Les enseignants grévistes béninois forcés de choisir entre grève et chômage

Alors que la grève des enseignants se poursuit au Bénin, le Président Boni Yayi a décidé de radier tous les contractuels et vacataires qu’il avait récemment reversés dans la fonction publique. Les concernés doivent désormais choisir entre tenir tête au Président et perdre leur emploi ou briser la grève.

(De notre correspondant)

Ils sont quinze mille enseignants de maternelle, primaire et secondaire, auparavant vacataires ou contractuels dans des écoles publiques, à avoir bénéficié de cette mesure. Dès son arrivée au pouvoir, le Président béninois Boni Yayi les avait reversés dans la fonction publique pour améliorer leur situation et celle de l’école. Aujourd’hui, en pleine crise sociale qui pourrait conduire à une année scolaire blanche, le Président de la République rappelle à cette catégorie d’enseignants qu’il peut encore abroger le décret qui les intègre à la fonction publique. Cette menace est proférée dans le cadre d’un long conflit social causé par la revendication des enseignants d’une hausse de leurs salaires, alignée sur celle accordée aux autres fonctionnaires d’État.

Après de nombreuses négociations, le front d’action syndicale des trois ordres d’enseignement (maternel, primaire et secondaire) du Bénin a révisé ses demandes et n’attend du gouvernement qu’un engagement à régler le problème. Autrement dit, ce ne serait que l’expression d’une reconnaissance de dette de la part du pouvoir exécutif. Un geste du gouvernement auquel les syndicats pourraient s’accrocher pour rebondir par la suite.

Manifestation de courage

Réunis le 12 mars au palais de la Marina pour des négociations, les syndicalistes ont martelé à Boni Yayi qu’ils ne reprendront le chemin des classes qu’à condition que ce dernier prenne un engagement en fixant une échéance pour la réévaluation de leurs salaires. Devant leur insistance, le chef de l’État a convoqué le haut commandement militaire. Boni Yayi a ainsi décidé de faire appel aux jeunes diplômés qui ont fini leur service militaire dans le secteur de l’éducation afin qu’ils aillent remplacer les enseignants grévistes pour tenter ainsi d’éviter une année scolaire blanche en brisant la grève.

Avec l’enregistrement de ces jeunes ayant fini leur service militaire d’intérêt national, la peur a changé de côté. Le Cadre de concertation des organisations syndicales du secteur de l’éducation nationale du Bénin (Cosen-Bénin) et le Syndicat national des enseignements maternel et primaire du Bénin (Synemp), deux syndicats de base du monde enseignant se désolidarisent du mouvement de débrayage. Les autres grévistes se sont pourtant retrouvés ce mercredi 14 mars 2012 pour décider de la reconduction de la grève pour une période de 96 heures par un vote en assemblée générale : 255 voix pour, 95 contre et 3 abstentions.

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