Maroc : derrière l’invasion de Ceuta, une série noire d’agressions sexuelles sur des mineures


Lecture 5 min.
Ceuta : sous la pression de l'Europe, Madrid renvoie déjà des milliers de migrants
Ceuta - migrants

Plusieurs mineures arrivées à Ceuta depuis le Maroc ont été prises en charge par les services médicaux après des agressions sexuelles présumées. Les autorités espagnoles ont ouvert des investigations tandis que des professionnels de santé et des associations alertent sur les conditions d’accueil et de protection des jeunes filles présentes dans la ville.

La prise en charge d’au moins cinq fillettes âgées de moins de 14 ans pour des agressions sexuelles présumées a été signalée à l’hôpital universitaire de Ceuta au cours de la dernière semaine. Selon des sources sanitaires, toutes étaient arrivées dans la ville depuis le Maroc après l’afflux massif de migrants enregistré à la fin du mois de juillet. Les mêmes sources font état d’autres personnes prises en charge pour des faits compatibles avec des agressions sexuelles.

Une enquête ouverte par la police nationale

Parmi elles figurerait au moins un garçon. Le nombre exact de victimes n’est toutefois pas établi, certaines personnes n’ayant pas déposé plainte. Plus d’une dizaine de situations compatibles avec des agressions sexuelles auraient ainsi été examinées par les services concernés. La police nationale espagnole a ouvert une enquête concernant le cas d’une mineure arrivée à Ceuta lors de l’afflux de migrants.

Transportée à l’hôpital, la jeune fille présentait des lésions compatibles avec une agression sexuelle. Les autorités n’ont pas communiqué publiquement, à ce stade, sur l’identité d’éventuels suspects ni sur les circonstances précises dans lesquelles les faits se seraient produits. Des sources judiciaires indiquent également que plusieurs tentatives d’agression auraient été empêchées grâce à l’intervention de riverains.

Des mineures sans place dans les centres d’accueil

D’autres situations seraient restées au stade de la tentative. Les investigations se poursuivent afin d’établir les circonstances des différents faits signalés. Susana Ascaso, médecin urgentiste à l’hôpital universitaire de Ceuta, a confirmé la prise en charge de jeunes filles migrantes après des agressions sexuelles présumées. Dans un entretien accordé à El Pueblo de Ceuta, elle explique que certaines mineures se retrouvent dans la rue en raison du manque de places disponibles dans les centres d’accueil destinés aux enfants et aux adolescents.

Selon la médecin, le problème ne serait pas lié à un refus de prise en charge, mais à l’insuffisance des capacités d’hébergement. Elle précise que le profil des personnes arrivées à Ceuta est majoritairement composé de jeunes adultes, alors que la présence de filles et d’enfants en bas âge a également augmenté. Les services d’urgence de l’hôpital universitaire accueilleraient entre 300 et 400 personnes migrantes par jour, selon le témoignage de Susana Ascaso.

Des alertes sur la protection des adolescentes

La médecin indique que les patients sortant de l’hôpital peuvent se retrouver sans solution d’hébergement ou d’orientation. Elle signale également d’autres difficultés sanitaires parmi les migrants, notamment des personnes privées de leur traitement habituel et des cas de décompensation diabétique ou de crises épileptiques. Elle évoque par ailleurs des risques liés à certaines maladies infectieuses et estime que les capacités médicales doivent être renforcées.

Dans le campement improvisé de Sidi Embarek, où près de 300 personnes seraient présentes, le président d’une association de quartier, rapporte également des cas de jeunes filles arrivant après avoir subi des agressions sexuelles présumées dans les zones montagneuses. Selon son témoignage, certaines victimes ne déposeraient pas plainte en raison de leur état psychologique. Des habitants auraient sollicité une psychologue et une avocate afin de les accompagner dans leurs démarches.

Évolution du profil des mineurs présents à Ceuta

L’organisation Save the Children a, de son côté, alerté sur les risques de traite et d’exploitation sexuelle auxquels peuvent être exposées les filles et adolescentes migrantes lorsqu’elles restent sans hébergement ni accompagnement adapté. Une spécialiste des migrations au sein de l’organisation souligne la vulnérabilité particulière des adolescentes isolées et éloignées du système de protection.

Face à cette situation, la police espagnole a indiqué accorder une priorité aux filles et aux enfants de moins de 13 ans dans les opérations d’identification. La ministre espagnole de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a également reconnu une évolution du profil des mineurs présents à Ceuta, avec une augmentation de la proportion de filles et de jeunes enfants. Les faits rapportés interviennent dans le contexte de l’arrivée massive de migrants à Ceuta à la fin du mois de juillet.

1 342 mineurs présents dans l’enclave

Les autorités, les services médicaux et les organisations de protection de l’enfance poursuivent leurs actions d’identification, de prise en charge et d’accompagnement des mineurs présents dans la ville. Environ 50 000 personnes ont rejoint Ceuta depuis le Maroc lors de l’afflux massif du 30 juillet. Une partie d’entre elles est ensuite retournée au Maroc. Au 7 août, les autorités espagnoles avaient enregistré 1 342 mineurs présents dans l’enclave.

Cette arrivée a fortement sollicité les structures d’accueil. Des filles et des enfants en bas âge figuraient notamment parmi les personnes prises en charge. Les capacités d’hébergement disponibles se sont révélées insuffisantes pour accueillir l’ensemble des mineurs.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
Newsletter Source préférée