Les Etats africains commencent à reconnaître le CNT

Plusieurs pays africains tournent la page Kadhafi alors que les combats font rage autour de Bab al-Aziziya, la résidence du leader libyen qui reste introuvable. Mercredi, l’Éthiopie a reconnu, comme huit autres pays depuis le début du mois d’août, le Conseil national de transition (CNT), comme représentant légitime du peuple libyen. Un mini-sommet de l’Union africaine (UA) sur la Libye est prévu ce vendredi et une réunion des « Amis de la Libye » est prévue le 1er septembre à Paris.

Une dizaine de pays africains, dont neuf ces derniers jours, ont reconnu le Conseil national de transition (CNT), l’organe politique de la rébellion libyenne, comme représentant légitime du peuple. C’était au tour de l’ Éthiopie ce mercredi, le pays qui abrite le siège de l’Union africaine (UA), de reconnaître le CNT comme « l’autorité légitime par intérim en Libye ». Dans un communiqué conjoint, l’Ethiopie et le Nigeria, qui a reconnu le CNT mardi, ont demandé « à l’Union africaine et à ses membres d’être cohérents en étendant au CNT le soutien et la reconnaissance qu’ils ont donnés à la Tunisie et à l’Égypte après leur révolution ».

Toujours ce mercredi, le président tchadien Idriss Deby Itno, dont le pays est accusé d’envoyer des mercenaires en Libye, a demandé à la rébellion de « protéger les populations libyennes et étrangères ». Le même jour, le président Blaise Compaoré, l’ancien grand ami de Mouammar Kadhafi, avec qui les relations se sont refroidies en 2008, lui a également tourné le dos. Mais son pays serait prêt à accueillir Mouammar Kadhafi sur son sol, selon le ministre des Affaires étrangères Djibrill Bassolé.

Le CNT reconnu par plus d’un pays africain sur cinq

Ce n’est que depuis le mois d’août que les pays africains commencent véritablement à reconnaître le CNT. Seuls la Gambie (depuis le 22 avril) et le Sénégal (depuis le 28 mai) faisaient ouvertement du CNT leur unique partenaire diplomatique en Libye. Ils ont été suivis par le Botswana (11 août), le Gabon (12 août), la Tunisie (21 août), le Maroc et l’Egypte (22 août). Néanmoins, l’Afrique du sud continue de soutenir le dirigeant libyen. Le chef de l’État Jacob Zuma propose toujours la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, où seraient représentés les hommes de Mouammar Kadhafi et les responsables du CNT. Son pays aurait même posté un avion sur l’île tunisienne de Djerba, pour exfiltrer le leader libyen. Une information démentie par le ministère sud-africain des Affaires étrangères.

Les rebelles, qui ont lancé une offensive sur sa résidence Bab el Aziziya, tentent de se rapprocher de Syrte, la ville natale du dirigeant libyen et affirment qu’il ne serait peut-être plus sur le territoire libyen. Le président du CNT, Moustapha Abdeljalil, déclarait mardi qu’il «était en route vers les frontières de l’Algérie». Introuvable, la tête du colonel Kadhafi a été mise à prix. Une récompense d’ 1,7 million de dollars, (2 millions de dinars libyens) attend celui ou celle qui ramènera le « Guide »« mort ou vif», a indiqué la rébellion mercredi.

L’après-Kadhafi se prépare

Un mini-sommet de l’Union africaine (UA) sur la Libye est prévu ce vendredi, au lendemain de la réunion du comité d’urgence des médiateurs de l’organisation panafricaine de ce jeudi. La question de la reconnaissance du CNT par l’ensemble des pays de l’organisation panafricaine, ainsi que celles de l’avenir du dirigeant libyen et de son pays seront à l’ordre du jour. Le CNT a déjà publié plusieurs documents depuis le début du mois d’août. La rébellion prévoit ainsi d’établir son nouveau gouvernement à Tripoli, de traquer les partisans de Mouammar Kadhafi avant de céder le pouvoir dans les huit mois qui suivront la chute du « Guide » à une Assemblée élue chargée de rédiger une nouvelle Constitution.

La France et la Grande-Bretagne prévoient, elles, une « grande conférence internationale » sur la Libye post-Kadhafi le 1er septembre prochain, jour anniversaire du coup d’Etat de Mouammar Kadhafi contre le roi Idriss 1er en 1969. L’annonce a été faite ce mercredi par le chef de l’ État français Nicolas Sarkozy. Sur la trentaine de pays dans le monde qui ont reconnu le CNT, la France fait figure de pionnier depuis le 10 mars dernier. La Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde ainsi que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon , sont également conviés à cette conférence des « Amis de la Libye ». « Ce sera l’occasion pour le CNT d’expliquer à la communauté internationale comment elle peut l’aider sur le chemin d’une Libye libre, démocratique et unifiée, et pour tous ceux qui veulent soutenir la Libye de discuter du rôle qu’ils peuvent y jouer », souligne dans un communiqué le Premier ministre britannique, David Cameron.