Législatives au Maroc : combien de MRE utiliseront la procuration en ligne ?


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La diaspora et les élections au Maghreb
La diaspora et les élections au Maghreb

Ouverte depuis le 24 août, la plateforme électronique permettant aux Marocains résidant à l’étranger d’établir une procuration fermera le 22 septembre à midi. À trois semaines du scrutin, le ministère de l’Intérieur n’a communiqué aucune donnée sur son utilisation.

Les Marocains éliront, le 23 septembre, les membres de la Chambre des représentants. La révision exceptionnelle des listes électorales, arrêtée au 10 juillet, a porté à 15 801 162 le nombre d’inscrits, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur. Le dépôt des candidatures, ouvert le 31 août, se poursuit jusqu’au 9 septembre.

Pour les millions de Marocains établis hors du Royaume, une nouveauté accompagne ce scrutin car la procuration peut désormais être établie par voie électronique. Le vote par procuration existait déjà. Sa dématérialisation résulte de la loi organique n° 53.25, qui modifie la loi organique n° 27.11 relative à la Chambre des représentants, dont l’article 72 encadre la procédure. Le texte a été déclaré conforme à la Constitution par la décision n° 259/25 de la Cour constitutionnelle, rendue le 24 décembre 2025.

Une démarche à distance, un bulletin déposé au Maroc

La plateforme est accessible depuis le 24 août par l’intermédiaire du portail elections.ma et restera ouverte jusqu’au mardi 22 septembre à midi, soit la veille du scrutin. Seuls peuvent l’utiliser les Marocains résidant à l’étranger déjà inscrits sur la liste électorale générale d’une commune ou d’un arrondissement du Royaume.

Le mandant renseigne son identité, son numéro de carte nationale, son numéro d’inscription et la commune déclarée lors de celle-ci, puis les coordonnées de l’électeur qu’il choisit pour voter en son nom. Après avoir vérifié les informations et attesté avoir personnellement rempli le formulaire, il télécharge la procuration générée par la plateforme, puis la transmet à son mandataire par courrier électronique ou postal.

Le document devra ensuite être imprimé et, le 23 septembre, le mandataire présentera sa carte nationale d’identité et la procuration au président du bureau de vote, qui vérifiera la validité du document avant de l’autoriser à voter. Le scrutin se tiendra de 8 heures à 19 heures. Ainsi, aucun suffrage n’est enregistré sur Internet. Le service produit uniquement le document qui autorise un autre électeur à voter au Maroc, où le bulletin sera physiquement déposé par un tiers.

Un mandataire par électeur, et un déplacement à prévoir

La loi organique encadre la désignation sur trois points. Le mandataire n’a pas à être un membre de la famille du mandant. Il n’a pas non plus à être inscrit dans la même circonscription. Et nul ne peut être mandataire de plus d’un électeur résidant hors du Maroc, ce qui interdit de concentrer un grand nombre de mandats entre les mains d’une même personne.

Reste une contrainte que les modes d’emploi diffusés par les consulats début août détaillent peu. Le vote s’exerce dans le bureau où le mandant est inscrit, pas dans celui du mandataire. Lorsque les deux relèvent du même bureau, le mandataire vote d’abord en son nom propre, puis au nom de son mandant, la situation étant mentionnée au procès-verbal. Lorsqu’il est inscrit ailleurs, il doit se déplacer jusqu’au bureau de son mandant, parfois dans une autre province. Désigner un mandataire éloigné revient donc à lui demander un trajet le jour du scrutin.

La demande de bureaux de vote à l’étranger écartée

La revendication portée depuis plusieurs années par des associations de la diaspora allait plus loin et voulait permettre aux MRE de voter personnellement dans les consulats et les ambassades, voire créer des circonscriptions législatives de l’étranger. Cette option n’a pas été retenue pour le scrutin de 2026. Pourtant, l’article 17 de la Constitution de 2011 reconnaît aux Marocains résidant à l’étranger les droits de pleine citoyenneté, dont ceux d’être électeurs et éligibles, et renvoie à la loi le soin de déterminer les conditions et modalités d’exercice effectif du droit de vote et de candidature depuis les pays de résidence.

Quinze ans plus tard, aucune circonscription ni aucun siège parlementaire ne sont réservés aux MRE. Le Royaume a pourtant connu cette formule lorsque cinq circonscriptions de l’étranger ont envoyé des députés à la Chambre des représentants de 1984 à 1992, sur la base d’un dahir de janvier 1984. Depuis, la représentation institutionnelle des Marocains du monde passe principalement par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, dont la fonction reste consultative.

En 2021, une proposition de l’Istiqlal en faveur d’une représentation directe de la diaspora n’a pas été retenue par le Parlement mais les MRE peuvent toujours se présenter sur les listes locales, régionales ou nationales au Maroc.

Le débat n’est pas clos pour autant. Plusieurs formations ont formulé, à l’approche du scrutin, des propositions de circonscriptions dédiées à la diaspora ou de sièges élus par les seuls MRE. Ces deux options relèveraient de la loi organique, sans révision constitutionnelle, l’article 17 ne les interdisant pas.

Combien de MRE utiliseront réellement le dispositif

Onze jours après l’ouverture de la plateforme, le ministère de l’Intérieur n’a communiqué aucun bilan intermédiaire, ni le nombre de procurations établies, ni leur répartition par pays de résidence ou par circonscription, ni le nombre de demandes rejetées ou incomplètes.

Un autre élément manque pour calculer un taux d’utilisation. Le nombre précis de Marocains résidant à l’étranger inscrits sur les listes électorales générales, et donc autorisés à établir une procuration, n’apparaît pas dans les statistiques publiques du corps électoral, présentées par sexe, par âge et par milieu de résidence.

La publication d’un bilan après le scrutin sera nécessaire pour évaluer la portée de la réforme, en distinguant les procurations créées sur la plateforme de celles effectivement exercées dans les bureaux de vote. La comparaison internationale montre qu’un tel décompte est techniquement banal. En France, deux jours après le second tour des élections municipales de mars 2026, le ministère de l’Intérieur a publié le nombre de procurations actives pour chacun des deux tours ainsi que la part des démarches dématérialisées. Les corps électoraux et les systèmes ne sont pas comparables, mais l’exemple établit que des statistiques agrégées peuvent être rendues publiques sans porter atteinte au secret du vote.

Afrik
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