Le statut de Djibouti en question

Après les déclarations du président Ismaël Omar Guelleh sur la nécessité de la révision des accords de défense signés en 1977 entre la France et Djibouti, l’opposition locale crie à la  » gesticulation  » et à  » l’inconséquence « .

 » Nous pensons qu’il faut réviser les accords après 25 ans, surtout côté retombées économiques « , a déclaré le président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh, à l’Afp. Djibouti abrite la plus importante base militaire française en Afrique. La France, ancienne puissance coloniale, y entretient un effectif de 2 735 militaires, dont 1 576 hommes en permanence. Depuis les attentats du 11 septembre dernier, Djibouti, de par sa situation stratégique à l’entrée de la Mer Rouge, a les faveurs des Etats-Unis qui veulent contrôler la Corne africaine. Ce petit pays à la frontière de l’Afrique et de la péninsule arabique jouxte notamment la Somalie, soupçonnée d’abriter des réseaux proches de Ben Laden. Les accords de défense, signés en 1977 entre Djibouti et la France, ne sont pas pour autant remis en cause.

Retombées économiques

L’impact économique de la présence des Forces françaises de Djibouti et de leur famille est estimé pour l’année 2001, par l’armée française, à environ 128 millions d’euros, soit 25% du produit intérieur brut (PIB) de Djibouti, ou encore 65% du budget du pays. La décision unilatérale du président djiboutien déclenche la colère de son opposition.  » Ce revirement n’engage que le président. Le peuple est satisfait de ces accords. Il se trompe s’il croit que les Américains veulent changer ces accords. Economiquement, l’aide française représente 30% du PIB et le budget de notre armée est pris en charge par Paris ! Ces déclarations ne sont que de la gesticulation. Le président a demandé 20 millions de francs à la France pour son propre profit et n’en a eu que 12, d’où ces sautes d’humeur « , analyse Daher Ahmed Farah, président du Parti du renouveau démocratique (PRD).

Boudé par l’ancien Premier ministre français, Lionel Jospin, lors de son séjour parisien, le président djiboutien compte sur le nouveau gouvernement pour remettre les relations à plat.

Le chef d’Etat ne remet toutefois pas en cause la présence militaire française.  » Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus sereins que par le passé. Nous avons en face de nous un gouvernement qui a toutes les rênes et qui, pour cinq ans, peut signer des engagements et avec lequel on peut se mettre d’accord s’il y a modification ou réforme ou révision « .

La France restera à Djibouti

L’effectif des Forces françaises à Djibouti (FFDJ) est passé d’environ 3 500 en 1999 à 2 735 en 2002. L’armée française explique cette réduction par la professionnalisation des armées.  » Ce n’est pas un désengagement de la France de l’Afrique ou un désintérêt. Notre matériel est moderne, puissant et efficace. L’effectif est stabilisé. Je n’ai pas connaissance de réduction des forces à l’avenir « , explique à l’Afp le commandant en chef des Forces françaises à Djibouti, le général Alain Bevillard. En clair, la France entend bien rester à Djibouti.  » Le 27 juin dernier, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, deux détachements français ont défilé aux côtés de notre armée à l’occasion de l’anniversaire de notre indépendance. Ils ont été chaleureusement applaudis par la population, au grand mécontentement du président « , note Daher Ahmed Farah. Paris n’a pas encore réagi aux déclarations du président Ismaël Omar Guelleh.

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