
« Mon père vieillit au pays, et je ne sais jamais vraiment comment il va. » Cette phrase, Ousmane Faty l’a entendue des dizaines de fois dans la bouche de ses patients en France. Infirmier diplômé d’État d’origine sénégalaise, il a longtemps côtoyé ces familles de la diaspora dont le cœur balance constamment entre deux réalités : leur quotidien ici, et l’angoisse feutrée pour un parent resté au Sénégal, dont la santé décline loin des regards. C’est pour répondre à cette inquiétude invisible qu’il a imaginé DiasporaCare.
Du soin technique à la détection des signaux faibles
Rien ne destinait Ousmane à une carrière médicale. De son propre aveu, il choisit le métier d’infirmier par pure raison. Mais le contact prolongé avec les patients, que ce soit le rythme intense des urgences et du SMUR ou la proximité du libéral à domicile, transforme ce choix de carrière en une véritable vocation. « Au-delà du soin technique, j’ai découvert l’autre versant du métier : l’écoute. C’est ce qui m’a fait grandir le plus », confie-t-il. Sur le terrain, il développe une intuition fine, essentielle au suivi des pathologies lourdes : la capacité à capter le petit changement, le signal faible que l’entourage ne remarque plus.
Un savoir-faire qui va s’avérer crucial face au désarroi des familles immigrées. Lors de ses consultations, ses patients sénégalais partagent fréquemment le même sentiment d’impuissance : des mères qui minimisent leur diabète pour ne pas inquiéter leurs enfants, ou des hospitalisations d’urgence pour des oncles dont l’état s’était pourtant dégradé depuis des semaines, sans que personne n’ose donner l’alerte. Les coups de téléphone hebdomadaires et les messages WhatsApp rassurants finissent par masquer une réalité complexe. « Aimer son parent à distance ne suffit pas, insiste Ousmane. Il faut quelqu’un de compétent à ses côtés, là-bas. »
Un suivi de terrain pour briser la distance
Pour combler ce manque, DiasporaCare propose une approche très concrète : organiser un suivi infirmier régulier directement au domicile des parents au Sénégal. En pratique, un infirmier partenaire local se déplace, contrôle les constantes, s’assure du bon suivi des traitements et échange avec le médecin traitant. Un rapport clair est ensuite transmis à la famille en France, permettant de réagir immédiatement si une anomalie est détectée.
L’objectif est d’anticiper plutôt que subir afin d’éviter l’hospitalisation d’urgence. Pour Ousmane, la clé du dispositif repose entièrement sur la valorisation de ses confrères locaux. Les infirmiers libéraux à Dakar, avec qui il a déjà noué les premiers partenariats, sont le pivot central de ce réseau.
Une démarche d’artisan, loin des promesses marketing
Là où le marché de la santé propose déjà des assurances très utiles pour couvrir les frais médicaux, DiasporaCare intervient en amont, sur le terrain de la prévention. Face aux discours marketing parfois agressifs du secteur, le fondateur revendique une posture mesurée et transparente. « Je suis infirmier avant d’être entrepreneur. Je sais ce que je peux faire, et je sais surtout ce que je ne peux pas faire. » Cette rigueur est le gage de confiance qu’il veut offrir aux familles pour inscrire son projet dans la durée.
À terme, Ousmane Faty prévoit d’ailleurs de s’installer au Sénégal pour piloter le réseau au plus près des réalités locales. Au-delà de la dimension entrepreneuriale, sa démarche illustre le parcours d’une nouvelle génération de soignants issus de l’immigration. Des professionnels qui choisissent de mettre leurs compétences au service de leur pays d’origine, créant des liens concrets là où la distance créait de l’angoisse. « Si une seule famille peut dormir plus sereinement parce qu’elle sait que quelqu’un veille sur son père ou sa mère au pays, alors j’aurai déjà réussi quelque chose », conclut-il.
Pour aller plus loin : Site web : diasporacare.fr



