Le procès qui n’aura jamais lieu

Dans Une Nuit d’octobre (éditions Alternatives), Medhi Lallaoui met en scène l’improbable : la justice et la vérité sur la nuit du 17 octobre 61, lors de laquelle des Algériens furent assassinés.

Une Nuit d’octobre est le troisième roman du réalisateur de films documentaires, Medhi Lallaoui. Ce dernier touche ici à la mémoire contemporaine mais également à sa mémoire personnelle : son père fut l’un des manifestants du 17 octobre 1961. Cette fameuse  » nuit d’octobre  » entachée des assassinats massifs d’Algériens, manifestant alors pacifiquement pour leurs droits.

Convenu et souvent naïf, le livre de Medhi Lallaoui a pourtant un avantage : celui de dénoncer, non seulement ce qui s’est passé cette nuit-là, mais aussi la chape de plomb qui entoure l’affaire depuis. Fiction absolue, son livre parle de ce que des centaines d’Algériens espèrent mais qui n’arrivera jamais : que lumière soit faite sur les  » événements  » d’octobre et que justice leur soit rendue. En effet, ces crimes sont (encore) protégés par les accords d’Evian qui prévoient que tout ce qui s’est passé pendant la guerre d’Algérie ne sera pas jugé…

Double de l’écrivain

Nous sommes donc en 1999 et l’ancien préfet de police Maurice Crapon (sic) poursuit en diffamation un écrivain qui l’accuse d’avoir couvert, voire encouragé, les assassinats lors de la manifestation du 17 octobre. En vue du procès, un groupe d’amis hétéroclites – un jeune beur coursier, Dadou, dont le père a survécu à la manifestation, son amie d’enfance franco-algérienne, un prêtre au langage ordurier et au grand coeur, ancien des réseaux de soutien au FLN avec Hélène, la femme aux cheveux d’or – va tenter de réunir preuves et témoins. Pendant le procès, Agnès rejoindra la troupe, elle dont le père, ancien gendarme à Paris, n’a pas la conscience aussi tranquille qu’il le dit.

Une amourette superflue commence entre Dadou et Agnès, et malgré quelques passages réussis lors du procès, l’auteur n’arrive pas à sortir de son style manichéen – les méchants sont très méchants, les gentils trop gentils – et peine à donner du relief à ses personnages.

Seul Dadou arrive à toucher juste : spontané et sympathique, il semble être un peu le double de l’écrivain qui lui fait dire :  » Je me souviens d’un mauvais rêve où je voyais des hommes voler dans les airs. (…) Ils ne volaient pas, ils tombaient tout habillés dans la Seine. Mon père a attendu que je devienne un homme pour me parler de cette histoire. Il ne voulait pas me voir supporter les mauvaises choses de la vie… l’humiliation. Lui, en a réchappé et moi, quand je pense à ça, les larmes me viennent. Par une sorte de filiation, je me sens pareil à un survivant, un rescapé de cette nuit-là. «