Les Maliens ont voté dans le calme

Le scrutin de l’élection présidentielle s’est déroulé dans le calme, dimanche, dans l’ensemble du Mali, émaillé par quelques retards et erreurs sur les listes électorales. En attendant la proclamation officielle des résultats, mardi soir, les Bamakois font les premiers pronostics.

Plus de 660 000 électeurs étaient attendus, dimanche, dans les 998 bureaux de vote de Bamako pour élire le nouveau président malien. Le chiffre sera probablement bien inférieur. Dans de nombreux bureaux, les urnes n’étaient même pas à moitié remplies lors de la fermeture officielle à 18 heures. Les Bamakois se sont surtout réveillés en fin de journée.  » Le dimanche, c’est le jour de la foire. Les gens expédient leurs affaires courantes avant de

venir voter « , fait remarquer un jeune mécanicien.

Bamako s’est comme vidée de ses habitants vers 16 heures, le grand marché devenu presque désert, la place de la Liberté baignant dans un calme inattendu, sillonnée par de rares Sotrama (mini-bus) eux-aussi délaissés par la population.  » Ca veut dire que les gens sont impliqués « , explique un militant de Soumaïla Cissé.

Konaré n’a pas voté blanc

Malgré quelques retards à l’ouverture des bureaux dimanche matin (10 à 20 minutes en moyenne, mais jusqu’à plusieurs heures par endroits), un manque cruel d’assesseurs dans les provinces et des erreurs de listes électorales, le vote s’est déroulé dans le calme. A Bamako, les observateurs étaient présents dans les six communes de la ville et le service d’ordre bien

réglé. Les Bamakois ont patiemment attendu sous le soleil. La procédure était en effet ralentie par le nombre de bulletins à donner à chaque citoyen. On a rapporté quelques tensions sans gravité.  » La vraie culture démocratique est en train de prendre forme au Mali « , assure un défenseur d’ATT.  » Les gens commencent à comprendre la démocratie.  »

Alpha Oumar Konaré a voté à 9h30 à Koulouba (palais présidentiel) en compagnie de son épouse.  » C’est un grand jour pour notre peuple et notre pays, un jour historique « , a-t-il déclaré.  » C’est la première fois qu’un président élu va être remplacé par un autre président élu.  » L’actuel chef de l’Etat malien, qui restera encore 40 jours au pouvoir, n’a pas voulu

préciser sur quel candidat s’était porté son choix, précisant juste qu’il n’avait pas voté blanc. Quant aux trois favoris de cette élection, ils ont effectué leur devoir civique dans leurs fiefs respectifs. Amadou Toumani Touré (ATT) à Djicoromi Para, Souleïma Cissé à badalabougou et Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à Sébénikoro.

Estimations officieuses

A 18 heures 30, la grande majorité des bureaux ont pu commencer le dépouillement, pour beaucoup à la lumière des bougies, alors qu’à l’extérieur, les militants rassemblés en grappes selon leur appartenance politique attendaient les premières estimations. Vers 20 heures, une radio locale divulguait déjà quelques résultats.  » C’est dangereux et illégal « , a averti Ismaël Yoro Dicko, cadre au ministère de l’Intérieur.  » Les gens vont s’imaginer des choses, alors que tout peut changer avec les votes de l’intérieur du pays. Il ne faut pas échauffer les esprits.  »

En attendant la soirée électorale de mardi et l’annonce officielle des résultats, ces estimations, officieuses, étaient présentes dans toutes les discussions dimanche soir : le match du second tour se jouerait à Bamako entre ATT et IBK. Ce dernier aurait bénéficié des votes massifs des islamistes, aux dépens de Soumaïla Cissé. Pour autant, le vote des provinces peut changer la donne, Soumaïla Cissé et le parti qu’il représente, l’Adema au pouvoir, y étant très populaires.

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L’interview de Amadou Toumani Touré ;

L’interview de Soumaïla Cissé ;

Le portrait d’un militant de Boubacar Keïta.

Micro-trottoir à Bamako.