Lèpre : une personne contaminée toutes les 3 minutes, la Fondation Raoul Follereau en première ligne


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Fondation Raoul Follereau
Fondation Raoul Follereau

Non, la lèpre n’est pas une maladie du passé. Elle frappe encore une personne toutes les trois minutes dans le monde. En Côte d’Ivoire, la Fondation Raoul Follereau mène un combat sur deux fronts : soigner les corps et réparer les âmes brisées par la stigmatisation.

Une maladie millénaire toujours d’actualité

Plus de 180 000 nouveaux cas de lèpre sont notifiés chaque année dans le monde. Un chiffre que les spécialistes considèrent comme largement sous-estimé faute de dépistage suffisant dans les régions les plus reculées. Près de quatre millions de personnes vivent avec des séquelles irréversibles de cette maladie infectieuse chronique qui touche la peau, les nerfs et les yeux, pouvant aller jusqu’à l’amputation ou la cécité.

L’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique restent les principaux foyers d’endémie, précisément là où l’accès aux soins demeure le plus difficile. Mais contrairement aux idées reçues, la lèpre n’épargne pas les pays développés : en 2023, 369 cas ont été recensés aux États-Unis et une dizaine en Nouvelle-Calédonie.

Mais dans toutes les situations, « Un diagnostic précoce est crucial pour arrêter la progression de la maladie et éviter la stigmatisation des malades », explique Oleg Ouss, président du directoire de la Fondation Raoul Follereau.

D’Adzopé à aujourd’hui : 80 ans de combat

L’histoire de la lutte contre la lèpre en Côte d’Ivoire est indissociable de celle de Raoul Follereau. En 1942, réfugié chez les Sœurs missionnaires de Notre-Dame des Apôtres près de Lyon, cet écrivain et journaliste français découvre le projet de Mère Eugénia Ravasio : construire un village pour les lépreux et leurs familles à Adzopé, sur l’Île Désirée. Il manque des fonds. Follereau, orateur talentueux, se lance dans une tournée de conférences à travers la France.

Ce sera le début d’un engagement qui durera toute sa vie. « Cette bataille pour Adzopé dura dix ans qui furent les meilleures années de notre vie de couple », confiera-t-il plus tard aux côtés de son épouse Madeleine. En 1954, il crée la Journée mondiale des lépreux, célébrée depuis chaque année le dernier week-end de janvier. Il parcourra le monde 32 fois, alertant l’opinion internationale sur le sort de ceux qu’il appelait « la minorité oubliée du monde ».

Soixante-dix ans plus tard, la Fondation qui porte son nom poursuit ce combat dans 22 pays, avec une conviction intacte : « La lèpre n’est pas une fatalité, mais une injustice à réparer. »

Côte d’Ivoire : briser la double peine

La lèpre reste endémique en Côte d’Ivoire. Malgré l’engagement du ministère de la Santé, des cas sont encore détectés chaque semaine, y compris chez les enfants. Dans certaines zones rurales, la peur du rejet retarde trop souvent le dépistage. Résultat : un patient sur quatre présente déjà des séquelles irréversibles au moment de sa prise en charge.
Car au-delà de la souffrance physique, il y a celle, plus sourde, de l’âme. Rejet, honte, isolement : des séquelles invisibles mais durables que la Fondation Raoul Follereau s’attache à combattre avec la même détermination que la maladie elle-même.

En 2024, dans le seul district de Gagnoa, 173 000 personnes ont été examinées grâce au projet 360, mené avec le soutien de la Fondation ANESVAD. Bilan : 170 cas de lèpre, 136 de pian et plus de 4 000 de gale diagnostiqués et pris en charge. Ces résultats illustrent l’efficacité d’une stratégie qui associe santé, hygiène et mobilisation communautaire vers l’objectif « Zéro lèpre » d’ici 2030.

Trois visages du combat ivoirien

Lèpre @Fondation Raoul Follereau
Lèpre @Fondation Raoul Follereau

Dr Pierre-Joseph Kaba : Redonner forme et dignité

À Manikro, le Dr Kaba a relancé un centre resté fermé près de dix ans. L’Institut Raoul Follereau dispose désormais d’un bloc opératoire moderne dédié à la chirurgie reconstructrice. Pour ce spécialiste, soigner un patient ne se limite pas à traiter la maladie : c’est aussi lui permettre de retrouver confiance et place dans la société.

Sœur Tano Akoua : Le cœur social de la lutte

Assistante sociale pionnière au Programme National de Lutte contre l’Ulcère de Buruli et Maladies Cutanées, Sœur Tano Akoua a accompagné plus de 2 000 personnes atteintes de la lèpre ou de l’ulcère de Buruli. Présente sur le terrain au plus près des malades, elle leur redonne confiance et contribue à leur réinsertion dans une société qui trop souvent les rejette.

Aimé : De la stigmatisation à la renaissance

Ancien malade devenu couturier, Aimé a reconstruit sa vie grâce au soutien de la Fondation. Guéri, il forme aujourd’hui d’autres jeunes à son métier. Son témoignage résume à lui seul l’enjeu de cette lutte : « J’ai des séquelles physiques, mais je refuse d’en garder dans ma tête. »

Une stratégie globale contre les maladies négligées

La Fondation Raoul Follereau a élargi son combat aux Maladies Tropicales Négligées à Manifestation Cutanée (MTNC) : pian, gale, ulcère de Buruli, filariose lymphatique. Ces pathologies, qui défigurent et marginalisent les plus vulnérables, touchent des millions de personnes dans les zones où l’accès aux soins reste limité.

Pour y répondre, la Fondation déploie une stratégie fondée sur sept piliers : dépistage, prise en charge du handicap, soin, formation, accès à l’eau, accompagnement social, recherche et renforcement des systèmes de santé. La Côte d’Ivoire est aussi devenue un terrain d’innovation médicale avec le développement de la télédermatologie et de dispositifs de prévention du handicap.

« Nos programmes innovants prouvent qu’il est possible non seulement de soigner, mais aussi de restaurer la confiance et l’autonomie des personnes touchées », souligne Oleg Ouss.

Mobilisation en France : 23, 24 et 25 janvier 2026

Pour cette édition 2026, plus de 3 000 bénévoles de la Fondation se mobiliseront sur l’ensemble du territoire français pour sensibiliser le public, informer sur la lèpre et collecter des fonds. Des événements symboliques dans plusieurs villes rappelleront les ravages de la maladie tout en portant un message d’espoir et de réinsertion sociale.

Événement inédit cette année : l’exposition photos « Regards sur la lèpre » proposera une immersion au cœur du combat contre la maladie.

Le saviez-vous ?

  • « La lèpre fait tomber les doigts » — FAUX. En réalité, la lèpre attaque les nerfs, provoquant une perte de sensibilité. Les blessures non ressenties peuvent alors s’infecter et entraîner des déformations ou des amputations si elles sont mal soignées.
  • « Il existe un vaccin » — FAUX. Aucun vaccin n’existe à ce jour. La Fondation Raoul Follereau cofinance le projet de recherche « LepVax » qui vise à en développer un.
  • « La lèpre ne touche que les pays en voie de développement » — FAUX. En 2023, 369 cas ont été recensés aux États-Unis et une dizaine en Nouvelle-Calédonie. La lèpre est partout, même dans les pays développés.

Pour en savoir plus, faire un don ou devenir bénévole : www.raoul-follereau.org

Les journées mondiales des malades de la lèpre 2026 se déroulent les 23, 24 et 25 janvier 2026.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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