Le nord du Nigeria choisit la charia

L’introduction de la loi islamique dans le plus peuplé des Etats du nord du Nigeria fait craindre un bain de sang. Et révèle un conflit politique entre les gouvernement locaux et le pouvoir central basé à Lagos.

Les tensions religieuses montent d’un cran dans l’état de Kano (Nigeria), après l’entrée en vigueur de la loi islamique – la charia – qui a été saluée mardi par une manifestation de 100 000 musulmans.

Des troupes de la première division mécanisée et des policiers anti-émeutes ont été envoyés en renfort pour se prémunir d’émeutes similaires à celles qui, fin février, avaient causé la mort d’un millier de personnes dans la région de Kaduna. Il s’agit du plus peuplé des quatre Etats du Nord qui ont adopté la charia, incluant des punitions corporelle comme l’amputation et la flagellation, ou la lapidation pour adultère.

A la mi février, dans l’Etat voisin de Zamfara deux jeunes gens de 16 et 18 ans ont reçu cent coups de fouet pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage.

Apaisement

Cette nouvelle a achevé de plonger les non-musulmans et la forte minorité chrétienne dans la peur. Les troupes anti-émeutes ont été déployées aux axes stratégiques des principales villes du pays pour s’assurer que la mise en place de la loi islamique se déroule dans un climat de paix. Les leaders islamiques, suivis du gouverneur de Kano, Rabiu Kwankwaso ont joué l’apaisement, déclarant que les non-musulmans ne seraient pas contraint de s’y plier.

Mais déjà des départs en masse de chrétiens auraient été constatés sur place dans cette région connue pour ses violences interconfessionnelles Un porte-parole d’une association favorable à la charia a accusé des éléments anti-islamistes de mener une campagne de désinformation pour provoquer le départ des chrétiens, majoritairement issus du Sud.

Las, selon la BBC, deux personnes auraient été tuées dans des échauffourées en marge de la manifestation. Le pire est à craindre dans les jours qui suivent.

Il s’agit du principal défi qu’affronte le gouvernement démocratique de M Obasanjo. Après quinze années de dictature militaire, le chef d’Etat craint désormais pour l’unité du pays. Le scénario d’un éclatement de l’Etat fédéral le plus peuplé d’Afrique entre un Nord musulman et le Sud chrétien est pris extrêmement au sérieux à Lagos.