Banques marocaines en Europe : une réglementation post-Brexit complique les transferts des MRE


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Bank Al-Maghrib
Bank Al-Maghrib

Les banques marocaines opérant en Europe font face à de nouvelles contraintes réglementaires liées à une directive adoptée dans le contexte du Brexit. Cette évolution affecte leur rôle dans les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger, un flux essentiel pour l’économie marocaine.

Les établissements bancaires marocains implantés dans plusieurs pays européens sont confrontés à des changements réglementaires qui impactent leurs activités. Le 23 juin 2026, le directeur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a indiqué que ces difficultés découlent d’un cadre juridique adopté par l’Union européenne à la suite du Brexit. Ce dispositif visait initialement les banques britanniques, mais il s’applique également à l’ensemble des banques étrangères opérant dans l’Union.

Une directive européenne aux effets élargis

Cette réglementation remet en question le rôle de relais traditionnel joué par les banques marocaines auprès des Marocains résidant à l’étranger. Ces institutions facilitent notamment les transferts de fonds vers le Maroc. Ce, en assurant une intermédiation entre les systèmes bancaires européens et marocains.

La directive européenne en question a été conçue pour encadrer les activités des banques étrangères après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Elle visait à empêcher les établissements britanniques de continuer à bénéficier du mécanisme du « passeport européen », qui permettait d’opérer librement dans l’ensemble du marché européen.

Un rôle important dans les transferts des MRE

Toutefois, en raison de son caractère général, cette réglementation s’applique à toutes les banques non européennes présentes dans l’Union. Les banques marocaines, implantées dans plusieurs pays européens, se retrouvent ainsi concernées par des restrictions qui n’étaient pas initialement dirigées contre elles.

Les banques marocaines jouent un rôle central dans la gestion des transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger. Elles permettent de simplifier les opérations financières en facilitant les virements vers les comptes bancaires au Maroc. Une fonction d’intermédiation d’autant plus importante que les transferts des MRE représentent une source importante de devises pour le pays. Ces flux financiers contribuent au financement de l’économie marocaine et au soutien des ménages.

Des volumes de transferts en forte progression

Selon les données de l’Office des changes, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont enregistré une progression significative ces dernières années. Entre 2020 et 2023, leur croissance annuelle moyenne a atteint 19%. En 2023, ces transferts ont totalisé 10,79 milliards d’euros, soit une hausse de 4,1% par rapport à l’année précédente. Sur les sept premiers mois de 2024, ils ont dépassé 68 milliards de dirhams, en progression de 3,3% sur un an.

Les projections pour 2025 évoquent un volume pouvant atteindre 11, 43 milliards d’euros. La répartition géographique de ces transferts met en évidence l’importance de certains pays européens. En 2023, la France représentait 30,8% des flux, suivie par l’Espagne (12,6%) et l’Italie (9,2%). D’autres contributions proviennent également de pays hors Europe, comme l’Arabie saoudite.

Une dépendance à certains pays européens

Cette concentration géographique explique l’impact potentiel de la réglementation européenne sur les flux financiers vers le Maroc. Toute modification des conditions d’activité des banques marocaines dans ces pays est susceptible d’influencer les mécanismes de transfert. Face à cette situation, les autorités marocaines ont engagé une coordination entre plusieurs institutions.

Une task force a été mise en place, réunissant le ministère des Affaires étrangères, le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib ainsi que les banques concernées. L’objectif de ce dispositif est de préserver la continuité des services financiers assurés par les banques marocaines en Europe. Les discussions portent notamment sur les modalités d’application de la réglementation européenne et sur les solutions permettant de maintenir les opérations de transfert.

Des négociations avec les institutions européennes

Bank Al-Maghrib a entamé des échanges avec la Commission européenne, en particulier avec la direction générale de la stabilité financière, des services financiers et de l’Union des marchés des capitaux (FISMA). Cette instance est chargée de l’élaboration et du suivi des politiques financières au sein de l’Union. Toutefois, la Commission européenne a indiqué que la mise en œuvre de la directive relève de la compétence des États membres.

Chaque pays est ainsi responsable de la transposition de la réglementation dans son droit national. Ce qui implique des approches différenciées selon les juridictions. En raison de cette décentralisation, le Maroc est contraint de mener des discussions distinctes avec chaque pays concerné. Les autorités ont entamé des démarches avec plusieurs États européens, dont la France, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas. Une approche qui complique le processus, car les solutions négociées dans un pays ne s’appliquent pas automatiquement aux autres.

Des inquiétudes déjà exprimées en 2024

Les autorités marocaines doivent donc adapter leur stratégie en fonction des cadres juridiques nationaux. Les préoccupations liées à cette réglementation avaient été évoquées dès septembre 2024, lors de l’adoption de la directive européenne. Les autorités marocaines et les banques concernées avaient alors anticipé un risque de perturbation des transferts des MRE. Des discussions avaient été engagées à cette période avec les institutions européennes et les États membres. L’objectif étant d’assurer une application harmonisée des nouvelles mesures.

Ces échanges se poursuivent en 2026, avec de nouveaux cycles de négociations. Selon les déclarations d’Abdellatif Jouahri, les discussions en cours pourraient se prolonger tout au long de l’année 2026. Les autorités marocaines poursuivent leurs efforts pour obtenir des aménagements permettant de préserver les activités des banques concernées. Les flux de transferts des Marocains résidant à l’étranger continuent d’évoluer à la hausse. Aucun ralentissement immédiat n’a été signalé, malgré les incertitudes liées à l’application de la réglementation européenne.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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