Les Algériens indésirables au Canada

Les immigrants maghrébins, notamment Algériens, pourraient bientôt perdre leur Eldorado nord-américain. Le Canada francophone, qui les accueillait de longue date, pourrait leur tourner le dos avec la promulgation d’une loi visant à diminuer le flux migratoire venant du bassin maghrébin. Les menaces terroristes auraient eu raison de l’hospitalité traditionnelle de la province de Québec.

On soupçonnait qu’il y avait anguille sous roche, voilà deux ans, lorsque le New York Times tirait sans rémission sur le Canada, l’accusant de devenir un nid de terroristes venant d’Afrique du Nord. Mais depuis quelques semaines, l’anguille a quitté la roche et, à coups de manœuvres politico-administratives savamment préparées, le gouvernement libéral du Canada a pu influencer son cadet, le gouvernement de la province francophone du Québec, pour l’amener à passer à l’action. Ainsi, le point d’orgue de l’opération réside dans la promulgation d’une loi dite projet de loi 53, qui vise en réalité à diminuer, voire à suspendre le flux migratoire venant du bassin géographique maghrébin.

Bien qu’il fût noyé dans la définition maghrébine, ce changement dans la répartition de quotas d’immigrants par région-source concerne beaucoup plus nos compatriotes et tourne autour de la problématique migratoire algérienne. Cela dit, ce projet de loi, qui concourt à consolider des limitations substantielles et graduelles du nombre d’immigrants venant du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, s’articule surtout sur des attributions réglementaires dans lesquelles le ministre de l’Immigration est autorisé à s’investir. Ce dernier peut carrément exclure un pays du processus, refuser les demandes venant de ce pays et renvoyer à l’expéditeur des demandes en période de traitement.

« 20 000 dossiers bloqués »

Le blocage de 20 000 dossiers chez 12 fonctionnaires du service de l’immigration de la ville de Montréal résume bien la situation. Ici, on déclare de façon candide que ces dossiers concernent des postulants de l’Afrique du Nord, mais en vérité la grande proportion est réservée aux Algériens. Aux dernières nouvelles, la ministre chargée de l’Immigration a promis des rectificatifs, mais rien ne prouve un abandon de la stratégie, même si les contestations fusent à satiété.

Il faut préciser, dans ce cas de figure, que la province francophone du Québec gère seule le dossier de l’immigration dans ses phases principales, contrairement aux autres provinces qui ne jouissent point de ce privilège réservé exclusivement aux services fédéraux. La venue donc des libéraux au pouvoir au niveau de la province après le règne des nationalistes québécois, s’est traduite par un revirement de la politique en matière d’immigration, qui devient, en somme, le prolongement logique de la tendance fédérale.

La menace du terrorisme

On subodore, dans la recette, une réponse à une panoplie d’exigences américaines en matière de sécurité. En effet, les Etats-Unis ont toujours accusé le Canada de graves négligences sécuritaires suite à la fameuse affaire du trio Ressam-Mokhtar-Dahoumene. A cela s’ajoute les craintes proprement intérieures, au vu du nombre impressionnant de faussaires professionnels d’origine algérienne, coincés par la police, lesquels pourront se mettre au service de réseaux terroristes, comme on se plaît à le répéter.

Autant de supputations qui s’ajoutent à une donnée essentielle : la province du Québec entame une nouvelle configuration de sa politique de l’immigration où, en toute vraisemblance, on privilégie les pays qui ont de solides traditions en matière d’éducation pour leur soustraire la main-d’œuvre de qualité. La question de la qualification professionnelle de l’immigration algérienne a été déjà posée en 1997 dans un rapport du ministère des Ressources humaines. Récemment encore, un animateur algérien évoquait un autre problème en déclarant dans sa radio communautaire que nos concitoyens sont les seuls immigrants du monde arabe à demeurer longtemps sur l’aide sociale de l’Etat. Information à prendre au conditionnel.