Levée de rideaux pour le festival Variations Caraïbes

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Le Festival Variations Caraïbes ouvre ses portes ce mercredi à Paris. Musique, arts visuels et de la parole, quelque 67 artistes et conférenciers déclineront, jusqu’au 2 octobre prochain, les cultures créoles au cours d’un des plus ambitieux événements afro caribéens en France. Interview de Coline-Lee Toumson, l’une des trois mères du nouveau né.

coline.jpgMartinique, Guadeloupe, Sainte-Lucie, Dominique, Haïti, Porto Rico, les arts contemporains de la Caraïbe se donnent rendez-vous ce mercredi à Paris pour une semaine d’échanges et de partage. Le festival Variations Caraïbes, labélisé Francofffonies ! et fort de ses quelque 67 artistes et conférenciers invités, s’inscrit comme l’un des événements culturels majeurs de la communauté afro-caribéenne en France métropolitaine. A la base du projet titanesque, la Martinico-guadeloupéene Coline-Lee Toumson, la Martiniquaise Audrey Célestine et la Parisienne Marianne Berger, toutes trois âgées de 26 ans, traduisent toute la force, l’engagement et l’exigence d’une nouvelle génération qui voit les choses en grands. Coline-Lee Toumson revient pour Afrik sur l’esprit de ces rencontres.

Afrik.com : Comment est né le festival ?

Variations Caraïbes :
L’initiative vient d’une rencontre entre trois jeunes femmes, Audrey Célestine, Marianne Berger et moi-même, aux univers complémentaires qui avaient à cœur de mettre sur pied un évènement pluridisciplinaire autour des arts contemporains de la Caraïbe. Le festival est en fait une co-création entre deux associations culturelles françaises, Le cri du Peuple (dont Audrey est la présidente) et Amazon Caraïbes (dont je suis la présidente). Je me dois de citer également dans le noyau dur de l’équipe Saidou Bernabé qui a développé toute la communication visuelle du festival.

Afrik.com : Quel est le parcours respectif des trois initiatrices du festival ?

Variations Caraïbes :
Audrey Célestine et moi sommes des amies de lycée. Audrey est sociologue de formation. Elle termine un doctorat en sociologie politique à science po (où elle a connu Mariane) dont le sujet est une étude comparative entre l’immigration antillaise en France et l’immigration portoricaine au Etats-Unis. Marianne a, quant à elle, un master en management culturel et a été administratrice d’une troupe de théâtre. Moi, j’ai un Diplôme d’études approfondies d’histoire des relations internationales appliquées à la Caraïbe et un Diplôme d’études supérieures spécialisées en coopération artistique internationale.

Afrik.com : Peut-on qualifier Variations Caraïbes de festival créole ?

Coline-Lee Toumson :
Il serait plus exact de parler de festival des arts contemporains de la Caraïbe qui, pour cette première édition, s’est penché sur les espaces francophones et créolophones de l’archipel et de ses diasporas.

Afrik.com : Pourquoi spécialement « francophones », alors qu’on retrouve des pays comme la Dominique ou Sainte-Lucie qui sont anglophones, ou encore Porto Rico qui est hispanophone ?

Variations Caraïbes :
Nous sommes très sensibles à la dimension francophone et créole de l’événement. Car ce sont les artistes de l’espace caribéen francophone qui souffrent le plus d’un manque de visibilité et de reconnaissance. Ils n’ont absolument pas le même rayonnement que les hispanophones ou les anglophones qui s’exportent mondialement au travers le reggae, la salsa, le dancehall, le reggaeton ou le ragga. Les artistes de la Caraïbe francophone n’ont tout simplement pas de réseaux de diffusion, il existe de mini circuits français mais pas francophones. Il manque des passerelles entre les différentes communautés à travers le monde. Et nous souhaitons retisser ce lien perdu. Par ailleurs, en cette année de célébration du centenaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor (l’un des père de la négritude avec le Martiniquais Aimée Césaire, ndlr), nous voulions que la Caraïbe s’invite dans la programmation du festival francophone en France (Francofffonies !) qui l’avait presque oubliée.

Afrik.com : Variations Caraïbes est labélisé Francophonie. Il n’y a pas que les Antilles françaises qui seront représentées au festival. Quels liens faites-vous entre la Caraïbe au sens large et la Francophonie ?

Coline-Lee Toumson :
Il y a plusieurs francophonies. Elle peut être politique, Haïti, Sainte-Lucie et la Dominique font partie de l’Organisation internationale de la Francophonie, mais pas les Antilles françaises qui sont des départements français. Elle peut être linguistique, toutes les îles, à l’exception de Porto Rico qui est hispanophone et anglophone, sont créolophones. Un créole à base lexicale française. La Francophonie peut enfin être culturelle et c’est dans cette dimension qu’elle regroupe les cinq îles. Et notre ambition est de montrer que la Francophonie en territoire créole est plus large et plus diversifiée qu’il n’y paraît au premier abord.

Afrik.com : Il s’agit de la première édition du festival. Avez-vous beaucoup de soutiens institutionnels ou autres toujours frileux à essuyer les plâtres ?

Coline-Lee Toumson :
Nous avons rencontré un bel écho auprès du ministre de l’Outre-Mer, François Baroin, qui a été parmi nos tous premiers soutiens. La Mairie de Paris, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (du ministère français de la Culture) et la délégation spectacle vivant de l’Organisation internationale de la Francophonie nous ont également fait confiance. Tout comme la commission coopération de la région Martinique, la Caisse des dépôts et consignation section Outre-Mer ou la Direction régionale d’actions culturelles de la Martinique. Nous regrettons toutefois de ne pas avoir su convaincre beaucoup d’entreprises. Le fait est que la culture est, en France, essentiellement institutionnelle. Il y a très peu de mécénat. Nous aurions aimé que certaines sociétés s’investissent dans la promotion de la diversité culturelle.

Afrik.com : Un tel événement, aussi ambitieux, est extrêmement rare dans l’espace francophone. Comment expliquez-vous cela ?

Coline-Lee Toumson :
Il y existe de par le monde de grandes messes culturelles caribéennes : le carnaval de Notting Hill de Londres (qui a 30 ans d’existence), le Caribana de Toronto (Canada ,ndlr), La Carifesta de Montréal (Canada, ndlr) ou les nombreux festivals de Miami ou de New York. Mais cela reste essentiellement dans l’espace anglophone. Je ne sais pas si nous sommes l’un des seuls événements de cette envergure en France… Mais il est vrai que Paris ne porte pas cette diversité qui structure son espace social et culturel. Nous souhaitons juste dépoussièrer tout ça et mettre en lumière les énergies existantes. Les artistes que nous avons programmés ne sont pas des inconnus et ce ne sont pas des amateurs. Ils ont tous de vraies carrières, simplement ils ne sont pas mis en valeur et restent cantonnés à des cercles d’initiés.

Afrik.com : Comment vous sentez-vous à la veille de l’ouverture du festival ?

Coline-Lee Toumson :
C’est l’aboutissement de 9 mois de travail. C’est comme une naissance quelque part. Une naissance portée par trois ventres…

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