Le Maroc fait face à la menace terroriste

Alors que le procès de trente-trois membres du réseau « Belliraj » a été reporté au 14 novembre, le Maroc vient de condamner quarante-cinq activistes de mouvance salafiste à des peines allant de deux à trente ans de prison. Le pays est à la fois le terreau et la cible des combattants terroristes. Le gouvernement, qui se rapproche de l’Europe, lutte de plus en plus activement contre l’extrémisme.

Entre deux et trente ans de prison, c’est la peine que la justice marocaine a infligé jeudi à quarante-cinq personnes. Accusés d’être liés à la cellule terroriste qui avait prévu un attentat, déjoué, contre le port de Casablanca, les prévenus se sont revendiqués de la mouvance salafiste. « Constitution d’une bande criminelle dans le but de commettre des actes terroristes », « fabrication et possession d’explosifs », « vols qualifiés », « faux et usage de faux », « financement de terrorisme » et « non dénonciation d’actes terroristes », les chefs d’inculpation ne manquent pas. Cette arrestation intervient au lendemain de la décision de la cour de justice de Salé de reporter au 14 novembre le procès du réseau « Belliraj ». Du nom de son chef de file belgo-marocain, ce réseau prévoyait des attaques contre des personnalités politiques et des Marocains de confession juive.

Alors qu’il subit lui-même de plein fouet les attaques terroristes, le Maroc est aujourd’hui accusé de « produire des combattants » pour l’extérieur depuis l’implication de Marocains dans les attentats de Madrid en 2004. Casablanca en 2003, Marrakech en 2007, les attentats et les menaces extrémistes sur le territoire du royaume chérifien ne cessent de se multiplier.

Pourquoi le Maroc, où l’islam est religion d’Etat, est-il autant visé ?

Tourisme occidental, libéralisme économique, européanisme affiché, ouverture démocratique, et place des femmes grandissante dans la société, le Maroc cumule tout ce que les intégristes détestent. Parallèlement, la pauvreté, l’analphabétisme et le chômage favorisent la radicalisation des personnes désœuvrées. Les énormes bidonvilles qui bordent les grandes agglomérations constituent le terreau de l’intégrisme marocain.

Au lendemain des attentats du World Trade center en 2001, le Maroc s’est engagé dans la lutte anti-terroriste sous la pression des Etats-Unis. Le gouvernement a déposé auprès de la Ligue des Etats arabes (LEA), le 14 octobre 2001, les instruments de ratification de la Convention arabe contre le terrorisme, adoptée le 22 avril 1998. Il a par la suite ratifié quatre traités internationaux sur le même thème.
Le Royaume a, par ailleurs, renforcé sa collaboration avec l’Union Européenne en septembre 2004. Celle-ci vient de lui accorder un « statut avancé » lui permettant de bénéficier des avantages de l’intégration régionale sans avoir à en assumer le coût institutionnel. Les autorités marocaines ont également demandé à participer à l’opération «Active Endeavour», mise en place par l’OTAN en 2005 pour lutter contre la menace terroriste. Le Maroc, qui a débloqué de lourds moyens matériels et humains sur son sol, en appelle également au civisme de la population

Selon une enquête du Washington Post parue en décembre 2002, le pays travaillerait même de très près avec les Etats-Unis dans le cadre de cette lutte. Un peu trop de zèle selon la Fédération Internationale des droits de l’Homme (FIDH). L’organisation a publié un rapport accablant sur les méthodes marocaines employées pour endiguer le fléau intégriste. Torture, enlèvements, disparitions mystérieuses de témoins, tous les instruments des années de plomb reviennent au gout du jour. Tout est bon, semble-t-il pour empêcher le terrorisme.

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