Les bons élèves africains de la lutte contre le Sida

L’Ouganda et le Sénégal sont les exemples à suivre, pour le continent africain, en matière de lutte contre le Sida. Les deux pays ont très tôt compris le danger représenté par le virus, au début des années 1980, et ont engagé une politique volontariste de sensibilisation et de prévention. Leurs résultats sont aujourd’hui unanimement salués.

De notre partenaire Afrique Relance, par Peter Mwaura

Grâce à leur détermination et à la rapidité de leur action, les gouvernements de l’Ouganda et du Sénégal ont montré qu’il est possible d’enrayer l’épidémie de Sida et même d’en faire reculer la progression. En Ouganda, la prévalence ( nombre de cas recensés dans la population concernée pendant une période donnée, sans distinction entre les nouveaux cas et les anciens cas) du VIH/Sida, qui avait dépassé 10 %, est tombée à 9 %. Elle a diminué de moitié dans certains groupes d’âge. Au Sénégal, le taux d’infection s’est stabilisé entre 1 et 2 %. Ces deux pays, qui ont des taux d’incidence et de prévalence du VIH/Sida différents, pourraient servir d’exemples à d’autres pays africains où l’épidémie continue de progresser. A condition que la volonté politique et les ressources investies soient suffisantes.

« Tout le monde est porteur du virus »

L’Ouganda, qui constitue peut-être l’exemple le plus spectaculaire, a tout de suite compris la gravité de la maladie et s’est résolument engagé à la combattre. Dès que les premiers cas de VIH/Sida sont apparus dans ce pays, les pouvoirs publics ont organisé sans tarder une campagne de sensibilisation d’une rare franchise, visant à informer le public ougandais des moyens de transmission de la maladie. Des affiches ont été conçues à cet effet et placées un peu partout. La radio a diffusé d’innombrables messages pertinents. « Partez du principe que tout le monde est porteur du virus » : tel était le conseil d’un message radiophonique entendu à longueur de journée.

En Ouganda, la maladie a fait ses premières victimes au milieu des années 70 sur les rives du lac Victoria. On parlait à l’époque d’une maladie dont les victimes maigrissaient et s’atrophiaient. Le premier diagnostic officiel a eu lieu en 1984. Le président Yoweri Museveni a reconnu la gravité du problème peu de temps après son arrivée au pouvoir, en 1986. Bien que les services de santé et l’infrastructure du pays aient été ravagés par 15 ans de guerre civile, son gouvernement a créé cette année-là un comité national de prévention du Sida. M. Museveni a ainsi joué un rôle de premier plan dans la campagne de lutte contre le Sida.

Evolution des mœurs

En 1991, cette campagne s’est intensifiée dans plusieurs secteurs et par de multiples moyens : distributions de préservatifs, tests de séropositivité sur la base du volontariat, services d’orientation et de soutien, affiches et messages radiophoniques anti-Sida, pièces de théâtre et séminaires en plein air sur l’éducation sexuelle. En faisant œuvre de pionnier dans la lutte contre le Sida, l’Ouganda a fait évoluer les mœurs sociales : l’âge des premières relations sexuelles a reculé chez les adolescents – seuls 20 % des filles et des garçons de 15 à 19 ans déclaraient ne pas avoir eu de relations sexuelles en 1990, ils étaient à 50 % en 1995, les relations sexuelles sans lendemain sont moins fréquentes – 60 % des personnes interrogées déclarent n’avoir qu’un seul partenaire sexuel, ils étaient majoritaire à en avoir plusieurs en 1989 – et les adultes célibataires pratiquent la continence. De plus en plus d’hommes et de femmes de tout âge utilisent maintenant des préservatifs – 36 % des garçons et 25 % des filles adolescents les utilisent, contre 15 % et 7 % en 1989, et 31 % des hommes et 19 % des femmes adultes âgés de 25 à 39 ans, contre 11 % et 3 % en 1989. Ce qui était impensable auparavant. Et dans un pays où, par le passé, les parents ne parlaient pas de sexualité avec leurs enfants, le sexe et le Sida sont presque devenus des sujets de conversation ordinaires dans tout l’Ouganda.

De ce fait, la prévalence du VIH/Sida, qui était à la hausse jusqu’en 1993, a chuté ces cinq dernières années. Dans les cliniques prénatales des zones urbaines, la prévalence du VIH chez les femmes a été réduite de moitié, passant d’environ 30 % en 1991 à 15 % en 1996. Fin 1997, l’incidence du VIH était estimée à 9,5 % chez les adultes de 15 à 49 ans. La baisse du taux d’infection a été plus rapide en milieu urbain – où ont eu lieu la plupart des campagnes d’information – qu’en milieu rural, où le taux d’infection est relativement plus bas. Selon des sondages récents, 98 % des Ougandais savent désormais que le VIH se transmet principalement par voie sexuelle, et non par sorcellerie.

Le Sénégal fait appel aux chefs religieux

Le Sénégal n’a que 9 millions d’habitants et des taux de prévalence du Sida beaucoup plus bas que l’Ouganda. Les pouvoirs publics ont pourtant organisé une campagne d’éducation et de sensibilisation dès les premiers cas recensés. Des messages ont ainsi été diffusés dans les médias afin de réduire les comportements sexuels à risque et de promouvoir l’usage des préservatifs. Avec l’appui de donateurs et d’organisations non gouvernementales, le Sénégal a établi des services adéquats en matière de Sida/MST. Le Sénégal a également fait participer ses chefs religieux à la lutte contre le Sida. Les pouvoirs publics ont ainsi organisé fin 1995 et en 1996 deux conférences nationales sur la prévention du Sida, au cours desquelles les chefs islamiques et chrétiens ont approfondi leurs connaissances sur le virus et défini le rôle et les responsabilités qu’il leur fallait assumer dans le domaine de la prévention. Cela ne s’était jamais vu en Afrique. Au Kenya, par exemple, certains chefs religieux s’opposent fermement à l’utilisation des préservatifs et à l’éducation sexuelle.

Grâce aux interventions stratégiques du Gouvernement sénégalais, les taux nationaux de prévalence du VIH/Sida sont restés faibles. Ils avoisinaient 1,7 % en 1998. La détermination et l’innovation dont ont fait preuve l’Ouganda et le Sénégal en matière de lutte contre le Sida ont été reconnues à l’échelle internationale. En décembre 1998, la septième conférence de la Société de femmes africaines face au Sida (SWAA), organisée à Dakar, a décerné des prix d’excellence aux présidents ougandais et sénégalais pour leur participation active à la lutte contre le Sida. L’exemple de l’Ouganda a, en particulier, suscité l’intérêt d’autres pays et de chercheurs. Lors d’une discussion d’un groupe d’experts à la conférence de la SWAA, Mme Noerine Kaleeba, du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA), a déclaré que les pays africains devraient adopter la stratégie de l’Ouganda. Et Mme Debrework Zewdie, coordonnatrice des questions de VIH/Sida à la Banque mondiale, a récemment expliqué à Afrique Relance que la Banque essaie de déterminer les raisons pour lesquelles les taux de contamination ont baissé en Ouganda. « Les conclusions de cette étude, précise-t-elle seront utiles non seulement pour les projets de la Banque en Ouganda mais aussi pour d’autres pays ».

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