
Le Lesotho s’apprête à lancer l’un des plus grands chantiers de son histoire. Porté par l’américain Convalt Energy, le projet Kobong prévoit un investissement de 6,2 milliards de dollars pour coupler hydroélectricité et traitement de données. Une stratégie ambitieuse pour ce petit royaume enclavé, qui espère ainsi s’imposer comme un maillon de l’infrastructure de l’intelligence artificielle en Afrique australe.
Jusqu’ici, le Lesotho valorisait principalement son eau à travers ses grands barrages et le Lesotho Highlands Water Project, qui approvisionne notamment l’Afrique du Sud voisine. L’accord contraignant (binding Memorandum of Agreement) signé ence début juin 2026 entre le gouvernement de Maseru et la société Convalt Energy marque un changement car le royaume ne veut plus seulement exporter sa ressource brute, mais la transformer sur place en électricité, puis en puissance de calcul informatique.
Du barrage au data center
Baptisé Kobong Hydropower and AI Data Centre Project, ce plan prévoit l’installation d’une centrale hydroélectrique d’au moins 1 200 MW dans la région montagneuse du Mokhotlong, directement couplée à un centre de données. Le montant annoncé de 6,2 milliards de dollars, soit environ 98 milliards de lotis, représente le plus grand engagement d’investissement étranger jamais annoncé dans l’histoire du pays. L’objectif est d’attirer les géants de la tech en leur offrant une infrastructure clé en main, alimentée par une énergie propre, au moment où l’essor de l’intelligence artificielle sature les réseaux électriques mondiaux.
Le projet s’inscrit dans un partenariat plus large qui pourrait également inclure environ 4,6 GW de capacité solaire ainsi que jusqu’à 4 GWh de systèmes de stockage par batteries (BESS). La construction, conditionnée à la réussite des études de faisabilité, est envisagée à partir de 2029.
Une demande mondiale que le Lesotho entend capter
Derrière les algorithmes et le concept de cloud, l’intelligence artificielle repose sur des infrastructures matérielles massives avec des milliers de serveurs qui tournent en continu et qu’il faut refroidir en permanence. L’Agence internationale de l’énergie souligne régulièrement que le développement de l’IA est indissociable d’une explosion de la demande en électricité, certains centres de données consommant autant que de petites agglomérations.
C’est sur ce créneau que le Lesotho cherche à se positionner pour attirer des géants technologiques en quête d’énergies renouvelables, stables et bon marché. Le royaume met en avant ses reliefs et ses ressources hydrauliques et un atout majeur. Il propose un modèle intégré où la production électrique alimente directement les serveurs, supprimant une partie des coûts de transmission et de raccordement qui pèsent sur d’autres projets de data centers.
Pour le pays, le changement d’échelle serait sans précédent. Actuellement, le Lesotho ne produit qu’une fraction de son électricité et sa capacité installée tourne autour de 105 MW pour une demande de 209 MW, l’obligeant à importer près de la moitié de sa consommation (438 GWh importés sur 970 GWh consommés en 2024). Si la centrale de Kobong se concrétise, sa production dépasserait de loin les besoins nationaux, repositionnant le pays en exportateur régional net.
Un pari industriel face à de réels défis
Cependant, le projet n’en est qu’à ses débuts et l’accord signé fixe un cadre formel et contraignant, mais il ne vaut pas lancement des travaux. Le dossier doit encore valider ses études de faisabilité financées par Convalt, obtenir les autorisations réglementaires nécessaires et sécuriser ses montages financiers attendus d’une combinaison de fonds propres, d’institutions de développement multilatérales et de financements de projet.
Enfin, plusieurs points restent à préciser notamment la répartition de l’électricité produite entre le réseau national, l’exportation régionale et les serveurs informatiques, ainsi que l’identité des futurs clients du data center. L’impact environnemental et social du chantier dans la région du Kobong concernant la gestion de l’eau et l’accès au foncier pour les communautés locales devra également faire l’objet d’évaluations rigoureuses.
Le dossier comporte aussi une dimension géopolitique que Maseru assume. Les discussions ont impliqué le roi Letsie III et Richard Gephardt, membre du conseil d’administration de Convalt, et l’ambassade américaine à Maseru a publiquement salué le projet. L’équipement manufacturé aux États-Unis associé au chantier est estimé à plus de deux milliards de dollars de valeur à l’exportation — un signal du réengagement américain sur le marché africain des infrastructures numériques.




