Les Africains ont peur du Net

Auteur de L’Internet, son web et son e-mail en Afrique, Raphaël Ntambue Tshimbulu se place parmi les pionniers de la recherche dans le domaine des NTIC en Afrique. Philosophe de formation, à la fois informaticien et chercheur, il conçoit une approche originale fondée sur une critique anthropologique du rapport à l’objet informatique. Interview d’un penseur à la page.

Pour dresser un bilan à la fois exhaustif et critique, Raphaël Ntambue Tshimbulu, chercheur au CNRS de Bordeaux (France), a su mobiliser ses talents d’informaticien et de chercheur en sciences humaines. Son dernier ouvrage, L’Internet, son web et son e-mail en Afrique est d’abord une bible d’informations précises sur le sujet. C’est également une petite révolution, de par l’approche très originale du phénomène. Pour expliquer le retard et ouvrir des perspectives de développement, Tshimbulu s’appuie en effet sur le comportement des Africains. Peur du Web, passivité face au outils conçus en Occident, le chercheur constate une attitude générale de retrait chez les habitants du continent, qui les laisse à la merci des intervenants étrangers.

Afrik.com : Quel bilan peut-on faire de l’Internet en Afrique ?

Raphaël Ntambue Tshimbulu : L’Afrique est très enclavée par rapport au réseau mondial. Elle ne dispose pas de communications convenables, dans un contexte où l’on ne peut plus se passer des nouvelles technologies.

Afrik.com : Quels sont, selon vous, les freins majeurs au développement du numérique sur le continent ?

Raphaël Ntambue Tshimbulu : Vingt-sept chapitres sont consacrés à ces obstacles dans mon ouvrage. J’essaye d’aborder à la fois les difficultés d’ordre économique, culturel et infra structurel. D’un côté, cela peut être le système, l’infrastructure sociale dans laquelle doit s’insérer le Net, qui ne suit pas. De l’autre, il y a des freins culturels qui empêchent son développement. Ce sont les mentalités qui bloquent. Les Africains ont peur du Net.

Afrik.com : Quelles solutions envisagez-vous pour faire progresser le réseau africain ?

Raphaël Ntambue Tshimbulu : Les seuls moyens sont la formation -classique ou autodidacte-, et la coopération. Il faut d’abord que les Africains dédramatisent l’outil Internet et qu’ils se rendent compte que participer à la révolution numérique est un impératif. La coopération avec les pays occidentaux reste également une nécessité, car nos moyens sont minces.

Afrik.com : Vous critiquez une certaine attitude face aux NTIC…

Raphaël Ntambue Tshimbulu : Les Africains ont souvent l’impression que l’Internet serait une sorte de manne tombée du ciel dont on profiterait sans effort personnel. C’est un mythe qui a fait son temps. Les Africains voient le web comme un outil qui leur est donné, sans se rendre compte que c’est le fruit d’années de recherches. S’ils veulent s’inscrire dans la dynamique des NTIC, ils doivent dédramatiser leur retard par rapport à l’Occident et participer activement à son évolution.

Afrik.com : Pensez-vous que la coopération avec les interlocuteurs occidentaux soit une solution sans risque ?

Raphaël Ntambue Tshimbulu : Non, bien sûr. Il y a toujours des intérêts derrière la coopération. On sait aujourd’hui par exemple que le PNUD ( Programme des Nations-Unies pour le développement) s’est associé avec l’entreprise américaine Sisco pour développer des routeurs en Afrique. De même pour l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et Alcatel. Il est bien évident que ces entreprises cherchent à récupérer les marchés africains. Mais la coopération reste, malgré tout, un moyen pour combler le fossé numérique. C’est aussi à l’Afrique de réagir et de transformer ses habitudes pour ne plus en dépendre.

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