Les jeunes de banlieue prêts à voter

A quatre mois des présidentielles, ce vendredi est le dernier jour offert aux Français pour s’inscrire sur les listes électorales. Un an après les émeutes des banlieues, les appels lancés aux jeunes issus de l’immigration pour qu’ils s’inscrivent semblent avoir été entendus. Cet électorat, réputé peu assidu au vote, devient un enjeu pour les candidats aux présidentielles d’avril prochain, même pour Jean-Marie Le Pen.

Vendredi 19 décembre, à 17h00, il sera trop tard en France pour s’inscrire sur les listes électorales. Depuis les émeutes de novembre 2005, les Français, en particulier les jeunes, issus de l’immigration et vivant dans les banlieues, ont été vivement incités à exprimer leur voix par les urnes. Jamel debbouze, Joey Starr ou Mathieu Kassovitz, parmi les parrains des collectifs citoyens AC le feu et Devoir de mémoire, ne manquent pas une occasion de rappeler ce message, quand bien même le vote ne constitue pas la panacée. Même le très regardé programme satirique des Guignols de l’Info, sur la chaîne privée Canal +, démarre tous les soirs en faisant le décompte des jours restant pour faire la démarche auprès des mairies. Bruno Gaccio, son plus médiatique auteur, est lui aussi parrain de Devoir de mémoire.

Le travail a-t-il porté ses fruits ? « L’inscription est de la compétence des mairies et les chiffres nationaux ne seront connus qu’après le 28 février, date de clôture des listes électorales », explique Cédric Bloquet, responsable de la Cidem (Association civisme et démocratie), une association en charge des campagnes nationales d’incitation à l’inscription sur les listes électorales et au vote.

« Néanmoins, poursuit-il, il suffit de passer un coup de fil à une association ou à une mairie pour se rendre compte qu’il y a plus d’inscrits sur les listes. Même s’il faut rester mesurer. » Ainsi, dans la mairie de Saint-Denis, en Seine Saint-Denis, 25% d’inscriptions supplémentaires ont été enregistrées en comparaison aux nouvelles inscriptions de 2001, année préélectorale, indique l’hebdomadaire Marianne dans sa version Internet. Le taux est de + 18% à Bondy (Seine Saint-Denis) et + 36% à Fontenay-sous-Bois, dans le Val de Marne.

Le coeur à gauche

Les principaux candidats aux élections présidentielles n’ont pas attendu le 28 février pour s’assurer que l’électorat jeune des banlieues, réputé peu assidu aux élections, ne se réveille. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont eux-mêmes profité d’un passage en banlieue parisienne pour les inciter à s’inscrire sur les listes. A en croire les différentes études effectuées sur l’électorat des banlieues, ça n’est pourtant pas dans l’intérêt du premier. Selon Frédéric Dabi, directeur du département « opinion » d’Ifop, cité par Le Figaro daté du 28 décembre, « la catégorie dans laquelle le potentiel électoral de Nicolas Sarkozy est le plus faible est celle des jeunes de moins de 25 ans ». L’électorat des jeunes Français vivant en banlieue est plus proche de la gauche, de 5 à 8 points au dessus de la moyenne nationale.

Cette tendance a été observée avant même les déclarations du président de l’UMP sur « la racaille » ou le nettoyage des banlieues « au kärcher », notamment lors d’une étude menée en 2005 par le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris) auprès de 1003 Français issus de l’immigration maghrébine, subsaharienne et turque. 76% des personnes interrogées se déclaraient alors proches d’un parti de gauche contre 54 % de l’ensemble des Français. Seul hic, au sein du même panel, 23% n’étaient pas inscrits sur les listes électorales, contre 7% de la population française.

Après un an de mobilisation citoyenne dans les quartiers, l’appel au civisme semble donc avoir été entendu… même par Jean-Marie Le Pen. Le président du Front National a eu un mot pour les jeunes de banlieues, le 12 novembre dernier, à la fête « Bleu Blanc Rouge », dans un discours qui fait office de projet présidentiel. « Mépris des immigrés, parqués dans les culs de sac de l’immigration que sont les cités, traités tantôt comme des victimes, tantôt comme des criminels, selon les besoins de politiques qui les voient toujours comme des primitifs et qui les manipulent », a-t-il déclaré, lui qui fait figure d’épouvantail pour les associations citoyennes de banlieue.

Selon la Cidem, 2,5 millions de Français ne sont pas inscrits sur les listes électorales. « Un chiffre validé par le ministère de l’Intérieur », selon Cédric Bloquet.

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