Les raisons du « péché »

Les hommes, des infidèles pathologiques ? Sept Africains témoignent en réponse à l’accusation unanime portée mercredi sur Afrik par les femmes du continent. Ils expliquent pourquoi leurs compatriotes, et plus rarement eux-mêmes, trompent leurs compagnes.

La fidélité masculine vue par les hommes. Mercredi, Afrik donnait la parole aux femmes pour juger le comportement du sexe dit « fort ». Leur constat, sans appel, fait de la gent masculine des infidèles pathologiques. Aujourd’hui, sans finalement rejeter ce constat, les hommes s’expliquent. Tantôt en philosophant sur la question, tantôt en mettant en avant les coutumes africaines, la religion ou encore les femmes, « trop belles » !

Didier, 42 ans, Gabon

« Chassez le naturel et il revient au galop »

« L’infidélité n’est pas vue de la même manière en Afrique qu’en Occident. C’est ce qu’on appelle ici le deuxième bureau. C’est quelque chose de plus ou moins reconnu dans les foyers. L’africain, dans ses coutumes, est polygame. Le droit occidental est venu changer les choses et maintenant, selon les pays, lorsque l’on se marie, chrétien, musulman ou autre, on ne peut plus choisir la polygamie et on est contraint à la monogamie. On voit maintenant que les nouvelles générations, avec les brassages culturels, ne trouvent plus l’infidélité normale. De nombreuses personnes étudient ou travaillent désormais en Occident et sont dans cette optique. Ce qui ne les empêchent pas de prendre un deuxième, voire un troisième bureau. Chassez le naturel et il revient au galop. Même avec ce rapprochement des cultures, l’infidélité reste plus stigmatisée en Occident, où de nombreuses compagnes vont jusque devant les tribunaux. Alors qu’en Afrique, avec les mêmes lois, ce n’est pas dans les mentalités de porter plainte. Sur ce continent, c’est une coutume séculaire, les gens avaient deux, trois, quatre femmes. »

Djamel, Algérie, 31 ans

« Hantées par les soupçons d’infidélité »

« Je dis une chose, c’est que les Africaines ne sont pas très autonomes par rapport aux Européennes. Particulièrement les Maghrébines. Elles croient beaucoup en l’homme. Elles l’aiment, se sentent en sécurité avec lui. Elles ont beau leur reprocher des choses, notamment des infidélités, mais la tendance générale est qu’elles restent avec eux. Le pourcentage d’infidélité est très important en Algérie. Dans mon village, à peu près 80% des hommes ne rentrent pas directement à la maison après le travail et vont dans des bars où ils trouveront des ‘filles faciles’. C’est sûrement du à la culture. La religion, qui dit que nous avons droit à quatre femmes. Aujourd’hui, les hommes qui le souhaitent n’ont pas les moyens d’épouser quatre femmes. Alors ils se marient avec une et ont des relations avec d’autres. La tradition, qui veut que la femme reste à la maison pendant que l’homme est à l’extérieur, n’arrange pas les choses. La femme à la maison peut être hantée par les soupçons d’infidélité. Mais comme elles n’ont que le soupçon, il n’y a pas de poursuites. De toute façon, une femme divorcée est très mal vue. Elle n’a plus d’existence sociale et est rejetée. Même si cela commence à changer. On parle ici de l’infidélité, mais il faut aussi dire qu’il y a de plus en plus de couples harmonieux, équilibrés. »

Roger, 29 ans, Bénin

« Faisons éclater nos œillères sociales »

« On peut dire que la fidélité existe. Mais c’est quelque chose de très relatif, je pense que ça se passe au niveau de chacun. Beaucoup de gens confondent l’amour et le sexe. Mais l’amour est quelque chose de cérébral, alors que le sexe est à un autre niveau. Selon les caractères, certains associent les deux et d’autres pensent qu’on peut aimer une femme sans qu’il n’y ait d’exclusivité sexuelle : on peut aimer une personne et assouvir ses désirs ‘ponctuels’ à côté. Je serais près à l’accepter de ma petite amie car c’est une philosophie de la relation à deux. Faisons éclater nos œillères sociales. Si ma partenaire est contre cette façon de voir les choses, ça peut être un motif de rupture. Par contre, il peut arriver que l’épreuve de l’infidélité renforce le couple. Ensuite, le fait de se l’avouer est un élément qui peut être perturbateur dans le couple, même si l’idéal est que ce soit assumé. Mais on peut tout à fait rester fidèle si l’on rencontre une personne qui nous satisfasse à tous les niveaux »

Issa, Côte d’Ivoire, 32 ans

« Non au vagabondage sexuel »

« Bien sûr que c’est possible d’être fidèle. Moi, il n y a rien à faire, je le suis. Quand on ne l’est pas, c’est peut-être parce qu’on s’est lassé de sa compagne. Ça m’est arrivé de tromper une petite amie, mais après je l’ai regretté. Ça ne m’a pas plu. Au départ, on se dit ‘c’est ce que j’ai envie de faire’, et quand c’est fait, on se dit ‘pourquoi j’ai fait ça’. Je pense que de nos jours, avec tout ce qui arrive, il faut rester fidèle. On rencontre une fille, on fait le test de dépistage du Sida, et si on n’est pas atteint, il faut rester fidèle. Il ne sert à rien de faire du vagabondage sexuel. Souvent, ici, les gens pensent qu’il faut être fidèle, mais ils ne l’appliquent pas dans la vie. »

Ali, Maroc, 26 ans

« On nous pousse à être infidèle »

« C’est possible d’être fidèle, mais le problème est qu’on nous pousse à être infidèle. Tu es musulman, tu peux te marier avec quatre femmes. Il est rare qu’un homme soit fidèle au Maroc. Je crois que c’est héréditaire. On a une éducation qui est un peu serrée, ici. On ne parle pas de relations avec les femmes, de sexe, dans les familles. C’est complètement tabou, honteux. Alors à un moment, il y a une explosion. A l’adolescence, on ne fait rien, mais dès que l’on est jeune adulte, vers 21-22 ans, ça explose. On est autorisé à avoir plusieurs femmes par la religion mais également par la loi. On est autorisé et pas obligé, mais avec cette éducation, beaucoup finissent par en profiter. Et comme la vie est très chère et que les hommes ne peuvent pas entretenir quatre femmes, ils n’en prennent qu’une et vont voir à côté. Vraiment, je crois qu’il n’y a pas de fidélité ici. L’autre problème est qu’en générale, les femmes ne travaillent pas, ne sont pas indépendantes. Et il peut arriver qu’une femme qui se sait trompée reste avec son mari pour son enfant et pour garder son homme, sa source de revenue. Certaines se sacrifient ainsi. Mais dans la majorité des cas, elles ne se savent pas trompées. Heureusement, avec la modification il y a un mois du statut de la femme, les choses sont plus difficiles pour les infidèles. Et les jeunes gens sont de plus en plus dans l’optique de la fidélité, de la modernité du couple. »

Jacques, Cameroun, 32 ans

« A l’instant T, je suis fidèle »

« Ce que je peux dire, c’est qu’il y a des couples fidèles et des couples infidèles. Mais au Cameroun, il y a plus de femmes que d’hommes, alors, par défaut, les hommes sont plus exposés. En plus, elles sont belles, attirantes, sédatives. Pour peu que vous ayez un boulot intéressant … Mais il y a beaucoup de couples fidèles, surtout chez les chrétiens, je crois. Même s’il y en a aussi chez les musulmans. Quand un couple prie Dieu, qu’il essaye d’instaurer une certaine harmonie, il peut tenir. Par contre, lorsque les couples ne sont pas mariés, il est difficile de trouver quelqu’un de fidèle, car les gens se cherchent. Moi-même, je suis fiancé et je vais faire mon mariage coutumier, c’est-à-dire avec la dote … A l’instant T, je suis fidèle. Les hommes ne sont pas les seuls en question. Avec le développement d’Internet et des sites matrimoniaux, les femmes sont de plus en plus intéressées par la recherche de partenaires. Elles supportent moins le fait que leurs hommes se retrouvent au chômage, par exemple, et vont se dire ‘tu peux trouver mieux’ ».

Willy, Congo, 30 ans

« Trop de belles femmes »

Dans mon pays, je dirais que c’est impossible et possible d’être fidèle. Possible car il y a des hommes qui sont accrocs, qui ont beaucoup d’affection pour leur femme. Ce sont souvent des gens plus instruits, qui essaient de comprendre les choses. Les autres ne sont pas attentionnés. Ils n’attendent rien d’autre que le sexe de leurs compagnes. D’autant plus qu’il y a beaucoup de militaires en ce moment, qui partent dès 16-17 ans. Et lorsqu’ils rentrent en permission, ils n’ont qu’une seule idée en tête. La culture congolaise ne facilite pas les choses. Le code de la famille autorise les hommes à avoir deux, trois femmes. De plus, ici à Brazzaville, il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes. Il y a vraiment trop de femmes. Elles s’habillent de plus en plus sexy et sont vraiment très très belles. Si on pouvait faire des statistiques, on verrait que la majorité des hommes ne sont pas fidèles et n’ont pas de véritable attention envers leurs femmes. Je connais bien le milieu brazzavillois et je le vois tous les jours. Même si je suis moi-même un homme marié et très fidèle.

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