Mauritanie : des imams pour stopper le sida

L’ONG mauritanienne Stop-Sida est dirigée par un haut dignitaire religieux musulman. Son objectif : véhiculer des messages de prévention à travers les prêches des imams. Et ça marche.

Hamden Ould Tah est secrétaire général de la ligue des islamologues en Mauritanie et membre du Conseil supérieur islamique. Il est aussi à la tête de la seule Organisation Non-gouvernementale (ONG) anti-sida du pays, qui compte parmi ses membres des chefs religieux musulmans.  » Notre comité exécutif est constitué de professionnels de la santé, de sociologues, de religieux. Nous avons une approche globale car le sida, c’est le problème de toute la communauté et pas seulement des gens malades et de ceux qui les soignent « , explique Fatimettou Mint Maham, la secrétaire générale de l’organisation.

La Mauritanie a recensé 6 600 cas de sida en 2000 (chiffres de l’Oganisation mondiale de la santé, OMS). La prévalence dans la population est d’environ 0,5% et chez les donneurs de sang, l’OMS note une évolution inquiétante de la séroprévalence : de 0,3% en 1992, elle est passée à 1,7% en 1998. Les donneurs de sang étant de jeunes adultes sains, bien portants et volontaires, l’évolution de cette séroprévalence est assez évocatrice de la situation dans la population générale.

Sanction guérissable

 » Je connais le degré de danger de ce mal et j’ai trouvé, pour le combattre, des solutions dans notre Islam. Mon discours s’articule entre modernité et authenticité « , explique Hamden Ould Tah. Pour convaincre les sept membres religieux qui l’ont rejoint dans ce combat contre la maladie, il met en avant que  » si le sida est considéré comme une sanction -dans la religion musulmane, les maux affligeant l’homme sont des sanctions divines-, celle-ci est guérissable « . Sanction n’est pas condamnation irrémédiable.

Deuxième point : les personnes touchées par le sida ne sont pas automatiquement fautives. Elles peuvent être contaminées par des dons de sang ou par l’allaitement. Il note aussi que les religieux ne sont pas choqués par le port du préservatif, du moment qu’il est utilisé chez les couples mariés.

L’ONG cherche à toucher les jeunes,  » très actifs sexuellement « , les femmes, groupe très vulnérable, et les routiers et transporteurs, exposés à la maladie et facteurs de transmission. Sa stratégie est d’impliquer les leaders religieux des différentes wilayas, en tant que canaux de propagation de l’information.  » Nous organisons des journées de réflexion, qui regroupent des médecins et des religieux pour les informer sur l’ampleur de la maladie et les voies de contamination « , explique Fatimettou Mint Maham.  » Il faut éviter de stigmatiser la maladie « .

Sida et religion

 » Même si les préservatifs ne manquent pas -on peut les trouver dans les pharmacies, les centres de soins- nous n’avons pas encore réussi à les promouvoir auprès du grand public. Pour beaucoup de religieux, l’utilisation du préservatif est encore assimilée à un acte sexuel honteux et adultère.  » D’où l’intérêt d’informer d’abord les hauts dignitaires religieux qui, à leur tour, informeront leurs relais en province. Avec ainsi la possibilité de véhiculer un message unique dans les mosquées. Résultat : la population, attentive aux prêches de ses chefs religieux, est directement touchée par les messages préventifs à assimiler.

Créée en 1993, l’ONG travaille aujourd’hui en partenariat avec des instances internationales telles l’Usaid* ou le Fnuap* et collabore avec des chefs religieux d’autres pays africains, comme le Sénégal ou encore le Maroc. Dans la communauté musulmane  » tous les gens sont disposés à véhiculer ce message car dans notre religion, la médecine occupe une place importante. « . Signe des temps, des catholiques, des bouddhistes aussi bien que des musulmans ont participé il y a trois ans à Dakar à un colloque sur le thème  » Sida et religion « .

*Usaid : Agence des Etats-Unis pour le développement international

*Fnuap : Fonds des Nations Unies pour la population