Le ramadan pèse sur la santé

Les musulmans pratiquants viennent d’entrer dans le mois de ramadan. Element central de cette période sacrée : le jeûne diurne. Quels en sont les effets sur la santé ? Peut-on respecter ce pilier de la foi coranique lorsqu’on est malade ? Voici quelques éléments de réponse.

Le ramadan a commencé vendredi dernier et, dans le monde musulman, le jeûne, l’un des cinq piliers de l’islam, est observé du lever au coucher du soleil. Les malades, les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants pré-pubères et les personnes âgées en sont dispensés. Pendant 28 jours, les autres musulmans pratiquants s’abstiendront de boire, de manger et de fumer pendant la journée. Ce qui n’est pas sans conséquences sur l’organisme. Au-delà des problèmes de poids évoqués dans un précédent article, le jeûne peut provoquer des troubles du sommeil.

Des chercheurs ont calculé une diminution du temps de sommeil de deux à quatre heures, ainsi qu’un sommeil court et fractionné. Sur un mois, un véritable déficit de sommeil réparateur risque de se développer, mettant les nerfs à rude épreuve… Les médecins recommandent de ne pas se coucher trop tard, même si les repas familiaux invitent à la veille !

Jeûner quand on est malade

S’il ne semble pas pertuber un organisme sain, le jeûne induit une déshydratation et une aggravation de certaines pathologies (comme l’ulcère digestif, le diabète, les pathologies rénale, hépatiques et cardio-vasculaires). Les malades ne sont pas censés pratiquer le jeûne, mais ils sont nombreux à vouloir malgré tout le respecter. Or, le jeûne entraîne une fragilisation de l’organisme malade, et de nombreuses personnes sous traitement ne respectent plus leurs prises médicamenteuses, sous prétexte que l’absorption par voie orale d’un médicament durant la journée rompt le jeûne…

Trois experts marocains pointent dans le British Medical Journal, daté du 2 octobre, que les patients ont tendance à « modifier arbitrairement les heures de prise de médicament, le nombre de doses, la durée entre les prises et même la quantité totale de médicaments durant le mois de ramadan ». Ils insistent sur le fait qu’il ne suffit pas de poursuivre la prise de médicaments, mais qu’il faut aussi les absorber au bon moment. Des aménagements thérapeutiques peuvent être trouvés au cas par cas. Ainsi, les personnes souffrant d’arthrite, qui doivent prendre des anti-inflammatoires trois ou quatre fois par jour, peuvent les remplacer par une dose unique de Piroxicam, efficace sur une longue durée.

Conséquences médicales

« Pour tout malade qui désire jeûner, une consultation avant, pendant et après le ramadan s’avère indispensable. Le ramadan a des conséquences médicales importantes dans le domaine hormonal, avec des hypoglycémies fréquentes, surtout dans les premiers jours du jeûne, dans le domaine de l’hydratation, avec des urines plus concentrées et moins abondantes, sur le transit intestinal, avec l’apparition de constipation, et dans le domaine psychologique, car le jeûne est une contrainte que l’esprit impose au corps », explique le professeur Larbi Abid, médecin algérien, chroniqueur sur le site Santé Maghreb .

Le jeûne n’aurait-il que des mauvais côtés ? Pour Larbi Abid, « une fois par an, en jeûnant, nous réactivons des mécanismes de notre corps qui ne sont pas utilisés en temps normal mais qui, en cas de pénurie de nourriture ou d’eau, nous permettraient de survivre plus longtemps. On peut raisonnablement penser que la réactivation régulière de ces mécanismes les entretient et leur permet d’être immédiatement disponibles en cas de besoin, comme l’exercice physique entretient les muscles, les os et les articulations ».

Le bon équilibre

Les conseils des médecins pour vivre au mieux le ramadan : bien s’hydrater dès la rupture et juste avant la reprise du jeûne. Il est important de boire plus d’eau qu’en temps normal, au moins 1,5 litre par jour. Il ne faut pas sauter le repas qui précède l’aube, et y consommer des liquides comme des produits laitiers, des sucres lents (semoules, farines, céréales), des fruits frais pour les vitamines et des dattes pour permettre au transit intestinal de fixer l’eau et éviter ainsi la constipation. Il est recommandé de fractionner la rupture du jeûne pour ne pas malmener son estomac et d’éviter les excès de sucres rapides et de graisses (les pâtisseries coupent la faim en masquant la véritable faim !), mais on peut abuser des féculents, des fruits et des légumes. Enfin, si le cœur (et le foie) vous en dit, vous pouvez prendre une cuillère à soupe d’huile d’olive avant de vous coucher pour favoriser le transit.