Le tourisme marocain au 17e ciel

Le secteur du tourisme marocain a connu un boom pendant les dix premiers mois de 2004, avec 17% de hausse par rapport à la même période l’année précédente. Les acteurs de la filière expliquent notamment cette augmentation par les accords et différentes opérations destinées à promouvoir le pays à l’étranger. Pour ce qui est des Marocains de l’extérieur, qui représentent la moitié des touristes, la motivation reste principalement familiale. Au final, le Maroc semble bien parti pour atteindre son objectif de dix millions de touristes en 2010.

4 713 211. C’est le nombre de touristes qui ont foulé le sol marocain entre janvier et octobre 2004. C’est un véritable bond en avant pour le secteur touristique du pays, qui enregistre une hausse de 17% par rapport à la même période l’année précédente. Les Européens, principal marché du Royaume chérifien, sont restés fidèles et se sont même présentés plus nombreux qu’en 2003. Les acteurs du secteur attribuent cette envolée, entre autres, aux différents accords passés avec des pays européens et au développement de cette activité. Quant aux Marocains résidant à l’étranger (MRE), ils représentent plus de la moitié des touristes et viennent en priorité rendre visite à leur famille.

Les touristes français, espagnols et britanniques en tête

Les statistiques du ministère marocain du Tourisme indiquent que dans le tiercé des touristes européens, la France arrive en tête avec 999 539 (+27%), suivie de l’Espagne (256 386, + 36%) et du Royaume-Uni (140 737, + 24%). Beaucoup moins de Belges et d’Américains se sont rendus au Maroc, ils comptent respectivement 91 139 et 65 802 visiteurs, mais la différence par rapport à 2003 est forte (+ 34% côté belge et +25% côté américain).

Des chiffres encourageants qui s’expliquent par une série de facteurs. Dont les conventions d’ouverture de ciel aérien signées entre certains pays européens et le Maroc. « La Royale Air Maroc et d’autres compagnies aériennes assurent maintenant des lignes directes entre le Maroc et plusieurs capitales européennes, ce qui participe à faciliter les voyages », commente un commercial travaillant pour un grand hôtel de Marrakech (Centre).

Promotion du pays et de ses infrastructures

La promotion de la destination Maroc à l’étranger a aussi joué un rôle important dans cette embellie. Cette promotion est notamment le fruit de « conventions signées entre les tours opérateurs marocains et européens », souligne Hassan Aboul, délégué régional à l’office du tourisme de Meknès (Nord). Le commercial du grand hôtel de Marrakech précise que les hôtels du pays élaborent par ailleurs des « action marketting » pour se faire connaître.

Il ajoute que les lourds investissements dans les infrastructures hôtelières favorisent la venue des touristes. Ils ont un choix varié de logements : du deux étoiles au palace ». A côté de ces établissements ont germé des Riad, des maisons d’hôte de capacité plus réduite, mais « qui gardent l’esprit maison », souligne Layla Bennis, gérante du Riad Harmonie à Marrakech, qui précise que ce type de location est « très à la mode ». L’offre serait donc adaptée à tous les profiles.

Des jet-setteurs et des professionnels marocains comme touristes

Des profils qui ont changé avec les années. « Auparavant, le Maroc était plus une destination de baroudeur. Aujourd’hui, la clientèle aisée qui partait loin en vacances s’éloigne moins. Marrakech, qui a vraiment le vent en poupe, accueille de plus en plus de jet-setteurs. Certains achètent même des propriétés. Ils sont attirés par le fait que c’est une ville qui bouge beaucoup et que le luxe s’y développe, notamment au niveau des boites de nuit et des grands hôtels. Certains viennent même juste pour le week-end, car ce n’est qu’à peine trois heures d’avion de la France. Par ailleurs, beaucoup d’étrangers travaillent ici et des amis ou des proches viennent les voir, ce qui dope le secteur », commente Layla Bennis.

Pour ce qui est des Marocains résidant à l’étranger, qui étaient, d’après les chiffres du ministère marocain du Tourisme, 2 401 376 pendant les dix premiers mois de 2004 à revenir dans leur pays, la motivation du voyage reste principalement familiale. Ils arrivent en masse à l’occasion des vacances d’été, surtout au mois d’août. les vacances scolaires sont aussi l’occasion de faire venir visiter les proches, bien que l’affluence soit alors moins importante.

Au fur et à mesure, on observe l’émergence d’une clientèle marocaine professionnelle. « De plus en plus de jeunes, qui restent une majorité, montent des projets dans leur pays d’origine. Ils se déplacent alors plus pour affaires. Ce qui les motive, c’est de voir que le pays se développe. Cela les encourage à investir. Certains sont même venus s’installer ici », assure le commercial du grand hôtel de Marrakech.

Les recettes touristiques augmentent de 7,9%

L’affluence est donc au rendez-vous. Et ce ne sont pas les hôtels qui vont s’en plaindre. Les mieux lotis sont ceux situés dans les villes les plus prisées par les touristes, comme Marrakech, Agadir (Centre), Fès (Nord) ou Ouarzazate (Centre). Le ministère du Tourisme indique que ces villes affichent respectivement une hausse de leurs nuitées de 24%, 21%, 20% et 16% pour la période janvier-octobre 2004. Marrakech obtient ainsi des statistiques meilleures qu’en 2001 et 2003, ce qui n’est pas le cas d’Agadir, Fès et Ouarzazate dont le nombre de touristes n’atteint pas encore celui de 2001. Elles se remettent à leur rythme des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, qui avaient beaucoup affecté le secteur touristique du pays, et celui des autres Etats, pendant les deux années suivantes.

Les touristes semblent s’être affranchis de la psychose terroriste. « La peur s’est vite dissipée après les attentats de Casablanca (le 16 mai 2003, ndlr). Je n’ai pas entendu de touristes exprimer une quelconque inquiétude. Je crois que la position politique du Maroc, très ferme contre le terrorisme, ne laisse pas place à la spéculation et participe à lever les angoisses. La sécurité est par ailleurs une priorité pour le gouvernement. D’où, entre autres, les hélicoptères qui survolent très bas la Médina. Je pense que les filles ont plus peur de se faire draguer que d’un attentat », souligne avec un sourire Layla Bennis.

Objectif : 10 millions de touristes en 2010

La situation rentre dans l’ordre doucement. Au total, les nuitées ont augmenté de 17%. Ce qui ce ressent dans les rentrées d’argent. Citant les chiffres du dernier bulletin d’information de l’Office des Changes, Maghreb Arabe Presse explique que les recettes touristiques « ont atteint 28,76 milliards de dirhams au terme des dix premiers mois de l’année en cours contre 26,64 milliards de DH au titre de la même période de l’année dernière, soit une progression de 7,9% ».

Cela ne pourrait être qu’un début. Bientôt, d’autres dessertes directes entre des villes marocaines et européennes seront mises en place, ainsi que de nouvelles structures hôtelières et restaurants. Le pays compte aussi mettre en valeur les lieux culturels et ses atouts naturels (montagnes, fôrets,…), à travers le développement rural, afin de laisser place à un tourisme « intelligent ». L’objectif : être en mesure d’accueillir dix millions de touristes d’ici 2010. Un objectif qui ne semble pas effrayer le secteur touristique, très confiant dans les potentialités du Royaume.