2,1. L’INED souligne que le Maroc se distingue par une baisse continue, sans rebond notable dans les années 2000.

Ce qui frappe dans le cas marocain, c’est que la baisse ne s’explique pas principalement par un recul de l’âge au mariage. Entre 2004 et 2024, l’âge moyen des femmes au premier mariage a même diminué, tandis que celui des hommes augmentait. Le facteur décisif est notamment lié à la diffusion de la contraception. Selon les données citées par l’INED, la part des femmes mariées y ayant recours est passée d’environ 40 % à 70 % entre les années 1990 et 2020. Le taux élevé du chômage des jeunes marocains a aussi un rôle important. L’arrivée de l’enfant est souvent repoussé en raison de l’absence de perspective économique.

L’Algérie, une singularité démographique

L’Algérie conserve le taux le plus élevé des trois pays. Selon les données de la Banque mondiale relayées par la Réserve fédérale de Saint-Louis, la fécondité algérienne s’établissait à 2,72 enfants par femme en 2024, contre 2,77 en 2023 et 2,94 en 2020. Le pays reste au-dessus de ses voisins, mais la dynamique est néanmoins descendante.

Cette singularité algérienne s’explique en partie par le rebond démographique des années 2000 et 2010 avec l’amélioration relative de l’emploi et du logement. Ces facteurs ont soutenu les mariages et les naissances plus longtemps qu’ailleurs. Depuis 2017, la tendance s’est inversée mais l’Algérie reste très au dessus du seuil de renouvellement.

Un changement de société plus profond que des chiffres

Dans les trois pays, le recul de la fécondité ne se résume pas à de la démographie. Il traduit un rapport transformé au mariage, au travail, au logement, à l’éducation, mais aussi à l’avenir. Les femmes sont plus diplômées, les parcours professionnels plus précaires, les charges familiales restent inégalement réparties, et le coût d’un enfant pèse davantage sur des couples qui démarrent tard.

Les conséquences seront profondes avec un vieillissement accéléré qui engendrera une pression sur les retraites. Cela implique de repenser dès maintenant les politiques familiales et les marchés du travail. Le Maghreb ne fait plus face au seul défi de sa jeunesse. Il doit désormais se préparer à celui d’une société où les naissances reculent plus vite que prévu pour se projeter dans le défi de la vieillesse.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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