
Douze sièges pour la diaspora algérienne, dix pour la tunisienne, aucun pour les six millions de Marocains de l’étranger appelés aux urnes le 23 septembre. Ces écarts renvoient au degré d’incertitude électorale que chaque pouvoir est prêt à accepter de ses expatriés.
La Cour constitutionnelle algérienne a proclamé le 18 juillet les résultats définitifs des législatives du 2 juillet. Douze députés de la diaspora entrent à l’Assemblée populaire nationale, contre huit dans la législature précédente. En Tunisie, ils ne sont plus que dix, contre dix-huit avant la réforme électorale de 2022. Au Maroc, aucun des 395 sièges renouvelés le 23 septembre n’est réservé aux Marocains résidant à l’étranger.
Les trois États reconnaissent à leurs expatriés un rôle économique et symbolique majeur. Tous mettent en avant leurs transferts financiers et leur contribution au développement national. Les trajectoires divergent dès qu’il s’agit d’accorder une représentation politique autonome.
Quatre sièges de plus à Alger, 8,57 % de participation en France
Sur les 854 285 électeurs inscrits à l’étranger, 91 810 ont voté, soit une participation de 10,75 %. Après déduction des 12 630 bulletins nuls, 79 180 suffrages ont été valablement exprimés. Ces voix ont attribué douze mandats.
La moitié revient aux trois zones électorales françaises. La première, qui couvre notamment Paris et plusieurs consulats d’Île-de-France, a élu Djelloul Beddar, candidat du FLN, et Youcef Djaafar, du RND. Dans la deuxième zone, Djamai Nedjah, du RND, siégera aux côtés de Nouar Boukhors, du Front El Moustakbal. La troisième sera représentée par Mohamed Abidat, du FLN, et Foudil Djoudi, élu sur la liste indépendante L’Algérie unie.
Ces six députés ont été désignés par 56 873 votants sur 663 602 inscrits. La participation dans les zones françaises s’établit à 8,57 %, en dessous de la moyenne de la diaspora.
Le nombre d’« Algériens de France » dépend de la définition retenue. L’Insee recensait en 2025 environ 681 000 résidents de nationalité algérienne, hors binationaux possédant la nationalité française. La France comptait parallèlement un peu plus de 1,008 million d’immigrés nés en Algérie et environ 1,25 million de descendants directs d’immigrés algériens, soit près de 2,26 millions de personnes pour les deux premières générations, sans compter les petits-enfants. Toutes ne possèdent cependant pas la nationalité algérienne ni le droit de participer aux élections du pays.
Le FLN remporte cinq des douze sièges, le RND et le Front El Moustakbal deux chacun. Deux mandats reviennent à des listes indépendantes, un au Mouvement El Binaa. Neuf députés sur douze appartiennent donc aux trois formations qui dominent déjà la nouvelle Assemblée, avec 91 sièges pour le FLN, 74 pour le RND et 56 pour le Front El Moustakbal.
L’élargissement de la représentation extérieure installe les grands partis nationaux dans les communautés expatriées. Les élus disposent ainsi de relais dans les principaux groupes parlementaires. Ils y sont également tenus par les consignes de vote de leurs formations.
La Tunisie a réduit sa représentation extérieure en 2022
La Tunisie avait suivi le chemin inverse après 2011, avec le système de représentation extérieure le plus développé du Maghreb. Dix-huit des 217 sièges de l’Assemblée étaient attribués à six circonscriptions de l’étranger, dont dix pour la France. La diaspora pesait alors 8,3 % des députés.
Le décret-loi électoral du 15 septembre 2022 a ramené l’Assemblée à 161 membres et la représentation extérieure à dix sièges, soit 6,2 %. La réforme a supprimé le scrutin de liste au profit d’un scrutin uninominal, dans le cadre de la refonte institutionnelle menée par Kaïs Saïed.
Le changement n’était pas politiquement neutre. Ennahdha avait terminé en tête dans les deux circonscriptions françaises lors de l’élection de l’Assemblée constituante de 2011 et remporté quatre des dix sièges attribués à la France. Les circonscriptions extérieures sont ensuite restées un terrain favorable aux partis structurés, capables de mobiliser des réseaux militants dans les pays d’accueil.
Réduire le nombre de mandats de l’étranger et supprimer les listes partisanes a donc affaibli la principale force qui en tirait profit, sans que la réforme l’ait affiché comme objectif. La diaspora tunisienne garde une représentation directe, à l’intérieur d’un Parlement désormais subordonné à la présidence et élu dans un contexte d’abstention massive. Ainsi, le vote extérieur tunisien avait un effet mesurable sur les rapports de force partisans.
Au Maroc, un droit de vote sans circonscription
Les Marocains résidant à l’étranger sont plus de six millions, selon les chiffres officiels. Aucune circonscription ne leur est réservée pour les législatives du 23 septembre 2026. Les 395 sièges de la Chambre des représentants seront tous attribués à l’intérieur du Royaume.
Un Marocain de l’étranger peut cependant se porter candidat, à condition d’obtenir une investiture dans une circonscription marocaine. Pour voter, il doit être inscrit sur une liste électorale générale rattachée à une commune du Royaume, puis s’y déplacer ou confier une procuration à un électeur qui votera à sa place. Aucun scrutin législatif direct n’est organisé dans les consulats, contrairement à ce que laisse entendre l’expression « vote consulaire ».
Le Royaume a pourtant déjà pratiqué la représentation directe. Entre 1984 et 1992, cinq députés étaient élus dans des circonscriptions extérieures, deux en France, un en Belgique, un en Espagne et un en Tunisie. L’expérience n’a pas été reconduite.
En novembre 2005, dans son discours du trentième anniversaire de la Marche verte, Mohammed VI avait annoncé le principe d’une représentation parlementaire des Marocains résidant à l’étranger. La Constitution de 2011 leur a reconnu le droit de vote et d’éligibilité. Vingt ans après le discours, quinze ans après le texte, aucune circonscription extérieure n’a été créée.
La réforme électorale adoptée à la fin de 2025 a modernisé certaines modalités d’inscription et de candidature pour les Marocains établis à l’étranger. Elle a laissé l’architecture de la Chambre inchangée. Finalement, la relation que Rabat entretient avec sa diaspora passe par les transferts financiers, l’opération Marhaba et le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger. Elle est économique et consultative. Il manque aux MRE un cadre électoral distinct de celui du territoire national.
Ce que mesure le nombre de sièges
Le nombre de sièges accordés à une diaspora suit des calculs politiques autant que son poids démographique. Les trois cas ne fournissent pas pour autant une règle unique. Les systèmes électoraux et le rapport aux partis diffèrent trop d’un pays à l’autre.
Les douze élus algériens entament un mandat de cinq ans. Les dossiers qui les attendent sont identifiés depuis longtemps, des délais consulaires à l’état civil et aux liaisons aériennes et maritimes. Le compteur est public. Les comptes rendus de l’APN recensent les questions écrites déposées et les réponses obtenues du gouvernement. A l’opposé, dans quelques semaines, un Marocain de Bruxelles ou de Montréal qui voudra participer au scrutin devra confier son bulletin à un électeur inscrit dans une commune du Royaume.




