
Le Ghana débat actuellement de deux initiatives parlementaires qui pourraient modifier les règles d’établissement de la filiation dans le pays. Les textes évoqués dans le débat public portent, d’un côté, sur l’idée de tests ADN de paternité obligatoires pour les nouveau-nés et, de l’autre, sur des sanctions contre la fraude à la paternité. Si une telle réforme devait aboutir, le Ghana pourrait devenir l’un des premiers pays africains à institutionnaliser une vérification génétique de la paternité dès la naissance.
Ces initiatives sont associées aux députés Yakubu Mohammed et Kwame Asare Obeng, plus connu sous le nom d’A Plus. Le premier a indiqué vouloir déposer une proposition de loi rendant obligatoire un test ADN de paternité pour chaque enfant né au Ghana. Le second défend, lui, une démarche visant à sanctionner les cas de fraude à la paternité. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un texte déjà examiné et prêt à être adopté par le Parlement, mais si ces projets de loi suivent leurs cours jusqu’au bout, le Ghana pourrait devenir le premier pays africain à institutionnaliser la vérification systématique de la paternité dès la naissance.
Une naissance sur quatre suspecte !
Les promoteurs de la réforme s’appuient notamment sur des chiffres publiés par Blueprint DNA Organization. Selon son Ghana DNA Insights Report 2025-2026, 42 % des cas analysés en 2025 ont conduit à exclure le père présumé comme père biologique ! Ce chiffre a suscité de vifs débats au Ghana sur la fiabilité de la filiation, les responsabilités parentales et les conflits familiaux.
Mais cette statistique doit être maniée avec prudence. Le rapport repose sur 499 cas de tests de paternité traités par un laboratoire privé entre janvier et décembre 2025. Il concerne donc des personnes ayant déjà sollicité un test, souvent parce qu’un doute existait ou pour répondre à une exigence administrative. Blueprint DNA précise d’ailleurs que ces données ne reflètent pas la population générale du Ghana. Autrement dit, elles ne permettent pas d’affirmer que quatre enfants ghanéens sur dix ne seraient pas biologiquement liés à leur père déclaré. Elles montrent surtout ce qui se passe dans des dossiers où la question de la paternité était déjà posée.
Vers une nouvelle conception de la filiation ?
Pour les promoteurs de la réforme, la généralisation des tests ADN permettrait de sécuriser les liens de parenté, de protéger les droits successoraux des enfants et de réduire les contentieux devant les tribunaux. Ils estiment également que chaque enfant a le droit de connaître ses origines biologiques et que l’État doit garantir la fiabilité des informations inscrites dans les registres de l’état civil.
Kwame Asare Obeng souhaite, lui, criminaliser la fraude à la paternité. Son projet prévoit des sanctions pénales à l’encontre des femmes qui attribueraient volontairement la paternité d’un enfant à un homme qui n’en serait pas le géniteur. Là encore, les opposants au texte soulignent une difficulté majeure. Si un test ADN peut établir ou exclure un lien biologique, mais il ne dit rien, à lui seul, de l’intention, du mensonge ou de la connaissance réelle de la mère au moment de la déclaration.
Si ces textes aboutissaient, le Ghana pourrait devenir l’un des premiers pays du continent à intégrer aussi fortement la preuve génétique dans les procédures liées à la naissance. Une évolution qui pourrait inspirer d’autres États confrontés à des litiges de filiation de plus en plus médiatisés, mais qui ouvrirait aussi une série de questions juridiques et sociales sensibles.
Des inquiétudes sur les libertés et la vie privée
Cependant, ces propositions sont loin de faire l’unanimité. Des organisations de défense des droits humains, des juristes et plusieurs acteurs de la société civile dénoncent une mesure qu’ils jugent intrusive et potentiellement discriminatoire.
La juge Sedinam Awo Kwadam estime notamment qu’une telle réforme ferait peser sur les mères une présomption de mensonge. Dans une analyse publiée au Ghana, elle avertit qu’un test systématique à la naissance reviendrait moins à lutter contre la fraude qu’à imposer une forme de “preuve de fidélité” au moment même où l’enfant entre dans l’état civil. La nuance est forte car la naissance ne serait plus seulement un acte administratif, mais deviendrait aussi une procédure de vérification de la parole maternelle.
Les critiques soulignent également les risques liés à la protection des données génétiques, à la confidentialité des résultats et aux conséquences psychologiques que pourraient engendrer certaines révélations au sein des familles. Dans un pays où le droit permet déjà de contester une paternité devant les juridictions compétentes, beaucoup s’interrogent sur la nécessité d’un dispositif généralisé.
Un coût qui interroge
Au-delà des considérations juridiques et éthiques, la question financière constitue un autre obstacle majeur. Au Ghana, un test ADN coûte en moyenne près de 3 000 cedis, soit plus de 255 dollars américains. Pour de nombreuses familles, cette dépense représente une charge trop importante.
Plusieurs critiques craignent que l’obligation de réaliser un test avant la délivrance de l’acte de naissance ne ralentisse l’enregistrement des nouveau-nés et ne crée de nouvelles inégalités d’accès aux services administratifs.
Alors que le débat se poursuit, le Ghana se trouve face à une question sensible : faut-il faire de la vérité biologique une étape obligatoire de l’état civil ? Le test ADN peut être utile lorsqu’un conflit existe. Mais l’imposer à toutes les naissances reviendrait à installer le doute avant même que l’enfant ait officiellement une place dans sa famille.



