L’Ange de goudron ou l’érable de l’immigration

On le voit dans les journaux, il fait la couverture des hebdomadaires culturels, il recueille l’approbation des critiques, il retient l’attention des émissions radiophoniques, et les caméras de télévision sont tournées vers lui. Le cinéaste Denis Chouinard est le nouveau chouchou de Montréal.

Avec son dernier film  » L’Ange de goudron  » qui a reçu le prix du public au Festival des films du monde à Montréal, Denis Chouinard, la trentaine bien entamée, a enthousiasmé les médias québécois.  » L’Ange de goudron  » est un film sur l’immigration qui s’inscrit dans la tradition du cinéma à caractère social. Il se veut une réflexion sur l’exil, l’engagement social, la bureaucratie, le choc culturel . Tous ces éléments sont mis en commun dans l’optique de dénoncer les orientations politiques d’Immigration Canada et les agissements oppressifs des forces de sécurité envers des activistes de gauche. Le film met en vedette le cheminement d’une famille algérienne de quatre personnes, arrivée à Montréal il y a trois ans. Le père Ahmed Kasmi (Zinedine Soualem), poseur de toit, les mains marquées par la noirceur du goudron, est le prototype de l’ouvrier soumis qui, au fil des événements, commence à s’interroger sur le sens de sa vie et de ses choix.

Road movie

La mère, dans l’attente d’un nouveau-né, est reléguée à occuper l’espace intérieur : le foyer pour accomplir les tâches domestiques. La fille, une adolescente d’une quinzaine d’années, poursuit ses études sans trop d’histoires, contrairement à son frère Hafid (Rabah Aït Ouyahia), la vingtaine, par qui le drame éclate. Activiste dans un groupe d’extrême gauche qui milite en faveur des droits des immigrants, Hafid est d’abord et avant tout un kamikaze qui va jusqu’au bout. Recherché après s’être frauduleusement introduit dans les locaux d’Immigration Canada pour y voler des dossiers, Hafid décide de prendre le large pour organiser une action de plus grande envergure. C’est dans ce groupe d’activistes qu’il rencontrera Huguette (Catherine Trudeau), une Québécoise au tempérament fougueux. C’est elle que le père sollicitera lorsqu’il partira à la recherche de son fils. A deux, ils sillonneront le Québec profond, en plein hiver.

Au fil des événements, le rêve du père (acquérir la citoyenneté canadienne) semble voler en éclats, et la quête du fils prendra le dessus sur le reste. Habituellement, le sujet de l’immigration ne soulève pas la curiosité du monde cinématographique québécois ; assurément Denis Chouinard a innové en la matière. Seulement, le scénario s’éloigne de la réalité pour tomber trop souvent dans les clichés dans la mesure où Hafid nous paraît comme un véritable James Bond, la mère une ombre complètement effacée, ce qui conforte l’idée de la femme arabe soumise, le groupe d’activistes est organisé à la perfection.

A travers ce dernier, Denis Chouinard nous dépeint une société où il y a une conscience sociale élevée et un sens de l’engagement profond, ce qui ne colle pas forcément à la réalité québécoise. Le père, lui, est toujours frustré, Huguette est une femme trop dévouée. Bref, trop c’est trop ! Avouons tout de même que le jeu des acteurs, notamment celui du père (Zinedine Soualem) et de Huguette (Catherine Trudeau) est remarquable !

Djemila Benhabib

L’Ange de goudron à l’affiche depuis le 7 septembre à Montréal