Pour que le 17 octobre 1961 ne soit pas oublié

L’association  » 17 octobre 1961 : contre l’oubli  » vient d’ériger un monument à la mémoire des Algériens assassinés lors de cette journée tristement célèbre. Ce n’est pas une stèle, ce n’est pas une plaque. C’est un site Internet.

La page d’accueil est comme un choc : une photo en arrière plan montre des Algériens accroupis, les mains sur leurs têtes baissées. Peur et humiliation. A gauche : une silhouette en cuir, pistolet à la hanche, tient une matraque. Menace et répression. Au milieu des tons vert-de-gris que l’on retrouve sur l’ensemble du site : une tache rouge sang. Tout est dit ou presque.

L’association  » 17 octobre 1961 : contre l’oubli  » a décidé de se faire entendre par la voie du Net. Elle milite pour que cette date funeste ne se perde pas dans les trous de mémoire de l’Histoire. Ce jour-là, à Paris, les forces de l’ordre répriment une manifestation pacifique organisée par le Front de libération nationale (FLN) contre le couvre-feu imposé aux Français musulmans d’Algérie. Selon différentes sources, le bilan est de trois morts (officiel) à 200 (selon les travaux de l’historien Jean-Luc Einaudi). Deux rapports sortis en 1998 et 1999 évoquent 32 morts pour l’un, 48 pour l’autre. L’association dénonce  » ce crime contre l’humanité commis par l’État  » qui, depuis quarante ans, a été occulté, sans que ceux qui l’ont organisé aient eu à en rendre compte.

Contre la mémoire courte

 » 17 octobre 1961 : contre l’oubli « , présidée par l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, rassemble des juristes, des philosophes, des historiens et se veut  » citoyenne, indépendante et plurielle « . Son comité d’honneur rassemble des grands noms, tels Pierre Vidal-Naquet, les époux Aubrac, Jean-Luc Einaudi ou Olivier Revault d’Allonnes. Quant à la pétition lancée en 1999, elle a déjà été signée en masse par des écrivains, des artistes, des politiques, des philosophes et des gendarmes.

L’association s’est fixé plusieurs objectifs : la reconnaissance qu’un crime contre l’humanité a été commis par l’Etat les 17 et 18 octobre 1961, la création d’un lieu du souvenir à la mémoire de ceux qui furent assassinés et le libre-accès aux archives concernant la période de la guerre d’Algérie. Le site, qui met à jour les analyses sur la question et diffuse différents entretiens et articles – parfois inédits – va permettre de diffuser plus largement ces revendications. Et de combattre la mémoire courte.

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